Éditions Œuvres ouvertes

Journal de Kafka (II, 38) : Lettres que je laisse longtemps sans les ouvrir

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18 décembre 1910 S’il n’était pas indubitable que je laisse des lettres un certain temps sans les ouvrir (même des lettres dont le contenu est probablement sans importance, comme celle que j’ai devant moi) uniquement par faiblesse et lâcheté, lâcheté qui hésite autant à ouvrir une lettre qu’elle hésiterait à ouvrir la porte d’une pièce dans laquelle une personne, peut-être, m’attend déjà avec impatience, alors c’est la rigueur qui expliquerait bien mieux cette façon de laisser les lettres sans les ouvrir. À supposer, en effet, que je sois un homme rigoureux, je devrais essayer d’étendre autant que possible tout ce qui concerne la lettre, donc l’ouvrir lentement d’abord, puis la lire lentement et à plusieurs reprises, réfléchir longtemps, préparer la copie définitive après avoir fait de nombreux brouillons, et enfin hésiter encore à l’envoyer. Tout cela est en mon pouvoir, seule la réception de la lettre est inévitable. Réception que je ralentis également de façon artificielle, je la laisse longtemps sans l’ouvrir, elle reste sur la table devant moi, elle ne cesse de s’offrir à moi, je ne cesse de la recevoir, mais je ne la prends pas.


Sommaire du deuxième cahier

Kafka aux Éditions Œuvres ouvertes

© Franz Kafka_traduction & appareil critique par Laurent Margantin _ 20 octobre 2018

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