Oeuvres Ouvertes

depuis 2000

Du lieu à l’être (7)

Dernière partie du poème

D’ailleurs

Le concert vespéral des oiseaux, l’if, le châtaignier, l’érable, les buis et les lauriers, l’herbe fraîchement coupée. Au loin, quelque chien. Les arcades qui forment comme un côté d’un cloître jamais conçu. Le crépuscule est à l’orage, saturé d’humidité. Les dernières lueurs du crépuscule suffisent pour éclairer la plume et le papier. L’ombre est étrange, et pourtant très raisonnable. Le couchant est derrière moi, l’if à ma droite. Et c’est du sol que l’humide semble se dresser comme un solide qui offusque l’air, le repousse et le raréfie.

A la tour, j’avais taillé le rosier, et dégagé les rejets, pour que l’érable et les fruitiers puissent respirer.

L’immobilité solide et ombreuse du vieux parc :

rien n’est advenu au long des siècles,

que l’épaississement silencieux des frondaisons,

le renouvellement des générations,

le retour des saisons.

Crépuscule d’automne.

Ô mes alizés oh mistral et tramontane

oh foehn étranger qui m’est à présent familier

ô brumes sans fin, infinies variations de l’invisibilité.

O ma douleur, secrète et muette autant que vous, mes chats de tous les recoins, parfaitement étranges et familiers.

Oh le rythme des danses que jamais je n’ai dansées.

Oh ma rivière, ma frégate, ma lance, et mon bouclier, toutes mes armes

mon front pensif ainsi que d’un noyé.

Que, si tu crois parvenir à l’essentiel,

l’essentiel n’est pas.

Que, si tu crois poursuivre la sérénité,

c’est sans sérénité

(non pas même donnée, mais reçue,

dans l’attention plutôt que l’attente).

L’être-le-temps.

Nous y sommes. Au temps

Mais ce n’est pas le temps

Que nous avons.

Du temps, parfois.

Et qu’encore

il faut prendre

si nous ne voulons

découvrir, surpris

que nous l’avons déjà

perdu.

Maisons des chats. Maisons à chats.

En décident eux-mêmes,

Comme les araignées.

Qui en demandent moins.

S’imposent, sans fracas.
Avec astuce, malice parfois.

Parler ne l’avons pu.

Peut-être le pouvons-nous.

L’idée en est pressante,

et malgré voyages et rencontres,

inhabituellement fréquentes,

demeure fantôme de papier.

Sans se faire bulles, ou balles

écloses de nos lèvres.

Il gèle ce matin.

Les toits et l’herbe sont encore blancs de frimas.

Le silence de la salle m’est complice.

Sans dessein.

Le temps est à la neige

ce qui va bien à un dimanche

elle est dans l’air

mais seul encore le ciel est blanc

tout ce qui réussit à s’accrocher à la terre

conserve, à faible distance, sa couleur et sa forme

le reste a déjà disparu. Où ?

© Marc Bonneval _ 2 juin 2010

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