Œuvres ouvertes

Christian Salmon | Kafka stratège

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Quelques articles de presse ont signalé l’existence de notre édition critique du Journal de Kafka ces dernières semaines (notamment Hubert Prolongeau dans Télérama), mais on souhaite ici conseiller la lecture d’un texte riche et important, celui de Christian Salmon sur Mediapart : Kafka, la possibilité d’une parole vraie (mise en ligne ce 16 février 2020).

Christian Salmon reprend plusieurs photos de notre édition papier (les quatre premiers carnets), intègre des liens dirigeant vers les pages d’Œuvres ouvertes consacrées au Journal de Kafka, et présente assez longuement notre traduction ("une entreprise au long cours d’un écrivain français, Laurent Margantin, un pionnier du Web littéraire qui a entrepris, en 2014, une traversée en solitaire (sans subventions ni éditeur) des 1000 pages du journal au rythme de deux cahiers par an. Cette édition critique, accessible sur le site œuvres ouvertes et dans une publication papier qui reproduit le découpage originel en 12 cahiers in octavo, nous fait découvrir un Kafka très différent de la statue que son ami Max Brod avait édifiée.")

On a juste envie ici de donner à lire un passage de ce long et bel article caractérisant parfaitement l’écriture du Journal, et l’on invite à lire la suite, où il est question du "Kafka stratège", sur Mediapart.

"Le Journal est un atelier d’écriture, le lieu d’une expérience « hors champ » puisque Kafka y travaille hors de tout projet d’édition : il enregistre le compte-rendu d’une expérience qu’il mène sur lui-même et dont il est à la fois l’auteur et le cobaye, l’instrument et le terrain. Il fait des listes de ses échecs comme on note les résultats d’une expérience en laboratoire. Se marier. Parler à son père. Être à l’heure au bureau. Rédiger un rapport sur un accident du travail. L’insomnie. L’impatience. Lutter contre le bruit. Kafka fait sans cesse des programmes de vie. Des protocoles d’expériences qui ne visent pas à dévoiler le secret de son ego mais au contraire à sortir de soi, à desserrer l’étau du moi.

C’est un anthropologue qui aurait fait de sa vie son champ d’expérimentation. S’il enregistre, tel un sismographe, les moindres variations de son état – insomnie, migraines, fièvres, angoisse, hésitation, peur – c’est en vertu du fait qu’il n’a pas d’autre terrain d’observation. Une sorte de relativisme « einsteinien » selon lequel l’observateur est inclus dans le champ d’observation.

Le philosophe américain Paul Rabinow rapporte le cas du biologiste Wilson qui, se découvrant atteint de leucémie, décide de faire de son corps un champ d’expérimentation illimitée. Experimental life, c’est en ces termes que Rabinow définit la vie de Wilson. C’est ainsi que l’on pourrait qualifier l’expérience littéraire que mène Kafka dans ses journaux. Qui n’est jamais conçue comme un lieu de confession ou d’expression de soi mais comme une expérience menée sur lui-même, avec ses protocoles, ses comptes-rendus, ses annotations."

La suite ici

© Laurent Margantin _ 17 février 2020
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