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Oeuvres Ouvertes : Récits en ligne, écriture libre

Oeuvres Ouvertes

depuis 2000

Récits en ligne, écriture libre

2012-2017


Roman national

Oui, la place Beauvau est l’épicentre de la crapulerie française, cela ne fait aucun doute. Je sais de quoi je parle, j’ai travaillé sous les ordres de tous les ministres de l’Intérieur depuis Mitterrand jusqu’à Valls. Je dois dire que de tous les ministres de l’Intérieur que j’ai connus au cours de ma longue carrière Mitterrand était sans conteste le plus infâme. J’ai soif, qui me donnera un verre d’eau ? La place Beauvau pue à des kilomètres à la ronde, c’est une infection, pour la trouver il suffit de suivre les mouches. La puanteur de la place Beauvau est très spéciale car elle n’est pas causée par une grève des éboueurs, non le quartier est propre en apparence, tout ce qu’il y a de plus propre, les rues sont nettoyées tous les jours à grands jets d’eau par les camions verts de la mairie, et pourtant la place Beauvau pue horriblement et sa puanteur vous agresse à des kilomètres à la ronde, je sais de quoi je parle, j’y ai travaillé pendant plus de cinquante ans.

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Jean Vilar

On nous a dit d’aller à Jean Vilar alors on y est allés. Par la route, dans un bus on nous a mis, quelques pavillons morts, des ferrailleurs, des camps de gitans, les pompiers et encore des pavillons morts, on nous a déchargés à côté du cimetière, là fallait attendre que le portail s’ouvre même si on aurait préféré qu’il s’ouvre jamais. On ne savait pas ce qu’il y avait de l’autre côté, ça nous intéressait pas, à la limite le cimetière nous intéressait plus, on regardait un vieux qui passait ce matin-là des fleurs de son jardin sur les bras, on aurait préféré le suivre plutôt que d’entrer à Jean Vilar.

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Les Géographes

Je suis grossier, impertinent, mesquin, paresseux et hautain. Elève de l’Ecole Polytechnique en 1798-99, j’usais volontiers de stratagèmes pour humilier mes condisciples et exercer sur eux différentes formes de torture psychique sans que personne ne pût m’accuser de quoi que ce soit. Souriant avec les dames de la noblesse, aimable avec les bourgeois, mais méprisant tout le monde en mon cœur, je ne révélais mon vrai visage que lors de circonstances exceptionnelles. Je sus très tôt que je ne devais jamais m’attaquer aux personnages puissants au sommet de l’échelle sociale, mais à leurs inférieurs, et seulement quand je savais que j’avais le soutien de ceux qui les dirigeaient.

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Le Chenil

Je me souviens qu’en arrivant au sommet de la colline une fois sous les arbres on ne voyait pas le chenil, mais que ça sentait, oui, ça sentait l’odeur des clebs à plein nez mêlée à celle des feuillages et de l’herbe de la forêt d’abord, et puis plus loin plus que l’odeur des clebs, des clebs tu disais comme tous ceux qui travaillaient au chenil. Odeur infecte de bêtes enfermées dans des cages à plusieurs dizaines pendant plusieurs jours, odeur infecte qui finissait par imprégner tous les vêtements, au point que la mère se plaignait de ma puanteur quand je rentrais le soir, tu pues m’avait-elle dit dès le premier soir en guise de salut (ce qui avait au moins l’avantage de remplacer les remarques désagréables qu’elle répétait en boucle depuis des années), odeur infecte qui, le premier jour, m’avait donné envie de gerber, et d’ailleurs j’avais gerbé en sortant du chenil le dernier jour de la première semaine, gerbé à cause de l’odeur qui m’était rentrée dans la gorge sans que je m’en rende compte et avait fini par me rendre malade, gerbé parce que, le dernier jour de la première semaine, j’avais découvert la véritable origine de l’odeur que je retrouvais chaque matin en haut de la colline, une fois sous les arbres.

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Aux îles Kerguelen

L’homme qui a rêvé du voyage et l’homme qui voyage n’ont rien en commun. Le premier ignore un jour avant le départ qu’il vivra fatalement des heures difficiles : il a la tête farcie d’images toutes merveilleuses. L’homme qui voyage et vit les heures difficiles a perdu ces images et ne voit que les vagues immenses s’élever autour de lui, et n’entend que le vent s’abattre sur le navire et le secouer. L’homme qui voyage maudit l’homme qui a rêvé du voyage parce qu’il l’a embarqué sur une mer déchainée. Et il se promet de ne plus jamais rêver de voyages, de tuer le rêveur en lui.

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Grabschke

Son nom : Grabschke. Grabschke est le nom que cet homme a donné lorsque je me suis approché enfin de lui pour en savoir plus sur cet étrange personnage qui parcourait les allées du cimetière toute la journée, circulant au milieu des tombes la tête penchée, occupée par de nombreuses divagations que j’allais découvrir en discutant avec lui. Grabschke est le nom de cet homme des cimetières. « Je suis l’homme des cimetières » furent d’ailleurs les premiers mots que prononça Grabschke devant moi.

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© Laurent Margantin _ 26 août 2017

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