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Oeuvres Ouvertes : Arno Schmidt | Brand's Haide

Oeuvres Ouvertes

depuis 2000

Arno Schmidt | Brand’s Haide

un extrait

Sommeil : avec Lore dans les rues d’une grande ville ; nous marchions, nous nous frayions un chemin à travers des grands magasins compliqués, main dans la main, lumières étincelantes des rayonnages sans fin ; des visages s’embrouillaient ; je ne lâchais pas sa main.
Sorti un instant : dans la nuit tachée, tout s’affairait, busy motion, arbres agités, vent dans les nuages : vent, fait froid ici-bas.
Chorche (j’étais assis au soleil, devant la porte, sur mon tabouret). Lisais des manuscrits de Fouqué fraîchement arrivés (je travaillais donc), et lui qui déraillait ; des potins à la noix, du style 222, liste rouge ; créature d’argile : disait "chardin" pour ses deux trois plantes vertes. On eût dit que le temps se regimbait ; nous persévérâmes ainsi, eiris sazun idisi, coriaces comme un conseil municipal. Un paysan fit son entrée chez l’inspecteur ecclésiastique, avec une démarche plongeante, comme poussant devant lui une invisible brouette de fumier : il allait déclarer un enfant, qu’il me dit le Chorche (comme les lapins, donc !).
"’jour, Lore !", qu’il dit, ce cochon ! j’aurais pu lui arracher tripes & boyaux ; je m’agrippais à mon moignon de crayon : maudit chien : je devins complètement froid, pensai aux plus tarabiscotées preuves de noblesse : rien n’y fit.
Comme appât : je retournai la feuille, la lettre du roi Frédéric Guillaume IV (en 1837, encore Kronprinz en fait) pour que l’énorme sceau fût bien visible, sortis une loupe rayée de ma poche intérieure et me mis à l’examiner — ( : si ça c’est pas efficace ! Le paquet du baron Fouqué qui venait d’arriver était assuré pour 10 000 marks : le facteur n’avait jamais vu ça, dit-il. You can’t have driven very far. Si seulement on pouvait avoir un schnaps un de ces jours ; paraît que l’Apel en distille : Apel, le grand prince des vaches).
Avec détermination, elle se plaça une chaise dans la lumière fulgurante. S’assit : à côté de moi ! "Je veux travailler ici !" (comme Ondine : à côté de moi !!)
Je citai : "La vie n’est qu’un soupir..." "C’est quoi ?" demanda Chorche après un moment, songeur, consterné. Je ricanai nonchalamment et secouai la tête : "Rien pour vous, et pas une scie à refrains : il y a un droit d’auteur." Mais il me regarda fixement en fredonnant déjà d’un air absent : il essayait. (Plus tard je l’entendis marcher dans le couloir, à pas élastiques — préliminaires à une virée au patelin — en chantonnant : "La vie n’est qu’un soupir — da da dada dada dada. Boum boum bouboum bouboum bouboum", il s’accroupit devant l’armoire, se mit à farfouiller dans le nécessaire à chaussures, réémergea : "oui, et elle dure pas —". "Oui, et elle dure pas — — !" — : "Oui, et elle dure pas : lon-hong-temps !" — Et j’acquiesçai, enregistrant : Hé oui, c’est ça. Pauvre Fouqué ; oh, à la trappe, le macaque. C’est le Chorche qui est visé, bien sûr. En plus, c’est un fana de foot !)

Extrait de : Brand’s Haide, traduction de Claude Riehl
©Editions Tristram


Sur Arno Schmidt, le Literaturcafé numéro 2 par Laurent Margantin

© Arno Schmidt _ 8 février 2017

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