Oeuvres Ouvertes

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Roman national (9)

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Chaque 3 septembre, jour de l’anniversaire de Papon, les chefs de service de l’Intérieur sortaient son portrait qu’ils gardaient précieusement dans un tiroir de leur bureau, l’époussetaient à l’aide d’un vieux mouchoir et l’accrochaient au-dessus de leur bureau, à la vue de tous. De nombreux employés venaient déposer des fleurs en silence et se recueillaient un instant, les larmes aux yeux. Corbillon me racontait que, le même jour, les policiers bordelais qui avaient servi sous Papon organisaient également une petite cérémonie d’hommage devant la préfecture, avant de circuler dans les rues de la ville à bord des mêmes véhicules qui avaient été utilisés lors des rafles. La population bordelaise semblait apprécier cette mise en scène qui réveillait chez certains les souvenirs d’une époque ô combien heureuse. Bien sûr, ces hommages se firent plus discrets par la suite, mais tout ce qu’avait fait Papon, chacun au ministère le savait et l’appréciait, et ce n’était pas un procès intenté par les socialistes – et par le premier d’entre eux, ce félon de Mitterrand ! – qui allait empêcher ses admirateurs de lui témoigner une reconnaissance éternelle. Papon, c’était la France, Papon, c’était l’Intérieur, c’est-à-dire la police au service de l’Etat, en toutes circonstances. La Place Beauvau est l’ultime récompense des criminels d’Etat comme Papon. Tous les criminels d’Etat se retrouvent un jour Place Beauvau, d’où la puanteur infernale qui me rendit malade dès ma première journée de travail. J’avais d’abord cru y échapper en accédant par le petit escalier au dernier étage du ministère, mais mon espoir fut vite déçu. A peine étais-je entré dans le bureau de Corbillon que la puanteur de l’Intérieur s’attaquait de nouveau à moi, avec encore plus de violence, si bien qu’après m’être brièvement présenté en bafouillant mon nom et en tendant ma convocation, je plongeais aussitôt mon nez dans un mouchoir tiré de ma poche en prétextant un rhume. « Vous verrez, m’avait dit Corbillon d’une voix méchante, on s’enrhume facilement ici, c’est à peine chauffé. Il est probable que, comme nous, vous crèverez à petit feu ici ». Tiens, Collomb nommé ministre de l’Intérieur : ce vieux schnock lyonnais d’extrême droite va faire parler de lui. Le matin, je passe un moment dans la « salle de convivialité » pour lire le journal local : je le feuillette très vite, je ne m’assois même pas, et trouve souvent quelque chose d’intéressant à noter, que j’intègre parfois à mon « roman national ». Je suis devenu un spécialiste de la lecture rapide du journal, je me suis beaucoup entraîné tout au long de ma vie. Les journaux sont essentiellement alimentés par la propagande d’Etat, mais il arrive que cette propagande d’Etat soit intéressante et révèle une réalité historique. Aujourd’hui, je tombe sur la nomination de Collomb, abject personnage persécuteur de migrants dans « sa » ville de Lyon et qui redoublera certainement d’abjection à l’Intérieur. Hier, j’ai découpé une photographie dégoûtante de Marguerite Duras aux côtés de Mitterrand, je découpe systématiquement les photos de Mitterrand dans le journal. Dès ce premier jour à l’Intérieur, j’ai associé la puanteur qui y régnait à Mitterrand qui le dirigeait alors, à mes yeux il était le premier responsable de cette situation insoutenable et il l’est resté pendant les nombreuses années qui ont suivi. C’était évidemment Mitterrand qui était la cause de cette puanteur à l’Intérieur, cela ne faisait aucun doute. Quand on connaît son parcours avant même sa nomination Place Beauvau, on sait que c’est la seule explication possible : Mitterrand avait empuanté l’Intérieur. Certes, d’autres crapules l’avaient précédé, mais Mitterrand était une crapule d’un niveau nettement supérieur, personne (mis à part Fouché évidemment !) ne pouvait concourir. Ce qu’avait fait Mitterrand avant et pendant la guerre était d’une crapulerie tout à fait exceptionnelle et bien supérieure à celle de ses prédécesseurs et même de ses successeurs Place Beauvau, d’où la puanteur tout à fait exceptionnelle qui régnait à mon arrivée au ministère.


Sommaire du Roman national

© Sylvain Dammertal _ 12 juillet 2018

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