Œuvres ouvertes

Onfray & Roudinesco à propos de Freud / Jean-Clet Martin

A propos de la controverse sur le nouveau livre de Michel Onfray consacré à Freud

Je n’ai pas lu le livre de Michel Onfray sur Freud, et donc ne mesure guère le crédit qu’on pourrait lui accorder. Mais l’anathème d’Elisabeth Roudinesco (dont il n’y a rien à redire quant à sa rigueur intellectuelle), cet anathème lancé dans les entrailles du net (quatre courriels croisés avec fichier joint) me donne le sentiment d’appartenir à une association d’enfants de chœur et me ramène à d’autres temps. Il relève du soupçon relativement à ma capacité de lire, met en balance mon sens critique, comme pour des vilains gamins, conduits par la main et qui ne savent pas s’orienter. Le livre n’étant pas encore sorti, la missive serait donc "Ne lisez pas...". Une mise en garde donnée a priori résonne un peu comme un mot de cachet, une injonction de chapelle qui me rend éminemment sympathique la figure qu’on met à mort.

Quelle que soit sa valeur et pour ne pas en préjuger et en effet contre toute attente, je lirai avec curiosité le livre d’Onfray (en même temps d’ailleurs que la traduction de Lefebvre au sujet des rêves, ayant admiré ailleurs sa version de Hegel). Après évidemment, on verra bien ce qu’il convient d’en dire en se gardant de toute confusion avec l’Anti-Oedipe, véritable stratégie pensante. Cela me rappelle une remarque de Derrida et qui s’applique parfaitement au message d’Elisabeth Roudinesco : toute opposition quand elle prend la simple forme d’une querelle nourrit le corps de l’ennemi qui était visé. Puissance de réappropriation qui requiert, précisément, une déconstruction, une stratégie bien mieux qu’une mise en garde. Mettre en garde, c’est encore être gardien ou en regard, mettant sous le regard ce qui, sans cela, pourrait passer inaperçu, comme pour participer soi-même à la force de ce qui se montre si vivement dénoncé, bien en vue dans l’idée d’être contre, exhibé dans ce qui se diffuse et appelle un sillage médiatique (autre manière peut-être de surfer sur la vague). Une vérité à laquelle d’ailleurs mon propre billet n’échappera pas...

Freud est une figure de la philosophie, centrale et inventive. Son œuvre se défend bien d’elle-même. Elle est portée par une immanence radicale qui absorbe d’avance toute satellisation. Il n’en va pas de même des écoles. Je retiens donc de toute cette polémique cléricale -quant à son ton- une forme d’injonction : qu’on ne s’avise à parler ni de Dieu ni de Freud. Surtout quand on n’a pas les titres requis et qu’on n’appartient pas à une catéchèse capable d’en engager la glose. Drôle d’époque !

Jean-Clet Martin

PS : Je reçois beaucoup de Mails, pour, contre etc. Mais ce n’est pas tant POUR Onfray que CONTRE le principe d’un système médiatique qui met un livre à l’index avant qu’on puisse le lire et dont, paradoxalement, l’analyse affichée pratique ce qui était dénoncé par elle.

© Jean-Clet Martin _ 17 avril 2010
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Messages

  • Je suis tout à fait d’accord avec votre analyse et me pose une question. Le wagon mis sur les rails par Michel ONFRAY va recevoir assez de visiteurs pour intéresser quelques squatters. Ils profiteront sans doute ainsi de la mane déversée par les lecteurs de cette œuvre en y prenant leur part, même polémique. Y aurait il une arrière pensée mercantile chez Mme Roudinesco ?

    Voir en ligne : Michel Onfray, le crépiscule d’une idole

  • http://www.facebook.com/notes/psychanalogie/en-realite-michel-onfray-veut-sauver-la-psychanalyse-contre-freud-et-les-psychan/391038327884
    = http://goo.gl/srst
    Où l’on découvre dans les propos de M. Onfray dans la presse et à la télévision qu’il cherche à substituer à la psychanalyse dite « freudienne » une « psychothérapie pour aujourd’hui », « psychanalyse post-freudienne », consistant en… la « méditation philosophique », substituée par supersessionisme. Et que pour cela, il cherche à ridiculiser la règle fondamentale, la « loi » de la psychanalyse, qui consiste du côté du patient à dire tout ce qui vient à l’esprit (« association libre »). Et que dans ces conditions, le livre de M. Onfray cherchant à ridiculiser Freud n’est qu’un moyen de parvenir à ses fins qu’il révèle par ailleurs : « je souhaite dire que j’aimerais que ce livre soit aussi et surtout l’occasion de penser une psychothérapie pour aujourd’hui », in article de M. Onfray publié sur le site du Monde le 7 mai 2010. Où l’on découvre que tout ceci est motivé par la phobie de la notion “freudienne” selon laquelle la « normalité » n’existe pas, et qu’il n’y a qu’une différence de degré, et non de nature, entre les « normaux » et « ceux qui ne le sont pas », et que M. Onfray estime cela scandaleux et tient à une frontière nette entre les deux, afin de pouvoir se placer… devinez dans quelle catégorie : voilà toute l’affaire. Voilà ce qu’y trouvent ceux qui soutiennent M. Onfray dans son ambition.
    Sommaire

    — des extraits de l’article de M. Onfray paru sur le site du Monde le 7 mai 2010 (mais non paru dans l’édition papier)
    — un premier commentaire de l’article de M. Onfray paru sur le site du Monde le 7 mai 2010

    — des extraits du Dossier publié par Le Monde, sur site le 7 mai 2010 et dans l’édition papier le 8 mai 2010 : deux articles parmi ceux du dossier

    — les liens vers les enregistrements vidéo de la prestation de M. Onfray lors de l’émission télévisée de Laurent Ruquier le samedi 8 mai 2010

    — la transcription et le bref commentaire des passages estimés essentiels de la prestation télévisée précitée de M. Onfray le 8 mai 2010

    — le lien vers le blog de M. Onfray qu’il consacre à son livre et les suites de celui-ci notamment dans les médias : essentiel pour mieux apprécier la “mentalité” de M. Onfray

    — addition sur la notion de science et si la psychanalyse est une science

    — le lien vers le blog d’Emmanuel Fleury qu’il consacre à l’affaire Onfray et notamment liste la plus complète des liens vers les articles relatifs à cette affaire.
    Voir http://www.facebook.com/notes/psychanalogie/en-realite-michel-onfray-veut-sauver-la-psychanalyse-contre-freud-et-les-psychan/391038327884
    = http://goo.gl/srst

    http://psychanalogie.fr

    Voir en ligne : http://www.facebook.com/notes/psychanalogie/en-realite-michel-onfray-veut-sauver-la-psychanalyse-contre-freud-et-les-psychan/391038327884

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