Œuvres ouvertes

La Main de sable : cartes postales

Un inconnu

Dans la rue principale du village, les escaliers étroits menaient à une porte en bois couverte de cartes postales aux couleurs délavées par la pluie, blanchies par le soleil. Jamais il n’avait vu l’habitant sortir ni entrer. Comme jadis, lorsqu’ enfant il allait se promener sur le chemin à travers les champs, chemin qui menait à la ferme à l’ écart du hameau. Là non plus il n’avait pu voir son visage, juste quelques moutons qui paissaient dans un pré derrière. Il longeait le domaine alors, sans pouvoir saluer celui qui, un jour proche, lors de ce que le journal appellerait un « drame de la jalousie », se saisirait d’un fusil et abattrait son rival.

Les cartes postales sur la porte en bois du village où il vivait désormais caché, à une dizaine de kilomètres de son ancienne ferme, étaient-ce les mêmes que celles qu’il avait reçues et collectionnées dans sa cellule ? Hors de celle-ci, il continuerait à vivre reclus quelques années dans ce misérable logis, puis mourrait seul, sans qu’un de ses anciens voisins eût seulement vu son visage et eût pu le saluer. Car qui serait allé frapper à la porte de celui qui, disait-on tout bas, avait « purgé sa peine » ?

© Laurent Margantin _ 21 avril 2010

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