Éditions Œuvres ouvertes

Journal de Kafka (II, 20) : Un parasite

...

Je suis sur le point de l’être. Ici en ville ma nature protectrice semblait déjà se dissoudre, j’étais beau les premiers jours car cette dissolution se produit comme une apothéose où tout ce qui nous maintient en vie nous échappe, mais en nous échappant nous éclaire de sa lumière humaine. C’est ainsi que je me tiens devant mon célibataire et c’est très vraisemblablement ce qui explique qu’il m’aime, mais sans savoir pourquoi. Parfois, ses discours semblent indiquer qu’il s’y connaît, qu’il sait qui il a en face de lui et que, pour cette raison, il peut tout se permettre. Mais non, ce n’est pas ainsi. C’est plutôt en face de chacun qu’il se tiendrait de cette façon, car il ne sait vivre qu’en ermite et en parasite. Il n’est ermite que par contrainte, et si cette contrainte est levée un jour par des forces qui lui sont inconnues, comme c’est le cas ici, il devient aussitôt un parasite qui s’installe impudemment chez vous par tous les moyens. Plus rien au monde ne peut le sauver en vérité et en voyant comment il se comporte on pense au cadavre d’un noyé qui, poussé à la surface par quelque courant, bute contre un nageur fatigué, met les mains sur lui en essayant de s’y agripper. Bien sûr, le cadavre ne reviendra pas à la vie, mais il peut entraîner l’homme vers le fond


Sommaire du deuxième cahier

© Franz Kafka_traduction & appareil critique par Laurent Margantin _ 1er août 2018

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