Œuvres ouvertes

Léo Scheer : De Pierre Klossowski aux éditions ELS

Un extrait de la vingtième partie de la bio mise en ligne régulièrement par Léo Scheer

Je voyais beaucoup Pierre Klossowski pendant les dernières années de sa vie. Lors d’une de nos rencontres rue de la Glacière autour d’une bouteille de Porto, la conversation s’était envenimée avec sa femme, Denise, qui prétendait que son livre La Monnaie vivante était complètement incompréhensible et que même Lyotard, qui s’en était beaucoup servi pour son Economie libidinale, avait eu du mal avec ce livre énigmatique.

Vexé, l’auteur alla fouiller dans une armoire et revint avec un dossier d’environ 2.000 pages manuscrites. Il le posa devant moi et me dit que tout était là et qu’il me confiait la mission de démontrer à Denise et à tous les lecteurs que cet ouvrage était limpide en organisant un grand colloque autour de ce texte et de ses archives.

Quand je rentrais chez moi, avec ces précieux documents du texte qui était culte pour moi sepuis 1972, je découvrais une vingtaine de messages de Pierre sur mon répondeur, répétant "en boucle" que la mission qu’il m’avait confiée était de la plus haute importance et que si je rencontrais le moindre point obscur, je ne devais pas hésiter à lui en parler.

Pierre Klossowski avait une très belle écriture, très régulière, mais il avait la fâcheuse habitude de ne jamais paginer. Je découvrais une deuxième caractéristique de sa technique d’écriture qui, au départ, me sembla très intéressante, mais qui m’apparut soudain assez inquiétante. L’auteur partait d’une version assez longue, puis la reprenait avec la même la même écriture, les mêmes mots, les mêmes phrases, introduisant progressivement de légères modification et parfois des coupes sombres dans ce qui lui semblait trop "universitaire". Je découvrais ainsi que des chapitres entiers consacrés à Kant dans la première version, avaient complètement disparu de la version définitive, ce qui expliquait en partie l’obscurité de certains passages.

Mais surtout, je découvris que ces 2.000 pages étaient complètement incohérentes. J’appelais Denise pour lui dire mon découragement, elle m’avoua qu’un jour, transportant le dossier, il lui avait échappé des mains et avait "explosé" au sol, qu’elle avait remis les pages en vrac, dans n’importe quel ordre.

Il me fallut six mois pour reconstituer tant bien que mal ces archives. Le colloque consacré à La Monnaie vivante eut donc lieu, et Pierre, malgré son grand âge avait réussi à être là, ponctuant la séance de "Bravos !" accompagnat la lecture de son texte . Chaque séance était précédée d’un documentaire réalisé à partir des photographies de Pierre Zucca et d’une lecture par Nathalie Rheims.

C’est au cours de ces séances et au fur et à mesure de la publication des premiers livres de Nathalie que je sentis monter en moi l’envie de tourner la pages des 20 années consacrées à la "communication" et de créer ma maison d’édition, ne serait-ce que pour devenir l’éditeur de Nathalie Rheims, car nous avons, depuis notre rencontre, toujours tout fait ensemble, et pour renouer avec mes anciens petits camarades, perdus de vue depuis la fin des années 70.

Lire le texte dans sa totalité et les commentaires ici.

© Léo Scheer _ 6 juin 2010

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