Éditions Œuvres ouvertes

Carmen Villoro : l’ombre protectrice du feuillage

Un chant funèbre à la mémoire de son père, Luis Villoro, défenseur du zapatisme

L’enfance et la nostalgie sont deux des grands thèmes de l’œuvre poétique de Carmen Villoro, ainsi que les choses de la vie quotidienne dans leur insignifiance et leur modestie pleines de sagesse : une espadrille, le jus d’orange du matin, un parapluie, un balai, les points sur les i… Mais la douleur est aussi un thème récurrent : « Rien n’est plus douloureux que la douleur ; / rien ne fait aussi mal », écrit-elle dans Herida luz. Ou encore : « nous voguons dans une même blessure, / dans une même incertitude, / contre la lumière nous voyageons. / Nous sommes un seul corps démembré, / une seule question, / un seul cri interminable : / voilà ce que nous sommes ».
Dans son dernier recueil en date, Liquidambar, dont nous traduisons l’essentiel ci-dessous, Carmen reprend ce thème dans des circonstances particulièrement douloureuses – la mort de son père, adoré et admiré – et le marie habilement aux précédents ainsi qu’à son émotion face à l’engagement sans failles de ce dernier, à sa solidarité avec les luttes des plus démunis, à la fraternité qui les unissaient.
La souffrance, la peur, la perte, mais aussi le passé qui revient avec ses bons moments : tout est pris dans un vaste réseau d’analogies entre le sang qui bat et la résine qui coule sur l’écorce, entre le monde végétal, la vie organique et celle du langage, entre la lutte sociale et la poésie, entre la disparition et le renouveau. L’humilité face à la mort est favorable au travail du deuil et à la résilience, ce qui permet finalement d’entendre « palpiter / les graines en pleine germination ».
Luis Villoro (1922-2014) est un philosophe qui s’est intéressé aux problèmes idéologiques et à l’histoire de son pays, notamment en ce qui concerne la condition indienne dans son ouvrage Los grandes momentos del indigenismo en México (« Les grands moments de l’indigénisme au Mexique », 1950). Il était très proche du mouvement zapatiste qui a éclaté au grand jour le 1er janvier 1994 dans l’état du Chiapas et qui après diverses vicissitudes s’est replié dans des communes autonomes, les caracoles (« escargots »), qui sont cinq centres politico-culturels servant de lieux de réunion et où se trouvent les sièges de chaque « Conseil de bon gouvernement ».
Ces caracoles sont propices à « la sérénité de la spirale » dont parle le long poème Liquidambar de Carmen Villoro ; le village Oventic est un de ces cinq centres, et c’est là que les cendres de son père ont été déposées, au pied d’un liquidambar centenaire. L’expression « sans-visage » (sin rostro) renvoie concrètement au fait qu’ils portent un passe-montagne et symboliquement qu’ils sont des laissés-pour-compte, qu’ils n’existent pas aux yeux du pouvoir. Leur uniforme comporte aussi un foulard rouge en forme de triangle noué autour du cou.
Pour en savoir plus, un reportage récent (juin 2017) dans Le Monde Diplomatique fait le point sur la situation actuelle, sur les réussites et les difficultés du zapatisme : « Au Chiapas, la révolution s’obstine ». Consulter aussi, plus ancien (octobre 2009) : « Passés de mode, les zapatistes… » ; et sur Wikipedia, l’article « Zapatisme ».
Carmen Villoro (Mexico, 1958) est psychologue de formation. Elle a publié de nombreux recueils de poésie, entre autres : Que no se vaya el viento (« Que le vent ne s’en aille pas »), 1990 ; Delfín desde el principio (« Dauphin dès le début »), 1993 ; Herida luz (« Lumière blessée »), 1995 ; Jugo de naranja, 2000 (« Jus d’orange », Montréal, Écrits des Forges, 2017) ; Obra negra (« Le gros œuvre »), 2002 ; Espiga antes del viento (« Épi antérieur au vent »), 2011. Son recueil Liquidámbar a paru en 2017. Elle écrit également des contes pour enfants et des essais.

Carmen, entre ses neveux Inés et Juan Pablo. A droite, son frère Juan.


LIQUIDAMBAR

Un arbre

De tous les arbres
il y en a un qui m’importe.

La lumière du matin l’éclaire
les oiseaux y habitent
le vent le secoue
la nuit le rafraîchit
comme tous les autres.

Mais c’est cet arbre-là qui m’intéresse.

Je souhaite qu’il ne manque
ni d’eau ni d’engrais
je voudrais soigner ses feuilles une à une,
protéger ses bourgeons et ses tiges.

Cet arbre
si vieux et si lointain
m’obsède :
je ne veux pas qu’il meure.

Liquidambar

Je suis venue, père, en cette région montagneuse
pour fouler la terre que tu as foulée.
Je suis venue assimiler l’atmosphère d’un lieu
comme on apprécie la saveur d’un fruit
pour déchiffrer le regard de ces hommes
que tu as vus et qui t’ont regardé
dans une autre lumière.

Je suis venue racler la terre
où mon frère a déposé ton nom
comme celui qui sème une graine
pour que le temps se déploie
vers son origine.

Je suis venue pour en approcher une poignée à mes lèvres
et l’embrasser comme on embrasse son père.

*
Face à l’arbre d’ambre
je remémore ton sang.

La résine odorante qui suinte
sur la peau grise du tronc millénaire
rachète la souffrance.

*
Ré-signa-tion
ré-signe
un autre signe à la douleur
une autre couleur :
du rouge sombre
à l’ambre.

Liquidambar.

*
Transforme, Liquidambar,
le sang de mon père en miel.

Prends sa poussière blessée
emporte-la sur les routes
de ta sève bienveillante jusqu’à la lumière.

Donne à sa douleur la transparence
de tes émanations
les huiles médicinales de tes rivières.

Et donne-moi la résine nécessaire
pour comprendre le cycle des fleurs
et des fruits qui perdurent.

*
Je n’avais pas vu en face
les yeux de ces hommes et ces femmes
de ces enfants et ces vieillards.
Je n’avais pas vu leurs yeux.
Je n’avais pas vu leurs mains.
Je n’avais pas vu les soldats d’une armée
brandissant des bâtons de bois :
un océan de grands enfants
et de petits vieillards encore plus grands
en rangs devant moi qui ne suis personne
me souhaitant la bienvenue, m’escortant
jusque chez eux.

Moi qui viens de l’ignorance
qui viens de l’indifférence
je regarde les sans-visage, des centaines d’entre eux
déployés devant moi
comme une houle.

*
Prends sa poussière blessée
emporte-la dans les grottes
de ta bienveillante sagesse jusqu’à la lumière.

Donne à sa couleur la transparence
de tes aimantations
des huiles minérales de tes rivières.

*
J’ai vu tomber ton tronc desséché
ton écorce rugueuse se crevasser
et exsuder le chaud liquide
de ta vie intérieure.

J’ai vu le sang s’écouler de tes ramures
les gouttes pourpres, huileuses
sourdre de ta peau.

J’ai vu ta douleur tomber à terre
et apporter une obscurité mauvaise, immense.

Je t’ai entendu craquer. Tes branches s’allongeaient
anguleuses, rejetant la quiétude.

*
Donne à sa douleur la permanence
de tes définitions
les huiles guérisseuses de tes rivières.

Et donne-moi la résine nécessaire
pour comprendre le cycle des fleurs
et des fruits qui perdurent.

*
La mer s’est entrouverte
au milieu des guerres et des violettes et de mes larmes.

L’eau est restée figée entre les deux fronts
et un raccourci est apparu.

La chair s’est mise en marche, suivie de l’idée,
le pressentiment a dépassé son ombre.

Les mots viendraient après :
ce chemin était
une affaire de sang.

*
Ré-signa-tion
ré-signe
une autre couleur au signe
une autre douleur :
de l’œil sombre
à l’ambre.

Liquidambar.

*
En offrant l’écume de leurs yeux
les frères se sont démenés.

Ils viennent de loin
du douloureux passé dans lequel ils sont morts.

Pour moi, pour nous qui sommes de passage
ils ont apporté
des siècles dans leurs mains
d’insouciantes blessures sur leurs corps
l’orgueil d’avoir ressuscité
de ne jamais être mort, même s’ils sont morts.

Ils sont tous venus
avec leurs foulards rouges triangulaires
avec leur élixir de transfiguration
pour nous recevoir.

*
Transforme, Liquidambar
le sang de mon père en miel.
Prends sa poussière blessée
emporte-la sur les routes
de ta sève bienveillante
jusqu’à la lumière.

*
Les frères se sont démenés
pour ouvrir la mer en deux
pour retenir l’Histoire avec leurs corps
afin qu’elle ne déborde pas
sur le chemin ouvert
afin que ses flots agités
ne nous renversent pas
et nous laissent passer
jusqu’à leur territoire libre zapatiste
jusqu’à leur table
jusqu’au centre du monde
où le temps n’existe pas
et où l’espoir est une orchidée

qui bat
– et bat
–– et bat.

*
Ils ont formé deux groupes compacts
et nous avons marché entre eux
sobres, abasourdis, muets.

*
J’allais au bras de mon frère,
le serrant fortement, pour ne pas me perdre.

*
Derrière leurs silhouettes
j’entendais le hennissement des chevaux
et le cri aigu du métal.

Protégée sur mes flancs par leurs corps,
la rumeur d’autres batailles
était restée en arrière.

L’odeur de la merde et du sang s’éloignait
à mesure que nous entrions
dans la sérénité de la spirale
où règne la satisfaction.

*
Ré-signa-tion
ré-signe
un autre signe à la douleur
une autre couleur :
du rouge
à l’ambre le plus obscur.

Liquidambar.

*
Je regardais leurs yeux.

Je les vois encore.

Des yeux qui observent depuis l’éternité.

Des yeux anciens et nouveau-nés.
Une multitude de regards
des éclairs qui embrasaient
la matinée limpide de ce village.

Matinée pure et fraîche
petit matin
accueillant doucement en son sein
les larmes décantées.

Des yeux et encore des yeux :
un océan de regards joyeux tellement ils étaient graves
des paires et des paires de pupilles profondes
des cerises brunes
sur la nappe du jour.

Je les vois encore.

*
Donne à sa douleur la transparence
de tes émanations
les huiles médicinales de tes rivières.
Et donne-moi la résine nécessaire
pour comprendre le cycle des fleurs
et des fruits qui perdurent.

*
Près de l’auditorium
où les hommes pensent à voix haute
près de l’église
où les hommes prient à voix basse
se dresse l’Arbre.

On l’appelle Liquidambar.

On y a déposé tellement de fleurs
que l’on n’en voit pas le tronc.
Semblables à des épées ses feuilles
coupent l’air et vibrent
tremblent
s’étirent
parlent, s’agitent
subtilement.

Je reste silencieuse, j’écoute :
les présages de la terre
les pensées
les palpitations végétales
l’eau qui s’écoule des branches les plus hautes
les murmures.

À ses pieds
dans le berceau de ses racines
reposent les cendres de mon père,
ardentes.

*
Transforme, Liquidambar
le sang de mon père en miel.

Prends sa poussière blessée
emporte-la dans les grottes
de ton bienveillant savoir jusqu’à la lumière.

Donne à sa couleur la transparence
de tes émanations
les huiles les plus profondes de tes rivières.

Et donne-moi la résine nécessaire
pour comprendre le rite des fleurs
les deuils qui perdurent.

*
La lumière éclate.

C’est son battement
qui abreuve les vaisseaux capillaires
des cornées.

Ce sont mes yeux qui pleurent :
ils sont lumière
et ils éclatent.

*
Ré-signa-tion
ré-signe
un autre signe à la couleur
une autre souffrance

liquide…

*
La liquidité est l’état
en lequel un élément, la lumière probablement,
peut se transformer.

Liquide est l’amour.
Liquide, le temps.

Comme l’eau
cela s’écoule
si dans la veille se love le rêve.

*
Que les fleurs prodiguent leur saveur.
Que les pulpes ruissellent.
Que tombent, goutte à goutte
les éléments chimiques
les cellules, les atomes, les chloroplastes.

Que les rêves se déchaînent :
que tous les téguments, les spores
imprègnent les étables et parfument les maisons
et lavent chaque lampe allumée.

*
Les femmes m’ont tissé une broderie.

Elles ont tissé une image et des mots
sur un tissu rouge.

De leurs mains elles ont raccommodé
sans même me connaître
le lin déchiré de mon cœur.

C’est ce qu’elles ont fait.

*
Que tombent, goutte à goutte
les éléments chimiques,
que les rêves se dispersent.
Que les fleurs prodiguent leur savoir.
Que les chairs fassent chorus.

*
Sur la nappe s’étend
la clameur des plats :
le riz qui offre ses vapeurs
de sel et de tomate
les cruches d’eau fraîche
qui promettent les saveurs du fruit pressé
la sauce dans son mortier à côté du bouillon.
Des tours de galettes de maïs
accompagnent le plaisir du café.

*
Liquidambar
seigneur de l’écoulement et de la quiétude.
La rivière te nomme
et la lumière te dessine.

Seigneur du réconfort
donne-moi le joyau de la résignation.

*
Si tu es malade
ici on va te soigner ;
si tu es triste
on va te consoler ;
si tu n’as rien à manger
viens et ici on va te nourrir,
la famille est là pour ça

– c’est ce qu’elles ont dit.

*
De l’œil sombre
à l’ambre.

Liquidambar.

*
Au tronc, ôte-lui ses racines.
À la branche, le tronc.
À la feuille, ôte-lui la branche
qui la soutient
et à la fleur, la feuille
et au fruit, la fleur qui l’a engendré.

Seul, sans son arbre
il ne reste plus au fruit
qu’à être
arbre.

*
Que les rêves débordent :
que tous les téguments, les spores
imprègnent les étables et parfument les maisons
et lavent chaque lampe allumée.

Seigneur du réconfort
donne-moi le joyau de la résignation.

*
Escargot de la pensée.
École des fruits.
Chemin des fleurs qui sont des mains.
Terrain des arbres qui donnent des idées.
Communauté des vents.

Le pouvoir de tes signes
l’architecture subtile de tes paroles
me soumettent, Oventic,
ville des couleurs et de la pluie.

*
Que les fleurs savourent leur prodigalité
Que les pulpes ruissellent.
Que tombent, goutte à goutte
les éléments chimiques
les cellules, les atomes, les chloroplastes.
Que les rêves soient biodégradables :
que tous les téguments, les spores
imprègnent les étables et parfument les maisons
et lavent chaque lampe allumée.

*
Ton visage revient à ma mémoire, papa
et je comprends ton dévouement à cette cause
ta vieillesse illuminée
ton enthousiasme vibrant
chaque fois que tu rentrais de la montagne.

Comme des gouttes de pluie ta voix revient
tandis que je m’approche de l’arbre où tu dors
Moisés la guide
David en prend soin
tous les frères veillent sur elle.

Je comprends alors ta gratitude finale.

Et de même que l’ambre garde
des reliques de la terre
je conserve précieusement ta voix
et je prononce
en silence
ta dernière parole.

Carmen et trois femmes zapatistes.


Linceul de fumée

1
Moi aussi je suis morte.

Les vieilles femmes sont venues me le dire.
Elles ont fouillé mon rêve de leurs ongles
elles ont fourré leur nez
jusque dans mon cœur ensommeillé.
Elles ont donné mon âme au diable
j’en suis sûre
ainsi sont ces vieilles courageuses.

J’ai été contaminée par la mort
lorsque j’ai touché ta blessure.
Tes spores mortelles ont incubé.
Je suis morte peu après
à la suite de ton silence.

– Ce sont les Parques de mars – ont dit les voisins
en voyant les femmes repartir –
ce sont les décharnées.

Ce n’est pas pour rien si l’air est dense
autour de moi.
Je n’ai ni mémoire
ni les clés de chez moi
je ne me souviens pas de mes enfants
je ne leur ouvre pas la porte.

Il faut le reconnaître :
depuis que tu es mort, je n’ai cessé d’être morte.

Sans sépulture je poursuis mon chemin.

Sans que personne ne le sache.

[…]

7
Tu m’as donné la vie
et tu m’as donné la mort.

Tu es ma mort la plus réelle.
par toi la mort existe.

Je mourrai complètement
d’une mort totale
comme la tienne.

Maintenant je crois en la mort.

C’est possible de mourir :
c’est bien ce que tu as fait.

Si tu peux, je peux.

Avant toi, la mort était une idée
rien qu’un mot obscur.

Tu lui as donné une présence
tu en as fait un acte.

Je t’ai vu la vivre
de tout ton corps.

* * *
Peur

Des ossements assoiffés
des jarrets trempés de sueur
ont traversé mes rêves
et annoncé l’aurore la plus sombre

Tout un troupeau a déferlé,
les babines gonflées
comme un torrent irrésistible
et malade

Ils ont laissé sur leur passage
une odeur de purin et de sang
un sol foulé, trituré
par leurs sabots ivres.

C’est la peur – ont dit les anciens

J’entends encore leurs hennissements
et je distingue dans la nuit
leurs crinières comme des fouets
dans l’horloge du vent

C’est la mort – ont-ils dit

Armée de Dieu, leurs émissaires
viennent semer l’effroi
au coeur du muscle enflammé
où le bûcher chante son exil

Les voies sont tracées
les fissures bouchées
les artères creusées
– veine cave
– aorte puissante
la tranchée est ouverte, profonde
– faille
– dure-mère
plus dure et plus fragile
jusqu’à se briser
de tant de sécheresse
de tant de fièvre

C’est la peur – ont susurré les oiseaux

[…]

Elle s’est présentée la nuit où j’ai fondu larmes
Elle m’avait prévenue, elle m’avait dit :
« Ne m’invoque pas en vain, ne convoque pas
la colère de mes démons. »

Elle s’est présentée à ma détresse

Je l’ai attendue tant de fois
près de la fenêtre
et elle a répondu à mon attente

C’est la peur – ont susurré les enfants – C’est la mort

* * *
Le jardin du philosophe

Nous sommes des oiseaux ivres
voletant d’idée en idée
croassant des commentaires
picorant des souvenirs
autour de l’arbre
qui nous protège tous.

Nous avons apporté des fleurs
pour former un bosquet
et ainsi teindre d’une blanche irréalité
ta mort.

Pouvons-nous voir l’arbre ?

Dans la pièce austère
on devine les oisillons
et dans le silence on entend palpiter
les graines en pleine germination

Chacun apporte ses propres offrandes
des bourgeons provenant d’autres jardins
que tu as visités
récemment ou autrefois.

Ils viennent avec leurs paroles
traces de lumière
dans la pénombre de leurs pensées.
Ils portent dans leur panier des gestes, des signes
des blessures sociales et des amours perdus :
la solitude fumante
que nous savourons, sans le remarquer,
dans le café.

Car bien que oiseaux
nous nous sommes regroupés en gerbes.
Soudain le vent
nous incline, nous frappe, nous endort.
Puis nous bougeons
en cherchant des cicatrices
pour nous raccrocher un moment
à ces histoires nous permettant
d’appartenir à ce monde ou à un autre.

Je m’approche de ta rive
pas à pas
là où croît le tronc millénaire
et je t’offre l’épine de ma voix.

Une feuille de l’arbre
où le Bouddha a scintillé
t’accompagne.

Il y a du chocolat
à côté de toi
comme ces trésors que les anciens
déposaient dans les tombes de leurs morts.
Quelqu’un a placé un foulard sur ton cercueil.
Les mots d’ordre et les prières s’entrelacent
sous l’autorité de ton giron.

C’est une triste fête
une partie de campagne dans la ville si grise.

On fait durer la veillée
chacun sur sa branche
en prétendant éloigner l’obscurité
encore un moment, encore un peu
pour ne pas nous évanouir de douleur.

Le rêve du jardin disparaît.
Nous faisons nos adieux à ton corps pour toujours
mais le murmure persiste.

L’ombre protectrice du feuillage.

© Philippe Chéron _ 21 février 2018

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