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Oeuvres Ouvertes : Les îles éparses | Numéro 1 - juin 2017

Oeuvres Ouvertes

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Les îles éparses | Numéro 1 - juin 2017

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Laura Vazquez | La Main de la main


Frances Densmore | Chanson de vision

La première chanson qu’un individu recevait en rêve était la "chanson de vision" du petit garçon. Plus tard dans la vie, d’autres chansons pouvaient lui venir de la sorte. Chaque garçon indien, à l’âge d’environ douze ans, était censé jeûner durant plusieurs jours et attendre le rêve ou la "vision" où lui apparaissait son "esprit protecteur" individuel, dont il recevait en général une chanson. Par la suite, lorsqu’il souhaitait recevoir "l’aide de l’esprit", il chantait celle-ci en exécutant certains gestes consacrés. Le garçon jeûnait parfois chez lui, le visage noirci de charbon. Plus souvent, il partait s’isoler jour et nuit pour attendre sa vision, tandis que, dans certaines tribus, la veillée revêtait un caractère cérémoniel. S’il obtenait une vision, il rentrait chez lui en jeune homme sérieux et avisé, prêt à assumer les obligations de son rêve. S’il échouait, il devait essayer à nouveau. La coutume menominee témoigne de la façon dont se forgeait le caractère d’un garçon indien. S’il avait échoué, son père lui proposait un peu plus tard deux assiettes, l’une contenant du charbon et l’autre de la nourriture. Le garçon pouvait prendre le charbon et se noircir le visage comme lors de son premier jeûne, indiquant ainsi sa volonté d’essayer à nouveau, ou prendre la nourriture, signalant qu’il optait pour le confort et la facilité. Cela se produisait rarement, car un homme sans vision était perçu soit comme manquant de volonté, soit comme étant dans une disposition d’esprit regrettable. Le "rêve" ou la vision variait en importance selon le tempérament du garçon mais, dans toutes les tribus indiennes, la vie et la force de caractère de l’homme avaient pour origine cette vision d’enfance. C’était surtout sa mère qui le préparait au jeûne — lui disant quoi faire et à quoi s’attendre. Par contre, à son retour fructueux, il se présentait à un homme-médecine et, désormais mature, recevait des instructions concernant la nouvelle phase de la vie dans laquelle il s’engageait. Conformément à ce rêve, il devenait un homme-médecine, un guerrier ou un chasseur, certain de recevoir l’aide de l’esprit dans l’une de ces voies particulières, ce qui orientait également sa future éducation.


John Muir | Mammoth Cave

Arrivé à la grande grotte de Mammoth Cave ; été surpris de la trouver aussi parfaitement intacte. Il y a à proximité un grand hôtel avec de beaux jardins et de belles allées, mais heureusement la grotte n’a subi aucun aménagement, et sans l’étroit sentier qui descend la vallée jusqu’à son porche, on ne penserait pas qu’elle ait déjà été visitée. Dans les maisons, il y a parfois des pièces dont l’entrée ne laisse guère deviner la taille. Ainsi le magnifique vestibule du royaume minéral du Kentucky a, par comparaison, une porte petite et qui n’annonce rien d’exceptionnel. On pourrait en passer à quelques mètres sans la remarquer. Un fort courant d’air frais en sort continuellement, créant un vrai climat nordique pour les fougères qui ornent la paroi de la façade.
Jamais auparavant je n’avais vu un contraste aussi net entre la majesté de la Nature et la médiocrité, l’insignifiance des jardins artificiels. Les parterres élégants de l’hôtel, disposés en plates-bandes strictement géométriques et où beaucoup de belles plantes sont cultivées jusqu’à en devenir difformes, sont très exactement dans un style de salon, et mise côte à côte avec la Divine beauté, cette jolie petite chose n’apparaît plus que comme un laborieux échec. Les arbres, autour de la bouche de la caverne, sont lisses, grands et courbés vers la base puis bien droits. Seul un noyer cendré, avec ses branches anguleuses, semble sympathiser avec la grotte et en faire vraiment partie, de même qu’une fine végétation de Cystopteris et d’Hypnum.



Lucien Suel | Regarde


Silencieuse-Jusqu’au-Dégel

Son nom raconte comment
cela se passait avec elle.

La vérité est qu’elle ne parlait pas
en hiver.
Chacun avait appris à ne pas
lui poser des questions en hiver
une fois connu ce qu’il en était.

Le premier hiver où cela arriva
nous avons regardé dans sa bouche pour voir
si quelque chose y était gelé. Sa langue
peut-être, ou quelque chose d’autre au-dedans.

Mais après le dégel elle se remit à parler
et nous dit que c’était merveilleux ainsi pour elle.

Aussi, à chaque printemps
nous attendions, impatiemment.


Serge Marcel Roche | Ma vie au village - 83

Rester, tout en étant quand même, dans la nasse de la ville-image — faire revenir à la case de soi la part enfuie du passé — ce qui de l’oubli s’était imposé et qui soudain t’accorde une mémoire ; marcher, avec la faim intérieure au ventre, pour écrire les pages qu’on ne pourra mettre dans le livre de tes vies semblables qu’arpentent ceux qui sont toi, qu’ils dévorent avec les yeux en mode lecture inassouvie des signes. Au village, tu n’as que faire des lumières, le bitume de la nuit t’enduit, tu longes les bordures, à l’aveugle, et tu prends des poses au détour du chemin. Tu pars, t’extrayant du foyer, ce qui ronge, disant que je vais chier, et tu le penses à cause de cette vie — ailleurs au moins il y a des coins pour ça — tu erres un peu mais sans durer, afin qu’ils ne croient pas, les autres, que tu perds le sens de l’orientation. Partir, aller où l’espace est peut-être de lignes plus droites qu’ici, les pages pas trop froissées, audible le soupir, davantage l’étreinte, sa durée, après que tu te sois confié à toi-même la chose, qu’à ton enfance tu aies fait l’aveu, te murmurant qu’avec le temps l’on peut malgré tout souffrir, qu’on a le droit de tout se dire, eux celui de ne pas savoir, partir, aller vers un qui sans besoin de mots saura écouter lire le spasme de ta bouche.


Christophe Tarkos | Oui

© Laurent Margantin _ 12 juin 2017

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