Œuvres ouvertes

Sabine Huynh | Marguerite-Duras-de-la-forêt, née à Saïgon

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Par moments elle crie d’amour.

Elle s’invente des histoires et rêve avec d’autres, puis elle se calme, les yeux ouverts.

Elle entre sans effroi dans la forêt de son enfance, là où les plantes éternellement mouillées confondent leurs sexes, où rien n’est plus tendre
— que le désir des journées entières.

Reste la forêt interdite, intime, obscur illisible baigné d’une pluie d’été qui console.

La forêt, la mer, le Mékong, la même, odeur, sauvage, elle monte, brûlante, sans savoir où elle va.

Ses pas aveugles n’attendent du craquement des brindilles que les visages et les corps.

Du fin fond du vert viennent à elle les absents, leurs histoires de gens des nuits de Vientiane qui font battre le cœur plus vite.

Elle pressent qu’elle n’écrira plus une fois le désir mort.


Poème extrait de : L’épais des forêts : anthologie proposée par Florence Saint-Roch

© Sabine Huynh _ 22 juin 2019