Œuvres ouvertes

L’échelle de la débilité augmente

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« Der Pegel des Stumpfsinns steigt », écrit Thomas Bernhard. « L’échelle de la débilité augmente ». « Stupidité » pour « Stumpfsinn » me paraît faible, surtout dans la bouche de Bernhard qui l’emploie assez souvent, aussi l’adjectif « stumpfsinnig ». « L’échelle de la débilité augmente » signifie qu’elle prend une ampleur chaque jour nouvelle et qu’elle s’étend à des domaines et des niveaux où elle n’existait pas ou en tout cas ne se montrait pas. Au sommet de l’Etat par exemple. La débilité qui consiste à dire tout et son contraire chez Macron et ses laquais. La débilité extrême de plus en plus de dirigeants comme Trump s’inscrit dans un processus global – un changement de civilisation ? – où les gens veulent bien être dirigés mais de préférence par des débiles mentaux qui soi-disant leur ressembleraient, se produit ce qu’on pourrait appeler une débilisation du monde et des esprits du bas jusqu’en haut de la société, l’échelle de la débilité est en train de se confondre avec l’échelle sociale, il faut que tout le monde soit plus ou moins débile, c’est-à-dire membre des réseaux mondiaux qui sont les voies de communication et d’expression de la débilité individuelle et collective –, si tu n’es pas débile – comme chanteur, écrivain, intellectuel, politicien, journaliste, etc. – alors tu n’es tout simplement pas crédible, et donc tu n’existes pas, plus tu es débile, plus tu progresses dans l’échelle sociale (des débiles), plus tu montes vers le sommet où trône l’empereur des débiles. Il y a une offensive générale de la débilité absolue contre toute forme de raisonnement et de vérité qui pourrait être le fruit d’une réflexion longue et construite (d’où le programme de destruction de l’université et des instituts de recherche « à l’ancienne », c’est-à-dire d’avant le règne de la débilité). Le débile assène débilité après débilité, la rapidité de son expression est essentielle, d’où l’existence des chaînes dites d’information qui n’ont qu’une seule raison d’être, celle d’alimenter en permanence les cervelles disponibles en débilités nouvelles et donc excitantes, génératrices de nouvelles débilités, etc. Il faut quand même préciser que les maîtres de la débilité moderne sont en majorité au sommet de l’échelle sociale-débile, l’échelle de la débilité monte (c’est aussi comme ça qu’on peut traduire le verbe steigen utilisé par Bernhard), il semble que la débilité soit avant tout l’arme de puissants leur servant à maîtriser et écraser les faibles, d’où le fait que les puissants seront de mieux en mieux formés en matière de débilité, toujours plus rapides, toujours plus performants, et plus personne de disons normal ou non-formé (mais est-ce que cela existe encore après un siècle de mass-médias et une accélération due aux réseaux dits sociaux et aux chaînes dites d’information, j’ai des doutes) ne pourra plus concourir avec eux, ils seront les maîtres du monde pour l’éternité, une éternité de débilité toujours croissante.

© Laurent Margantin _ 9 mars 2019

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