Oeuvres Ouvertes

depuis 2000

Google Death (8) : Pourriture

...

Tu es souvent au téléphone avec ma mère, tu parles tellement fort que j’entends ta voix. Tu es furieux. Quand tu parles, tu es toujours furieux.
Il y a eu des histoires au village. Depuis que tu as épousé maman, il y a toujours des histoires au village.
Des jalousies, des rivalités.
Tu es arrivé un jour avec des liasses de billets dans les mains. Certains racontent que tu avais même de l’or. Des légendes circulent à ton sujet à des kilomètres à la ronde.
Tu es arrivé au village comme si tu avais été le messie. Pourtant, tu n’es qu’un de ces vieux mâles occidentaux au sexe désespérément mou qui viennent acheter chez nous une jeune femme pauvre, de préférence désirable.
Tu as acheté ma mère pour quelques centaines d’euros, une bonne affaire.
Depuis que je te connais, j’ai envie de te tuer. Rien que de te voir me révulse. T’entendre provoque en moi une haine infinie. Tu es petit et bedonnant. Tu es assis devant ta chope de bière et tu mates les femmes qui passent comme s’il s’agissait de bétail. Ma mère est assise à côté de toi, tu t’en moques.
Tu prends un taxi-brousse pour aller en ville acheter des vêtements à ma mère, tu lui achètes aussi des bijoux pour qu’elle se fasse belle. La nuit, tu la chevauches comme tu peux. Avant, tu as pris ta dose de Viagra en buvant ton whisky. Tu ne la lâches pas pendant des heures. Elle se plaint, je l’entends se plaindre dans la pièce d’à côté, mais tu continues jusqu’à ce que tu sois épuisé. Dès que tu es un peu remis, tu reprends une dose de Viagra et tu recommences.
Salaud. Ordure.
Ta gueule de vieux Français libidineux me dégoûte, pourquoi ne t’ai-je pas déjà massacré ?
Tu ne parles pas avec nous, tu gueules. Au téléphone, quand tu es en voyage, tu gueules. Tu dis que tu vas tuer les habitants du village rendus jaloux par la nouvelle richesse de ton beau-père. Tu dis que tu vas venir avec un fusil.
Quand tu viens au village, tu portes toujours le même short beige que tu dois laver une fois par mois. Aux pieds, tu as tes éternelles Birkenstock avec des chaussettes épaisses malgré la chaleur, on dirait un touriste allemand. Ton haleine de vieil ivrogne est insupportable. Tu pues le vieux sperme. Tu pues la viande pourrie.
Avec toi, tu trimbales des CD de variété française, et tu nous assommes à longueur de journées avec des chansons de Serge Gainsbourg et de Juliette Gréco. Non seulement tu es vulgaire et dégueulasse, mais en plus tu voudrais nous faire croire que tu défends la Culture alors que tu es resté à la première syllabe de ce mot.
Depuis que maman est morte, elle me parle. Elle me raconte toutes ses souffrances. Toutes les maladies que tu lui as filées. Ces maladies ne te font pas crever, toi, espèce de vieille pourriture.
Elle me prévient :
— Un jour ce sera ton tour, pars, quitte le village.
Je n’en peux plus de vivre avec en moi ton sale sang de mâle blanc mêlé au sang noble de mes ancêtres.
Je vais te tuer, je sais déjà comment.
Je ferai bouillir une grosse marmite pleine d’huile. Je te la jetterai dessus pendant ton sommeil. Tu hurleras pendant des heures et tu finiras bien par crever. Ensuite j’irai balancer ton paquet de chair frite à l’extérieur du village. Les chiens se goinfreront, et je suis sûre qu’ils crèveront intoxiqués.


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© Sylvain Dammertal _ 24 août 2018

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