Œuvres ouvertes

Journal de Kafka, nouvelles pages inédites en français

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Les pages que je mets en ligne aujourd’hui sont extraites du cinquième carnet que j’ai commencé à traduire. Elles sont inédites en français : en effet, Max Brod les a écartées de sa première édition dont s’est servie Marthe Robert pour sa traduction du Journal de Kafka en français. Or ces pages sont importantes : elles confirment l’intérêt de Kafka pour le théâtre yiddish, intérêt qui s’exprime depuis le premier carnet à travers l’évocation de pièces qu’il a pu voir jouées à L’Hotel Central d’abord puis au Hermanns Café Savoy par la troupe de Jizchak Löwy. Celle-ci est présente à Prague du 24 septembre 1911 au 21 janvier 1912. Le 18 février 1912, Kafka prononcera un discours sur la langue yiddish en introduction à une soirée de récitation de Jizchak Löwy donnée le 18 février 1912 dans la salle des fêtes de la Maison commune juive de Prague.
Ce discours (qu’on peut lire ici dans la traduction de Marthe Robert), il l’a longuement et soigneusement préparé, comme en témoignent les notes suivantes qui couvrent six pages de l’édition critique allemande, notes prises à la lecture d’un livre important paru un an plus tôt à Paris, Histoire de la littérature judéo-allemande de Meyer Isses Pinès. De larges extraits étant retranscrits dans l’appareil critique de l’édition allemande du Journal de Kafka chez Fischer, il a été possible de suivre le travail de traduction du français à l’allemand opéré par Kafka qui reformule et souvent raccourcit certains passages, notamment plusieurs récits d’auteurs yiddish. Comme à d’autres endroits du Journal où il note certaines légendes que lui a racontées Löwy, la fascination qu’éprouve Kafka pour la culture juive des pays d’Europe orientale est perceptible ici.
C’est un si vaste continent qui s’ouvre à lui sur un plan littéraire qu’il est difficile d’en simplement dessiner les contours linguistiques et historiques permettant une compréhension de ces notes. Une étude plus poussée devra suivre, notamment à partir d’un texte que Kafka a co-écrit avec Löwy à propos de son expérience du théâtre juif, texte que nous sommes en train de traduire (il en existe déjà une traduction française, mais la voix de Löwy y est effacée). Ici juste quelques mots introductifs. Disons d’abord que s’il y est question du « judéo-allemand », expression que Kafka traduit par « Jargon », il s’agit en fait du yiddish. Il existe ce qu’on a appelé la « guerre des langues » entre le yiddish et l’hébreu. Les Lumières juives (la Haskalah) apparurent en Allemagne autour du philosophe Moïse Mendelssohn (1729-1786). L’un des premiers objectifs des maskilim, les défenseurs de la Haskalah, était d’éliminer le yiddish, langue vernaculaire, « jargon répugnant et haïssable, pitoyable charabia » selon le Rabbin réformateur Abraham Geiger (1810-1874). L’hébreu était au contraire la langue sacrée, la langue de la Bible. Mendelssohn lui-même réclamait « soit le pur allemand, soit le pur hébreu, mais pas de mélange des langues ».
Kafka se place au cœur de cette dichotomie. Quelques années plus tard, il étudiera l’hébreu défendu par les sionistes. Mais ce qu’il découvre auprès de ces pauvres acteurs juifs de la troupe de Löwy, c’est qu’il existe une littérature yiddish à la fois moderne et ancienne d’une grande richesse, représentée chaque soir sous ses yeux de spectateur avide. On n’a pas encore bien saisi l’importance de cette littérature dans l’évolution de l’écrivain Kafka. Gérard-Georges Lemaire écrit justement : « Il est certain que cette découverte du théâtre des Juifs d’Europe orientale a eu une incidence fondamentale sur sa manière d’écrire car elle lui a permis de développer ce qui est déjà présent dans ses textes – une manière de synthétiser une personnalité en quelques coups de crayon et une gestuelle exagérée ».
Une dernière remarque concernant ces notes : après l’indication bibliographique au début des notes, la moitié inférieure de la page du carnet a été découpée par Kafka, et le texte commence au milieu d’une phrase. Nous signalons en caractères gras tous les passages en français repris par Kafka.


Pinès : Histoire de la Litterature Judéo-Allemande. Paris 1911
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à travers le jargon les mettent en contact avec les frères en Hollande.
Premier livre 1507 Venise, Bodomaisse, traduction d’un roman angl.
Tsena-Urena de Jakob ben Isak de Janow (mort à Prague en 1628) légendes, livre de femme, très beau
Chants populaires : (Evreiskia narodnia piesni w Rassia Ginsbourg et Marek 1901)
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entre la mère des Justes
chanson de soldats :
On nous coupe la barbe et les pattes
Et on nous interdit de faire le fête le samedi et les jours fériés
ou bien
À l’âge de 5 ans déjà je suis entré dans le « Cheder » et maintenant je dois monter sur les chevaux !

Wos mir seinen, seinen mir
Ober jueden seinen mir

La Haskalah, mouvement fondé par Mendelssohn au début du 19ème siècle, ses adeptes portent le nom de maskilim, rejetant le jargon populaire pour l’hébreu et les sciences européennes. Avant les pogroms de 1881, elle n’était pas nationaliste, elle est devenue plus tard fortement sioniste. Principe de Gordon formulé ainsi : « Sois juif chez toi, homme à l’extérieur ». Afin de diffuser ses idées, la Haskalah doit se servir du jargon qu’elle déteste tant, lequel est au fondement de sa littérature.
Un des livres les plus appréciés « Kolumbus » de Chaikel Hurwiz de Ouman. Traduction d’un livre allemand.
Autres tendances de la Haskalah « la lutte contre le chassidisme, l’exaltation de l’instruction et des travaux manuels. Levinsohn, Aksenfeld, Ettinger
Badchen les chants de mariage et les chants populaires (Eliakum Zunser) raisonnements talmudiques
Le Roman populaire : Aisik Meier Dick 1808-1894 didactique, haskalique, Schomer, plus cruel ( ?)
Titre p.e. Der podriatschik (l’entrepreneur) un roman extrêmement intéressant. Une véritable fact vun leben ou « Die eiserne Frau oder das verkaufte Kind. Un merveilleux roman »
puis en Amérique des romans-feuilleton « Zwischen menschenfresser » 26 volumes
S.J. Abramowitsch (Mendele Mocher Sforim) lyrique, apaisé drôle, vagues compositions « Fischke der krumer » (coutume juive orientale consistant à se pincer les lèvres)
J.J. Linetzki Dos polnische juengel
Fin de la Haskalah1881. Nouveau nationalisme et démocratisme. Essor de la littérature en jargon
S. Frug poète, vie à la campagne à tout prix
Délicieux est le sommeil du seigneur dans sa chambre
Sur des oreillers doux, blancs comme la neige
Mais plus délicieux encore est le repos dans le champ sur du foin frais
A l’heure du soir, après le travail

Talmud : Celui qui interrompt son étude pour dire comme cet arbre est joli a mérité la mort

Plaintes au mur occidental du Temple
Poème : La fille du Schamesch
Le rabbin aimé est sur son lit de mort. L’enterrement d’un linceul de la taille du rabbin et d’autres pratiques mystiques ne servent à rien. Les membres les plus âgés de la communauté vont donc pendant la nuit de maison en maison munis d’une liste et recueillent des déclarations des membres de la communauté par lesquelles ils s’engagent à renoncer à des jours et des semaines de leur vie au profit du rabbin. Deborah la fille du Schamesch offre toute sa vie. Elle meurt, le rabbin guérit. Au milieu de la nuit, alors qu’il se consacre à l’étude seul dans la synagogue, il entend les voix de l’existence sacrifiée de Deborah. Les chants lors de son mariage, les cris de l’enfant dans son lit, les berceuses, la voix du fils apprenant la Torah, la musique lors du mariage de la fille. Alors qu’on entend les plaintes au-dessus de sa dépouillle, le rabbin meurt lui aussi.
Perez 1851 mauvaise poésie à la Heine et poèmes sociaux
Rosenfeld le pauvre public du jargon a assuré son existence à travers une campagne de dons en sa faveur
M. Spektor : meilleur que Dick, intérêts sociaux et nationaux
La destruction de la Mikwah détruit la communauté
Jakob Dienesohn : ses crapules sont récompensés. Doucereux
— > Sont traités des thèmes supérieurs
S. Rabinowitsch (Scholem-Aleichem)
1859. Habitude des grandes fêtes d’anniversaire dans la littérature de jargon
Kassriliwke, Menachem Mendel, qui est sorti et a emmené avec lui toute sa fortune ; bien qu’il n’ait fait jusqu’alors qu’étudier le Talmud, il se met à spéculer à la Bourse une fois dans la grande ville, prend chaque jour de nouvelles décisions qu’il raconte à sa femme toujours très content de lui, jusqu’au jour où il la prie de lui envoyer de l’argent pour le voyage du retour
Purim, le ghetto plein de masques
Perez
Le personnage du batlen, fréquent dans les ghettos, réfractaire au travail et devenu intelligent à force d’inactivité, vit aux côtés des hommes pieux et des érudits. Nombreux signes de malheur chez eux, car ce sont de jeunes gens qui savourent l’inactivité et en même temps se consument en elle, vivent dans leurs rêves, soumis au pouvoir sans limites de désirs inassouvis.
Mihat nechiko mort du baiser : réservée aux hommes pieux
Baalschem, avant de devenir rabbin à Miečeboz, vivait dans les Carpathes comme maraîcher plus tard il fut cocher de son beau-frère. Il avait des révélations au cours de promenade solitaires. Zohar « Bible des Kabbalistes »
Théâtre juif 1708 Francfort fêtes de Pourim
Un jeu d’Ashasvérus bien nouveau
Abraham Goldfaden, 1876/77 guerre russo-turque, des fournisseurs de l’armée russes et galiciens se rassemblèrent à Bucarest, Goldf. s’y était lui aussi égaré à la recherche d’un revenu entendit le public dans les cafés chanter des chansons en jargon et y puisa le courage pour fonder un théâtre. Il ne pouvait pas encore faire monter des femmes sur les planches. En 1883 les représentations en jargon furent interdites en Russie. Elles débutèrent en 1884 à Londres et New York (Lateiner Horowitz)
J. Gordin 1897 écrit pour célébrer l’anniversaire du Théâtre juif à New York : Le théâtre en jargon a un public composé de centaines de milliers de personnes, mais il ne peut pas espérer l’avènement d’un écrivain au talent puissant tant que la majorité des auteurs seront des gens comme moi, qui ne sont devenus des auteurs dramatiques que par hasard, qui n’écrivent des pièces que parce que leurs conditions de vie les y contraints et qui, comme moi, restent isolés et ne voient autour d’eux qu’ignorance, envie, inimitié et haine.

Beckermann (Sch.) Gitil die kremerke, sehr a interessanter roman, wos die leser wellen sein zufrieden. Vilna 1898

Livre de missionnaire : Beweise aus den alten Propheten, dos der Messias schon gekommen 1819 Londres

© Franz Kafka_traduction & appareil critique par Laurent Margantin _ 15 octobre 2019

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