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Oeuvres Ouvertes : Jorge Lobillo et notre « condition occulte de frères radieux »

Oeuvres Ouvertes

depuis 2000

Jorge Lobillo et notre « condition occulte de frères radieux »

Un poète de la splendeur terrestre et de la foi dans le langage

Jorge Lobillo a commencé très tôt à écrire des vers et à publier en plaquettes et dans des revues littéraires. Hormis quelques séjours à Paris et à Barcelone, il a toujours vécu à Jalapa, capitale du Veracruz (Mexique), son état natal. Il y travaille actuellement pour la maison d’édition de l’Université du même état. Cela ne l’empêche heureusement pas de continuer à écrire, à pratiquer l’art de la cuisine et des « verres communicants », ainsi qu’à traduire du français et du portugais des auteurs comme Pierre Dhainaut, Georges Schehadé, Nazim Hikmet, José Agostinho Baptista, Stefan Baciu, Alejandra Pizarnik... Il a reçu deux fois une mention spéciale du prix national de traduction poétique.
La présence de l’enfance, de la nature et de l’amour est constante dans son œuvre qui célèbre la simplicité et la splendeur de la vie quotidienne, du partage du pain quotidien avec l’être aimé – sans oublier toute la douleur du monde face à la cruauté humaine, face aux scorpions « crucifiés sur les pointes des agaves ».
Jorge Lobillo est né le 29 novembre 1943 à Jalapa (Veracruz). Une sélection de son œuvre de jeunesse a été réunie dans le volume Mutilación del agua (« Mutilation de l’eau », 1981). Las migajas y los pájaros (« Les miettes et les oiseaux ») a été publié en 1992. Son recueil Informe de la casa (« Des nouvelles de la maison »), qui reprend beaucoup de textes antérieurs, date de 1998. Il termine actuellement El delirio fugaz (« Le délire fugace »).
Traducteur en espagnol de Lêdo Ivo, ce dernier a écrit un beau texte sur Lobillo, qui a été publié en préface de son deuxième ouvrage. Nous lui cédons la parole dans notre version française :

Le sortilège organisé
par Lêdo Ivo

Jorge Lobillo sait que la poésie, en sa qualité d’aventure linguistique et d’opération étymologique, est un sortilège organisé.
Dans l’opération créatrice qui est à l’origine de son recueil Las migajas y los pájaros, ce qui s’impose à l’attention du lecteur c’est l’art de voir du poète, dont les yeux sont aussi bien à l’écoute de la rumeur du monde que du silence des objets. La réalité, estuaire de tant d’obscurités et d’imprécisions, se laisse éclairer par leur confrontation, qui cherche de préférence les thèmes quotidiens les plus humbles. L’allusion aux origines, qui vibre dans cette magnifique succession de poèmes, exprime le dessein délibéré de retrouver la source cachée qui préserve le mystère des choses et des êtres.
« Ici c’est moi » : le poète est son lieu de naissance, son origine et son foyer, son être dans le monde. Les trains qui passent à l’aube démentent l’évasion, car celle-ci, loin d’être un départ et une conquête de nouveaux cieux et de nouveaux océans, renvoie Jorge Lobillo à sa condition terrestre, l’enracine derechef dans son espace natal. Ainsi, sa poésie est une interminable restitution faite à lui-même : un arum blanc se manifeste, il émerge de la succession des saisons – hommage à la planète Terre – et de la création ininterrompue du monde en tant que métaphore de l’élaboration poétique, que passage du néant à la nécessité ; il multiplie les avertissements pour s’affirmer et se projeter « dans la lumière même » – c’est-à-dire dans l’espace humain de l’évidence et de la reconnaissance, sur la terre « parfois mouillée par la grêle ». Le lieu du langage recherché par le poète est le lieu même de la vie. Le départ est le retour : le « voyage rapide et solitaire des trains ».
La contrepartie de cette apparition renouvelée qui impose au monde le statut de la vie est le poème « Le chat mort », dans lequel le poète ramène la mort à l’ignorance de la langue ; celle-ci refuse de nous livrer à tous son mystère et son secret : sa vérité occulte et intransmissible.
Poète de l’épouvante et de l’innocence, Jorge Lobillo interroge la vérité (et le mensonge) du monde. Dans ce questionnement, il se concentre – et il ne saurait en être autrement – sur les instants privilégiés (apparitions, illuminations) pendant lesquels la réalité se dévoile. C’est-à-dire les moments où la poésie, en fixant la réalité pour la célébrer, la transforme en épiphanie, en image éclairante, en splendeur terrestre, brève mais essentielle : magnificence humiliée des scorpions de la Vallée de Perote.
Le poème le plus emblématique de cette opération poétique de Jorge Lobillo est « Le caméléon royal ». Apparition, illumination, image fulgurante qui permet à la richesse du monde d’affleurer ; étincellement et foudre, écho de la nature, ce poème transfigure la réalité, la convertit en imagination, puisque le protagoniste insolite se caractérise précisément par sa capacité à changer de couleur et à s’adapter à l’environnement. Et cette fatalité prodigieuse du saurien est celle-là même de la poésie : ambiguïté et signification plurielle, inclination à la lecture multiple selon le goût subjectif des divers lecteurs. Comme le caméléon, les mots assument la couleur de la réalité en migration permanente. La poésie brouille les pistes : c’est un masque, un leurre.
La riche – et douloureuse, à coup sûr – expérience personnelle de Jorge Lobillo, embusquée dans maints passages de ce livre, rythme les accords et les modulations de cette alchimie. La vie devient image ; et dans cette mutation, elle érige de nouvelles réalités, faites de mots.
Honoré du privilège d’être un des premiers lecteurs de Las migajas y los pájaros, j’ai préféré me limiter à contempler cette constellation d’artifices verbaux qui s’est posée sur ma table, sans aller chercher d’autres climats ni d’autres cieux pour établir son origine et sa lignée. Je présume, cependant, que Jorge Lobillo nous y offre une expression de sa véhémence singulière, de sa dissidence, de sa navigation contre vents et marées, en tant que protagoniste d’une génération encore sans nom ni étiquette surgissant après tellement d’expérimentations et de tentatives célèbres – depuis le cadre consulaire de Ramón López Velarde puis à travers les vastes rumeurs de Poesía en movimiento (1966) et Asamblea de poetas jóvenes de México (1979), deux anthologies portant la griffe de la ferveur et de la dévotion critique d’Octavio Paz –, qui ont fait de la poésie mexicaine l’une des plus importantes de notre monde et de notre temps. La pluralité continue. La diversité continue. Les différences continuent, dans l’interminable torrent des accumulations créatrices. La solitude et l’isolement de Jorge Lobillo singularisent son passage et son insertion dans le grand courant poétique de son pays.
La poésie est un enchaînement de patiences et d’impatiences, un mariage entre la précipitation et la retenue. Le lieu des impatiences où se trouve maintenant Jorge Lobillo – dont une caractéristique indéniable est son ambition d’exprimer et de s’exprimer, de dire et de se dire – s’ouvre sur le territoire des mûrissements successifs. La forme poétique exige un vécu et un continuum. La voix de l’obscurité personnelle – cette voix qui vient toujours de près, de notre for intérieur, et qui semble à la fois venir de loin, de pays inconnus – aspire à se convertir en clarté et en architecture.
Poète de la splendeur terrestre, Jorge Lobillo, de par son adhésion à la matérialité du monde, est le poète de la splendeur du langage : de la splendeur du pain matinal qui, sur la table, signifie l’illumination de la vie et fournit la nourriture spirituelle des hommes. En rapprochant ceux qui sont loin et en transmuant l’indifférence en attention et en lecture, la poésie de Jorge Lobillo nous rend à tous notre condition occulte de « frères radieux ».


Les scorpions de la Vallée de Perote

Le sable lumineux de leur peau suffit
quand elle brille aussi fidèlement que les vitraux
pour que les scorpions deviennent poison efficace.
Attention au brin d’herbe qui se dresse ou s’agite !
Ne perdez pas le chemin de vue !

Il n’est pas nécessaire de trouver leur cachette,
simple curiosité ou maladresse d’une main distraite,
pour qu’ils se lancent la queue dressée
pour piquer et injecter leur venin.

En fait, ce qui m’empoisonnait complètement
c’était de les voir crucifiés sur les pointes des agaves.

Le caméléon royal

à Gabriel Cano

L’été perturbait les mirages.
Au-dessus de ma tête les éperviers
criaient en planant avec aisance.
Je ne pouvais plus contempler le ciel :
la splendeur me tournait vers la terre.
La couleur brune des mottes
changea alors et je tombai
sur un étrange animal aux cornes rouges,
que je voulus pour moi tout seul.
Enfant, il m’a fallu endurer la vérité :
mes parents et frères aînés n’ont pas cru
que leur inattention allait le laisser
me couvrir de filets de sang.

Aldébaran, étoile principale de la constellation du Taureau

à Stefan Baciu

La lumière que tu répands par intermittence,
faisceau de protons, chaud ou froid
selon ma frontière spirituelle,
est un système destiné à me regarder
et à escorter, librement, de l’infini,
ce temps inégal qui est le mien,
alors que tu es peut-être déjà morte.

Le chat mort

à Saúl Pabello

Jamais tu n’oublieras ce chat trouvé dans le jardin.
Ses yeux étaient deux écailles d’eau durcie.
Un matin solitaire – grise fleur effeuillée –
il apparut couvert de rosée et personne
ne fit attention à ce coup terrible donné à l’aube.
Quelles sont les mains émissaires qui l’ont fait tomber ?
Quelle force cosmique n’a pas su aider
le velours silencieux et altier de ses pattes ?
Quelle fable toute-puissante l’a-t-elle fait taire ?
Tu mourras en scrutant le langage, et tu ne sauras rien.
À part le fait que sept vies n’ont pas réussi à le sauver.

Feuilles volantes
(fragment)

IV
Aux environs de l’an 1510, dans le feu d’une extase sensuelle un moine bénédictin du monastère de Fécamp maria, de ses mains destinées à la solitude et à la prière, un bouquet d’herbes aromatiques – dont nous ignorons toujours les noms – à l’énergie solaire de l’alcool. Il créa ainsi cette liqueur verdâtre connue sous le nom de Bénédictine. Depuis lors, ce baume nous accompagne ponctuellement pour célébrer la signification naturelle de l’amour.

Des nouvelles pour Juan

I
Au crépuscule, t’en souviens-tu, les capucines
voilaient leur mauve éclatant.
Au-delà de l’effet de lumière, nous affirmions
qu’elles commettaient cet acte solitaire pour se protéger.
De qui, de quoi ? Nous ne l’avons jamais su.
Tant de choses encore sont innommées.
Du fond nocturne du jardin, de vilains gnomes
surgissaient peut-être pour décolorer les fleurs
en profitant du sommeil de Dieu ou de la rosée.
Et s’ils ne parvenaient pas totalement à leurs fins
c’est parce que l’aurore les effaçait
des sentiers qui mènent au bien.

II
Hier que tu n’étais pas là et qu’il pleuvait
j’ai encore mieux aimé les dépressions de la mer.
Face à l’avenir, j’ai imaginé
comment nous habiterions une forêt sous-marine.
Les poissons nous verraient-ils aussi
comme d’étranges errants
dans les galères fermées du temps ?

Mais c’est sur cette terre parfois mouillée
par la grêle que nous étions.
Ici, dans ce refuge où un jour toi et moi
avons accueilli, tel un enfant, l’amour.

III
Lorsque je pense à ta naissance
je ne peux oublier les nids.
Surtout celui du colibri :
corbeille de prodigieux fils verts
balancée par la douce affection des vents.

Ainsi fut le moment de ton annonciation,
quand tu pesais moins que ton ombre.

IV
Les sacrifiés de la Place des Trois Cultures
font souffrir ; je te l’ai dit
avec amertume,
ce sont les victimes des pouvoirs
narcissiques de l’homme.

Des jeunes comme toi, semblables à toi,
pleins d’énergie et de désir,
au profil vertical
tombé dans l’histoire des temps.

De cet amour je conserve
une pause de silence.

V
Tu es entré tel un grain de sable
harcelant les couches douloureuses
du temps. Pour me protéger
et te supporter durant tout ce cycle de mûrissements,
je t’enveloppais patiemment
de rêves et d’attentes couleur de lune.
Ainsi, ta transmutation a permis
le triomphe, la suprématie de l’amour.

VI
En toi et pour toi je célèbre l’amour,
la vie des baumes et des parfums,
l’immensité de ton corps,
où un généreux encensoir
a multiplié les brèches de douceur active.
L’appât le plus agréable, le plus efficace
pour me laisser entraîner
et me perdre. T’ai-je dit
qu’enfant l’arôme du thym
sur les sentiers de montagne me conduisait
à l’ivresse et à la joie ?
Je cherchais alors des empreintes de lapin
et me couchais dans l’herbe
pour y découvrir leur odeur.
Depuis lors j’ai vécu tristement.

Cela m’a fait tant plaisir que tu aimes
l’essence du thym
lorsque tu l’écrases, vert,
entre tes doigts.

Aujourd’hui je n’ai rien désiré d’autre
que posséder à nouveau ton odeur.

VII
Au terme de son voyage dans l’espace, Michael Coats, commandant du Discovery, a déclaré :
« La première chose qui m’a frappé c’est que la nôtre est une planète vivante. Les tons bleu-vert, les bruns, sont très impressionnants. On contemple la beauté de la planète, et puis on se tourne vers l’obscurité vide du cosmos. Une fois que l’on a quitté notre Terre, il n’y a plus rien. Il faut en prendre soin. Il n’y a pas d’autre endroit où aller. »

Mon regard erre d’un astre à l’autre,
puis en plein jour je vérifie que tu es bien la Terre,
faite de terre et de ma terre ;
partie prenante de sa dynamique
et de sa rotation permanentes
sous des cieux divers.
Et il a été bon de t’aimer ainsi,
aveuglément,
de te toucher avec délicatesse
comme en caressant
au même moment
un kaléidoscope sacré.

VIII
Pour midi j’ai préparé un poulet
aux fines herbes :
origan, thym, estragon,
poivre et sel, généreusement
arrosé d’huile d’olive.
Et mon logis s’est parfumé.
Impatient, j’ai guetté ta venue
avec ce désir naturel chez moi
d’alimenter la vie des êtres que j’aime.
Et cela n’a pas eu lieu.

Plus tard j’ai donné des miettes de pain
à manger aux oiseaux
et aux fourmis.

Dans l’arrière-cour on entendait
un pigeon ramier.

IX
Ma maison gémit de tristesse,
que tu rentres tard ou au petit matin.
Les tableaux pâlissent
et mon portrait d’enfant
est couvert d’une poussière
inaltérable. Deux nouvelles :
une ronde tomate est née
dans un des grands pots
près de la cour, gisante faute de ta lumière.

Et les rêves s’envolent.

X
Solitude de sel,
unie à la voûte des grottes
et produite par la mer,
connais-tu la sensation
d’être une stalactite ?
Dans mon rêve nous étions des sédimentations
sous de sombres plafonds,
tentatives infructueuses
de nous rapprocher et nous aimer.
Puis nous tombions dans un désert :
ciel devenu caravane bleue,
œil insoutenable, le soleil.
Agenouillés nous ouvrîmes
le sol de nos mains
et deux roses de sable apparurent,
fleurs d’une dure eau rosâtre
qui ne pouvait calmer notre aridité,
et nous finissions embrasés
de larmes et de soif.

XI
Puisque tu as touché les blanches extrémités de la mer
dis-moi donc si la vie en cet instant
se réduit à ce massif d’arbres
sur lequel descend, irrévocable,
un soir brumeux.
Ou bien tout fait-il partie d’un vaste moment
que fragmentés nous ne pouvons embrasser ?
Même l’arôme sur une table
de fleurs jaunes fanées ?

XII
Ta blessure – reflet de l’angoisse –
est également restée ouverte en moi.
C’est une artère sous pression et solitaire
par où je dois passer, loin
de ton soutien et sans témoins.
Seul l’oubli – amour en temps voulu –
pourrait nous aider, toi et moi, à cicatriser.

XIII
Surgissant de parages indéterminés, tu es arrivé à la saison des hirondelles : déjà installées en des recoins inaccessibles, le bord terreux des nids laissait voir de nombreux becs jaunes. Bientôt commencerait l’enseignement pratique du vol. C’est pourquoi je n’ai pas voulu t’aimer avec des verrous ni refermer les portes sur le monde, alors qu’il était encore temps. Sur la paume franche de ma main je t’ai indiqué les points cardinaux. La leçon, une seule, faisait déjà partie de mon sang : la liberté.
Dans mon enfance j’emprisonnais des couples de moineaux : lui, nerveux et rouge ; elle, paisible, d’un châtain pâle. Au printemps, poussés par l’évident désir de faire nid, ils entraient par erreur dans une pièce et je lançais des chiffons en l’air jusqu’à les faire descendre, pitoyablement emberlificotés. Je les mettais alors dans une cage recouverte d’un drap, pour qu’ils acceptent, au bout de quelques jours, leur captivité. Pour tout aliment – et pour la peur –, de l’eau sucrée. Derrière les barreaux toujours, le rouge brillant de la tête du mâle devenait jaune : au cours de cette histoire je t’ai vu t’éloigner et un modeste chagrin déchirait ma mémoire.

Sur la même pierre

Et l’homme – suite de miroirs – est venu
édifier sur la même pierre
le projet permanent de son horizon.
Mirage prévisible, tel le lierre.

Il est pouvoir fiévreux dans les reflets
insatiables, dont l’abandon atterre.
Un vent qui n’apporte que des regrets,
la déception où le rêve prospère.

Le voilà donc cet effort colossal
pour transformer son désert en sagesse,
avec pour tout refuge une grimace maladroite ;

et ne laissant en héritage au sort
que son vaste mais piètre jugement.
Tous ces travaux destinés à la mort.

Le pirate

Il navigue tous les jours sur la mer ardente de l’alcool,
l’épée attentive, le regard furieux.
Habitué dès l’enfance aux espaces ouverts,
il a accumulé dans sa barbe l’obscurité du combat.
Des voiles volatiles formaient les poutres de sa maison ;
d’invisibles scorpions, ses corsaires ennemis.

Comme la tempête est intérieure, la lune lui parle :
elle a mis à son oreille un anneau de brume.

Contre qui lutte-t-il maintenant ? Imaginons que l’océan
soit un champ mûr, et des vaisseaux fantômes
les arbres ancrés le long du chemin
qu’il descend, irrité, aux aguets,
enveloppé dans le souffle mystérieux,
définitivement illisible, du mythe.

C’est alors que, tourmenté par les enfants,
objet de moquerie pour les adultes au sourire réaliste,
il défie cette aversion d’un coup d’œil méprisant ;
épuisé, réalisé peut-être,
il s’est aventuré jusqu’à la gorge de la défaite aveugle,
sur l’espace-temps invulnérable du destin.

Les trains

pour Andrés Meza Garza

Ces trains que le petit matin
fait glisser entre traverses et spirales,
accablés par la soif et les visages défaits
quelle est la direction de leur tendresse ?

Ils filent devant nous et notre destin,
consternés, mais aussi prudents.
Loin d’un sommeil réparateur, et de toute peine,
décisifs, ils s’en vont quand ils reviennent…

Ici c’est moi. Ma somnolence
est une manière de partir précipitamment
au passage brutal d’une ombre,

qui sans se mêler à la mer ne prend pas de retard.
C’est pour cela même que je meurs… semblable
au voyage rapide et solitaire des trains.

(De : Informe de la casa [« Nouvelles de la maison »], avec la collaboration de Jean Antonini pour certains de ces textes.)

Et un poème inédit :

Un moineau

Un moineau dont la tête était rouge
s’est délicatement posé devant moi.
Les yeux fixés sur les miens, il a chanté un air
et disparu aussitôt.
C’était un autre, mais l’image
que je garde de l’enfance est la même :
involution du temps.

© Philippe Chéron _ 17 octobre 2017

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