Œuvres ouvertes

Journal de Kafka, troisième carnet (octobre-novembre 1911)

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Présentation


Kafka commence la rédaction de son Journal en 1909 elle se poursuivra jusqu’en 1922. Le Journal est une espèce de « laboratoire littéraire » où se mêlent des visions du quotidien à des fragments de récits en cours. De nombreux passages peuvent être qualifiés de « flux d’écriture » : la ponctuation a disparu, la syntaxe est parfois libre, il s’agit pour Kafka d’exercices littéraires rapides au caractère brut. Cette dimension n’est pas rendue dans la première traduction française parue dans les années cinquante qui n’intégrait pas les dessins de Kafka. D’autre part, plusieurs passages plus dérangeants où il est question de contemporains ont été évacués par Max Brod, le premier éditeur du Journal de Kafka. Un point important également : la présente traduction de Laurent Margantin est suivi d’un appareil critique qui permet d’explorer plus en profondeur l’univers de l’écrivain. Le Journal de Kafka est composé de douze carnets qui paraîtront progressivement aux éditions Œuvres ouvertes.

Sur un plan autant chronologique que thématique, ce troisième carnet est la suite du premier. Alors qu’on trouve dans le second de nombreux fragments narratifs pour une nouvelle version de son récit Description d’un combat, Kafka reprend ici le récit de son amitié avec l’acteur yiddish Jizchak Löwy qui lui fait non seulement découvrir le théâtre des Juifs d’Europe de l’est, mais aussi toute la culture judaïque refoulée par sa propre famille de Juifs pragois assimilés. Ce qui se joue dans cette amitié, c’est le rapport au père qui trouvera son expression littéraire la plus radicale dans le récit Le Verdict écrit quelques mois après le départ de Löwy et de sa troupe.

Extrait


Je veux écrire avec un tremblement continuel sur le front. Je suis assis dans ma chambre au quartier général du bruit de tout l’appartement. J’entends toutes les portes claquer, à cause de leur bruit seuls les pas de ceux qui marchent de l’une à l’autre me sont épargnés, j’entends encore le choc des portes du fourneau qu’on ferme dans la cuisine. Le père enfonce les portes de ma chambre et la traverse dans sa robe de chambre traînant sur le sol, dans le poêle de la chambre à côté on racle les cendres, Valli, en criant à travers l’antichambre comme dans une rue de Paris, demande à la cantonade si le chapeau du père est déjà nettoyé, un sifflement qui se veut amical à mon égard fait s’élever le cri d’une voix qui lui répond. On appuie sur la poignée de la porte de l’appartement et celle-ci sonne comme une gorge enrhumée, puis s’ouvre sur le chant d’une voix de femme et se ferme enfin sous le coup sourd d’une main d’homme, coup qui paraît être le plus brutal. Le père est parti, à présent commence, introduit par les chants des deux canaris, le bruit plus léger, plus diffus, le plus dénué d’espoir. J’y avais déjà pensé jadis, et j’y repense à cause des canaris : ne devrais-je pas juste entrouvrir la porte pour ramper comme un serpent dans la chambre d’à côté et, couché sur le sol, prier mes sœurs et leur bonne de bien vouloir se tenir tranquilles ?


Livre broché, 113 pages, 14,8 x 0,6 x 21 cm
ISBN : 979-10-90230-27-9
Prix : 15 euros frais de port compris
© éditions œuvres ouvertes, 2020

Le livre est en stock chez Œuvres ouvertes.


© Laurent Margantin _ 24 janvier 2020
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