Éditions Œuvres ouvertes

Surtout ne parlez pas des auteurs du web

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C’est quelque chose qu’on vit depuis qu’on écrit et publie sur le web, soit une vingtaine d’années en ce qui me concerne : le mépris de la presse littéraire à l’égard de tout ce qui se crée en ligne. Le passage de cette presse au modèle numérique ces dix dernières années n’a rien changé : ce qui compte, c’est ce qui se publie chez les grandes maisons d’édition aux rentrées d’automne et de janvier.

Mais le plus navrant, c’est de voir des "magazines culturels" (c’est comme ça qu’ils se présentent eux-mêmes) arriver sur le web, sans existence papier, reproduire assez grossièrement ce système, et j’emploie ce mot à bon escient je crois s’agissant de la presse traditionnelle, dont pas mal de critiques cumulent en général leur fonction journalistique avec leur statut d’auteur chez des éditeurs qu’ils savent servir dans leurs journaux. Ajoutez à cela la question de la publicité, grands encarts pour les prix littéraires qui perpétuent la domination du modèle ancien, et vous comprendrez qu’entre bons amis tenus par les mêmes intérêts financiers (journaux et maisons d’édition appartenant aux mêmes grands groupes capitalistiques) on n’ait guère envie d’aller voir ce qui se publie hors de cet univers de connivences.

Mais pourquoi alors reproduire ce même système en ligne, quand la publicité y est absente ? Pourquoi retrouver, sur Diacritik ou Actualitté par exemple (mais il y en a d’autres) les mêmes auteurs du cirque littéraire que dans le Monde des livres ou les autres pages littéraires des magazines papier ? Personnellement, la raison m’échappe. Snobisme, volonté de participer aux mêmes événements (colloques, lectures, etc.) organisés ou soutenus par les institutions culturelles ? Possible. Et c’est bien dommage parce que ces critiques passent à côté de quantité de créations littéraires nouvelles qui ne prennent pas la forme du livre, je pense par exemple à la poésie contemporaine qui recourt de plus en plus à la vidéo, et c’est bien plus passionnant que le dernier recueil du poète X ou Y publié chez Gallimard.

Quoi qu’il en en soit, je viens de faire cette expérience : publiant ce mois de janvier deux livres à partir de mes travaux d’écriture et de traduction de ces dernières années sur Oeuvres ouvertes, pas de réponse quand je propose à tel ou tel magazine dit numérique de leur envoyer des exemplaires. Ce n’est pas le cas partout heureusement (les gens sont polis en général, ils répondent), mais la question demeure : quelle réception critique pour nos livres issus du web qui n’empruntent pas forcément les mêmes chemins de validation symbolique (avec souvent une présence plus faible et parfois même une absence de la figure tutélaire de l’éditeur) que ceux de l’édition dite traditionnelle ? J’aimerais bien avoir la réponse, je ne l’ai pas, et je crois que pas mal d’auteurs web ne l’ont pas non plus. Tant pis, on continuera à avancer sans eux, personnellement j’ai nettoyé le compte Twitter d’Oeuvres ouvertes, rien envie d’offrir à ces gens-là dans les conditions actuelles.

© Laurent Margantin _ 8 janvier 2018

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