Œuvres ouvertes

Changeons d’espace & de temps (Propositions) / Laurent Grisel

Suite 1 – Depuis toujours

Musiques

Un magma qui n’est pas indifférent.
Des débris qui ne sont pas n’importe quoi.
Du bruit qui n’est plus le bruit.
La foule qui n’est jamais la foule —

mais l’événement certain d’exister
un chant en train de se former.

Le dissemblable au semblable s’accorde :
coopèrent — s’arrangent entre eux.
Le cinq est engendré par les quatre : il est
ce qui les regarde — sans arrêt.

Et parce que c’est ainsi, un écoulement,
y plonger — à n’importe quel moment ;
se noyer, interrompre, surnager en avalant de l’eau,
s’y défaire, bafouiller ; laisser rouler.

Métamorphose dans le bain de sons :
se transformer en poisson, peau étendue
longtemps vibrante, cadencée.
Chanter. Parce que c’est maintenant.

Et la ligne de chant : maintenant
vers l’autrefois, vers le jamais, vers ce qui
ne fut plus et sera ce qu’en feront
nous — ce qui dans sa mort se tait.

Les nuances ; les nuances sont vitales.

Allez, on recommence.



(Exploration)

Partir avec pelle et pioche et se petisser,
se glisser dans le boyau, s’apaiser —
devant, on fait sonner la roche —
oublier la surface, entrer, paix

dans la pierre, cristal, arêtes opposées
deux à deux, je te regarde et tu regardes
qui te regarde qui regarde qui —
force dure, rien d’autre —

être l’enfer qui refroidit lentement
de proche en proche, spirale, trouve
sa forme d’équilibre propre —
et chante, identiques, ses notes uniques

tenues en montée, haut, emplissant l’air
superposées, arrêtées, quel que soit l’instant
toujours montantes — nous entraînant hors
où le temps est en fragments, habités.



- N’écoute pas, ils sont trop bêtes ;
Crois-moi, tu vaux mieux que ça.

- Je ne vaux rien.

- Allons ! Pour qui te prends-tu ?


- Sûrement pas pour quelqu’un.
Ce que je viens d’essayer, qui le recommencera ?
Si je mens même qu’un peu, qui me reprendra ?
Si je m’emporte, qui me prendra le bras ?



(Proposition)

On va d’ici. D’ici-bas. On s’en va. On soulève
le plafond. On le laisse s’élever ; Partir ;
La pièce grandit. C’est haut. C’est
pas chez moi. Non, pas moi qui grandis.

On ne serait plus absent. Ici maintenant
s’attarde. S’étale. Change d’allure :
indéfiniment grande. Accueille l’instant
venu de loin — sonnant longtemps.

Ce que chacun a vu, l’autre le voit
et plusieurs fois, de plusieurs côtés
en même temps — l’accord se fait
se recompose en dehors de nous —

coïncidences produites à tout moment,
reprises du passé, allées au futur,
alignements exacts dans toutes les dimensions —
bulles, grains, foisonnements — cela.



Abandonner la hâte, l’impatience
renoncer à la force, aux à-coups
se mettre dans l’axe, saisir bien ; un, deux
trois — tirer, ensemble : glissant doux.



(En douceur)

Naturellement dense, concentrée
et qui ne se dilue pas —
attendre, attendre très longtemps
que cela fasse son chemin,

que s’accommodent autour
attentes, attentions, que grandissent
les mains, que s’élèvent
les places, les rassemblements —

et que cela soit par frottements,
par bousculades répétées, épaule
contre épaule, mille excuses, pardon !
Ça va, ça ira —

et qu’enfin on ait grande cavité,
rire commun, connivence — là,
comme si depuis toujours
il en avait été ainsi.



Contre

Contre quelques-uns.

Nous indéterminés (dans l’air, dans la lumière).

Comme si de rien n’était.

Vite, sur une pente douce.

© Laurent Grisel _ 25 juin 2010

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