Éditions Œuvres ouvertes

Journal de Kafka (I,68) : Si je devais atteindre ma quarantième année

...

9 X II
Si je devais atteindre ma quarantième année, j’épouserais sans doute une vieille fille aux dents de devant proéminentes et que la lèvre supérieure laisserait ressortir un peu. Les incisives supérieures de mademoiselle Kaufmann, qui était à Paris et à Londres, se chevauchent comme des jambes que l’on croise rapidement les genoux pliés. Mais il est peu probable que je vive jusqu’à quarante ans, la tension qui s’installe souvent dans la moitié gauche de mon crâne, par exemple, est le signe du contraire, tension palpable comme une lèpre intérieure et qui, lorsque j’ignore les désagréments pour ne considérer que le phénomène, me fait la même impression que la vue d’une coupe transversale de la cervelle dans les livres scolaires, ou d’une dissection presque indolore sur un corps vivant où le scalpel, procurant un peu de fraîcheur, s’arrêtant souvent et revenant, parfois tranquillement posé, continue à disséquer prudemment des membranes fines comme des feuilles, tout près des parties du cerveau en activité.

© Franz Kafka_traduction & appareil critique par Laurent Margantin _ 19 mars 2018

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

  • Lien hypertexte

    (Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d’informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)