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Journal de Kafka (II,2) : Le petit habitant des ruines

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Le petit habitant des ruines


- Juste ces quelques mots sans rapport avec ce qui précède et ce qui suit, au centre de la page. Ils se rapportent plutôt à une série de textes du premier cahier où Kafka revient sur son éducation. Encore une fois, on constate qu’il écrivait dans plusieurs cahiers en même temps, surtout pendant cette année 1911 et au-delà, mêlant des récits ou des ébauches de récits à des évocations de son quotidien au bureau, dans la rue, chez lui avec sa famille, au café avec ses amis (notamment Löwy et les acteurs de théâtre yiddish).

Voici les deux passages auxquels renvoie ce titre :

Journal de Kafka (I,19) :

Quand j’y réfléchis, je dois dire qu’à certains égards mon éducation m’a beaucoup nui. Certes, je n’ai pas été élevé dans un lieu à l’écart, tel des ruines dans la montagne, contre cela je ne pourrais proférer aucun mot de reproche. Au risque de ne pas être compris par la longue suite de mes anciens professeurs, j’aurais aimé, j’aurais préféré être ce petit habitant des ruines brûlé par le soleil qui, là, au milieu des décombres, aurait brillé sur moi de tous les côtés sur le lierre tiède, même après avoir été faible au début sous la pression de mes bonnes qualités poussées en moi avec la puissance de la mauvaise herbe.

Journal de Kafka (I,21) :

S’attend-on peut-être à ce que j’aie été élevé dans un lieu à l’écart ? Non, j’ai été éduqué en pleine ville. Pas dans une ruine en montagne ou au bord de la mer, par exemple. Mes parents et leur suite étaient jusqu’à maintenant couverts par mon reproche et gris ; à présent ils l’écartent facilement et sourient parce que j’ai retiré les mains qui étaient tendues vers eux et les ai portées à mon front et pense : J’aurais dû être le petit habitant des ruines qui tend l’oreille vers les cris des choucas, dont les ombres passent sur lui, qui prend le frais sous la lune, brûlé par le soleil, qui, au milieu des décombres, aurait brillé sur moi de tous les côtés sur ma couche de lierre, même après avoir été un peu faible au début sous la pression de mes bonnes qualités qui auraient dû pousser en moi avec la puissance de la mauvaise herbe.

Sommaire du deuxième cahier

© Franz Kafka_traduction & appareil critique par Laurent Margantin _ 20 mars 2018

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