Œuvres ouvertes

Journal de lecture de Plaie, d’Antoine Emaz / Florence Trocmé

Merci à Florence Trocmé de nous permettre de reprendre ce texte mis initialement en ligne sur son site, Le Flotoir.

son & sens

Le son engendre souvent l’effet, qui n’est pas un effet au sens d’une ficelle mais une action quasi physique, les mots venant toucher, de façon assez mystérieuse et difficile à définir, quelque chose du corps du lecteur : « le ciel/une presse », ces ″ai″, ces ″ss″, accablent « la soute d’être » (p. 9)
Tous les champs de la chute et de la brûlure, enlacés.
Une forme dynamique essentielle, presque animale « on se serre sur/ce qu’il reste du cœur ».

Mise à nu du ressenti

Avec Antoine Emaz, sensation de mise à nu d’un ressenti mais un ressenti qui prend une dimension universelle et quasiment ontologique, qui met en contact en quelque sorte avec l’être ″brut de décoffrage″. Le sentiment très particulier à partir de ces mots si simples, de cet apparent dénuement du texte, d’être « sur zone », là où bat l’humain, où il bat et se bat, avec notamment l’asthénie, le découragement, le manque d’énergie (cruciale question dans l’œuvre et la vie d’Antoine Emaz), là aussi où il se racle pour trouver encore du combustible. Il est d’ailleurs beaucoup question de « feu » et de « cendres ».

Il y a une justesse saisissante de certaines formulations, jamais lues me semble-t-il : « la mémoire/paquet de colle/coagulée ».

écrire pour survivre à

Il y a comme une alliance des mots et de l’écriture avec la survie, un déplacement à « tâtons lents ». Il dit bien le « retour / possible pénible /vers les mots » (17) et un peu plus loin parle de drain, comme si l’écriture avait une fonction vitale, d’aider à assainir la plaie, la vider de son pus, même si « la mort/on en emporte une part / avant l’heure »

les dessins de Djamel Meskache

Des dessins qui ponctuent les différentes sections de Plaie et qui pour une fois (c’est assez rare, il y a le plus souvent « illustration » au mieux, simple juxtaposition le plus souvent) entrent en résonance profonde avec les mots d’Antoine Emaz, permettent de les re-projeter dans ces taches d’encre et de les refondre au noir en quelque sorte.

livre de poésie

bien évidemment, oh combien, que Plaie, qui s’attelle à reconstruire la « charpie de langue », non pendant, mais après, à partir de l’épreuve, la blessure (23) parce que le « n’importe comment / hors / dedans » est une limite, mais non tangible, plutôt une sorte de marais, de marasme, de marécage, auxquels la langue doit se confronter. Il s’agit de sortir de cet informel du marasme. (23) (pour lire la suite cliquer sur le lien ci-dessous)

Emaz, concentration extrême

A force d’être creusée, l’économie de moyens d’Antoine Emaz atteint souvent à une concentration extrême, stupéfiante : « le temps / pas vite », 2 vers, 4 mots, des résonances innombrables, quelque chose qui bouleverse... (24) et qui là encore, rencontre très en profondeur l’expérience humaine essentielle.

poésie, travail de résistance

Résister, même si « poésie usée à cœur / juste dire / seul / pour n’être pas tout à fait seul » (26)

Tout le conceptuel est gommé même si on sent qu’il y a une pensée active derrière les mots. On n’est pas ici dans du vague psychologique. On a le sentiment d’être devant ce qui peut rester d’une opération drastique de réduction et du coup en présence d’un dire extrêmement concentré, et chargé en énergie – on pense ici à ces noyaux de matière dont on dit qu’ils ont une densité et un poids extrême, malgré leur taille infinitésimale, à ces énergies considérables contenues dans des têtes d’épingle.

construction

Alternance de constatations, presque statiques, même si chez Antoine Emaz, on sent toujours, sous-jacente, une tension dynamique et cette dernière orientée quasi systématique dans le sens de la vie, très rarement dans le sens de la mort. Quand elle s’oriente vers la mort, elle est souvent récupérée et retournée à même le poème, dans l’autre sens. Tirée par la langue, en tirant sur les mots (on pense au titre récent de James Sacré) dans l’autre sens, le seul qui fonde la poésie, la rende possible pour Antoine Emaz. Des constats d’états, à la précision clinique, mais aussi de loin en loin une scène de vie saisie comme par un appareil photographique (on est là, un matin, devant l’évier, envie de vomir, sentiment de l’immensité du jour à venir (26)

Il y aussi semble-t-il comme une tresse de motifs, la plaie, la résistance, la tentative de soin à soi, construction par flux coexistants qui rappellent d’autres livres d’Antoine Emaz.

progression

On a le sentiment, même dans les quarante premières pages, les seules lues jusqu’à présent, d’une progression, là aussi d’une dynamique sous-jacente, très loin du ressassement de tant d’œuvres contemporaines. Et même si « va la vie/dans la gélatine du temps », précisément, elle va, comme la poésie d’Antoine Emaz. On est parti du point initial, non nommé, non précisé, le trou noir d’origine, la blessure qui occasionne la plaie et on est témoin de la lutte pour et contre : « à chaque passage / on gagne quelques mots / pour colmater / un peu. »

→ Le livre est l’histoire d’une douleur et de sa très lente réparation. Il dit le recours aux mots pour cela mais aussi la lutte avec les mots. Il s’agit de nommer mais aussi d’éviter, de dire mais aussi d’oublier, mots alliés et mots ennemis. Il faut sans cesse se situer dans l’entre deux de cette tension-là, en toute connaissance de sa dangerosité, pour la poésie et pour l’être. Ces quelques mots oui, mais de haute lutte, c’est « cher payé » car ils œuvrent à la fois pour et contre. (Et il semble bien que l’on soit là au cœur du travail poétique comme chez Pesquès où devant la difficulté à nommer, à user du langage pour dire l’expérience, il n’y a comme seuls recours que ceux-là même qui sont aussi les plus redoutables ennemis, les mots, la parole. Avec les mots tout peut rebasculer.

La page 36 pourrait aussi à mon sens « décrire » parfaitement une séance d’analyse.

à chaque passage

on gagne quelques mots

pour colmater

un peu



c’est cher payé



à chaque fois

on embarque aussi

une large vague de peur

Antoine Emaz, douleur

Encore une trouvaille magnifique : « il faudrait interdire / l’arrière-tête »
→ le livre parle de toute douleur. On ne sait pas quelle est la nature de la douleur qui a engendré ce livre et au fond peu importe ou même tant mieux. Car elle en devient universelle et elle peut s’appeler deuil, rupture, échec, ruine, ces mots-là la décrivent sans la préciser de façon individuée

les taches de Djamel Meskache

Et encore une fois, coup de génie éditorial des taches de Djamel Meskache en ouverture de chaque nouvelle séquence – on lit la tache comme un poème, on regarde le poème comme une tache. A la fois personnels et peu caractérisés, ils acquièrent résonances et profondeur

laisser se lire en soi

On aimerait aller plus avant dans cette lecture maintenant. Mais on sait qu’il faut fermer le livre pour se garder totalement réceptif et sensible à chaque poème, à ce qu’il émet (qui n’a rien de ténu, soyons clair !). Ici il s’agit plutôt de l’incapacité du lecteur à rester longuement totalement capteur :

Une économie de l’écriture

l’économie de l’écriture d’Antoine Emaz, économie au double sens du mot, du peu d’une part et de la gestion des énergies d’autre part, les tensions, dé-tensions, etc.

Antoine Emaz, syntaxe

Donne à réfléchir aussi sur la syntaxe, en liaison avec la douleur, sur le futur que l’on caresse avec espoir, sur le présent du « pour l’heure ».
Bonheur de trouver p. 47 mon expression chérie : « sur zone ».

une stratégie avec les mots

Très passionnant cet usage qu’il en fait, il y a l’apparition de « chemins de langue » et « le balisage des zones dangereuses » (47), car il nous le dit clairement « les mots sont au travail » « on les entend s’affairer/recoudre la nuit ».

Le poème prend sa propre matière pour sujet et en même temps le dépasse. Fait de mots, il parle de mots. Ce serait un peu comme un miroir qui se regarderait

Meskache

Le dessin de Djamel Meskache qui ouvre la section V est particulièrement bienvenu en face du poème dur qui lui fait face avec ces « dents » « crochant la tête ».

→ Changement de rythme soudain dans le séquencement du livre, plusieurs sections très courtes. Le rythme est aussi dans la construction du livre et il faudra en refaire une lecture rapide, suivie.

énergie

p. 67, toujours ce même combat qui se présente en termes d’énergies « retrouver non des forces / mais du nerf / des défenses

« la marée du rien »

Formule saisissante à nouveau « la marée haute du rien ». Lisant cela, je corrèle immédiatement et comme naturellement (là, la force de l’image) certains visions de plage à marée haute et certaines sensations psychiques mais aussi quasi métaphysiques de vide plein et de plein vide. Quelque chose aussi qui a à voir avec la saturation ou l’obnubilation. Mais il n’est pas ici question de rendu clinique d’états psychiques. Cela va bien au-delà.

combat

toujours oui, encore, le combat avec les mots, ceux-là qu’il faut éviter à tout prix mais qu’on ne peut chasser qu’avec des mots, le chassé et le chasseur sont une seule et même chose.

« mais tenir ça épuise » et alors « même plus la force / de soulever des comme » (69), c’est un recours qui se dérobe, la langue est défaite, inopérante, « elle patine / sur la vie brusque brute tue fermée » : rare accumulation de qualificatifs qui chacun ouvre une direction. Il y a empêchement, oblitération. Ce qui est arrivé bloque l’énonciation, sidère encore en partie, la parole doit être retrouvée, petit à petit, très lentement, comme après un accident.

→ il y a tout un processus de métamorphoses qui est passionnant à suivre, on a le sentiment d’une entité qui se reforme sous les yeux, un dessin qui apparaît. Ce serait le journal d’une douleur, pas de date, mais le temps très perceptible « quand ça fera partie des choses / ce sera plus facile » (73)

De ce dépouillement total naît un très fort sentiment d’émotion.

les infinitifs

Les infinitifs, une façon discrète, comme au second degré, de se convaincre, pas un impératif, non, mais l’indéfini de l’infinitif « ne pas trop faire attendre la vie / devant » (74)

Ce livre est à la fois, en plus de toutes ses qualités littéraires un manuel de résistance et une leçon de survie (et de courage), « un refus têtu / pas de ce qui a eu lieu / mais d’être pris / dans le poids » (77)

froid

Revient la notion de froid (78) après son apparition dans les premières pages et la nécessité de se réchauffer : « on tisonne / les bons souvenirs » assortie de celle, très émazienne, de poser de « simples diagnostics / exacts sûrs clairs » (80) et à ce sujet, on se dit qu’il doit procéder ainsi par rapport à ce qu’il écrit, le scruter, le penser, le peser, pour établir à ce sujet un diagnostic...

lutte

Lutte permanente en effet, tangible concrètement, dans tout le livre, avec ce qui revient, il y a vraiment là quelque chose de palpable, de presque matériel dans cette remontée malgré les « bouffées de vide » & les « vagues d’obscur » (formulations presque romantiques pour A. E. !)

L’écriture rend très bien compte, avec très peu de moyens apparents, de ce qui est éprouvé « on reprend le quotidien / où on avait été laissé « (85), elle rend compte sans emphase et de manière non spectaculaire mais efficace de ces sortes de raptus par la douleur, son poids qui tire vers le fond, la puissance des forces passives et la difficulté à mettre en branle les forces contraires. Parfois par décision, parfois par évitement du plus douloureux.

des trajets

Très souvent, malgré la brièveté des poèmes sentiment d’un trajet emprunté par le texte, ce qui lui donne mouvement, forme et tension (on peut dire cela aussi du livre entier). On part d’un point souvent très sombre, un constat et on va sinon vers le mieux, du moins vers du plus clair et vers la possibilité d’une décision ou d’une remise en route, tout ça se jouant au millimètre ce que traduit parfaitement une écriture qui est sans doute dosée au milligramme. (85).

la matérialité

« pouvoir faire la vaisselle / tranquille », confrontation chez lui avec le réel trivial, celui de son quotidien dont il fait souvent part dans le courrier aussi, comme partie prenante, sans distinguo, de la réalité et même de la vie intérieure. Ici le réel trivial et l’enjambement, double effet de grande force pour camper ce désir-là et la scène et dire l’ampleur du travail de récupération à effectuer (86). Plus loin on trouvera une « poubelle de futur ». Énoncé de la place de l’ordinaire du quotidien au cœur du poème.

l’ennui

tout l’ennui d’ennui, tout l’ennui du chagrin, tout l’ennui de la déprime, tout l’ennui du monde en 4 mots « compte-gouttes du temps » !, manière si émazienne de condenser l’image, de matérialiser l’abstraction aussi, il encarafe, empote les idées et les concepts. Et de filer la métaphore à peine pour ouvrir le poème en chemin, le propulser vers la fin. Le temps qui goutte → fond → fuit → suinte = ça finit par finir. Toute la longueur d’un processus ramenée à huit vers (99)

Et toujours cet art de la formule d’autant plus forte qu’elle est brève et donc assénable : « seul-sûr » (101)

Et il « faut tirer profond / pour passer les jours / sans voir / sauf être en vie » (104)

Le livre, chaque poème, ressentis comme cet effort, un chemin dans l’effort, - ce « tirer profond » est très concret - par l’écriture, l’écriture ici est active, sur le corps et la pensée, de l’auteur et du lecteur. Elle fait quelque chose, elle vous fait quelque chose.

les artifices

Très peu d’artifices, aucun même sans doute, chez Antoine Emaz, pas d’histoires de blancs, de dispositions, de typographies, sa poésie est assez forte pour n’avoir besoin d’aucun de ces recours, juste la découpe (essentielle) des vers sur la feuille, le peu de mots, leur juste répartition qui « pèse » autant que le choix des mots : « cette faille noire // un couteau » [double interligne, la faille → la lame] (107)

se remettre à flot

Le livre est cette tentative pour « se remettre à flots » (110) alors qu’on est échoué, la métaphore est sous-jacente, très souvent, chez Antoine Emaz, pas explicitée mais suggérée, un bateau, une maison, un animal (″influence″ de Reverdy ?)

Le livre est temps

Sentiment extrêmement fort que le livre est temps, livre pendule qui donne le sentiment du temps, du temps qu’il faut et du temps qui passe ou ne passe pas. Les « sensations » [comme disent les sportifs] sont retrouvées, marcher sur le « gravier des mots », cela rassure. Antoine Emaz en vient souvent à une sorte de sentence, presque une formule de sagesse : « si on ne s’en sort pas tout seul / on n’en est pas sorti » [fantôme de Gherasim Luca ?] (118). Avec parfois une sorte de rejet, presque violent de la présence des autres, de leur intrusion, des formules creuses. Mieux seul, dirait-il !

inventaire de têtes

On pourrait dresser une sorte d’inventaire des formules émaziennes qui associent la tête et un autre objet, de ses tandems à tête : caserne de tête, bocal de tête (119) : de nouveau cette sorte de matérialisation, d’incarnation presque de l’abstrait – domestication mais en cela que c’est l’univers domestique qui souvent est convoqué, invoqué, celui des éviers, des poubelles, des bocaux...

Parfois l’ambivalence de la formulation ouvre l’espace imaginaire (ce dernier assez peu mis en jeu dans la lecture d’Antoine Emaz, qui ne suscite pas tant d’images que des sensations, presque des pré-images en quelque sorte, des formations intérieures d’avant les mots, ou là où les mots ne sont pas, plus, pas encore possibles ?). Ambivalence par exemple de « on revient / à la rame / d’un pays seul » : pays de la solitude, pays dont on revient seul ? etc. (121)

connaissance de la douleur

En plus de tout ce que j’ai déjà noté, le livre témoigne d’une immense connaissance de la douleur et du travail de la douleur en chacun, et des processus de cicatrisation. Presque parfois un cours de médecine urgentiste : La fameuse Plaie, elle, finira « en ride / épaisse / bizarre » (124). Ici pas l’ombre d’une complaisance, nulle part dans ces pages mais des constats, et l’histoire d’une tentative de sortie de la souffrance, de l’épreuve, une observation minutieuse de ce travail, par le travail poétique.

matérialisation des affects

Un aspect très intéressant chez Antoine Emaz, c’est cette façon qu’il a de matérialiser très concrètement les affects, il en fait une matière, matière première du poème certes mais ce qui est encore plus prenant, c’est la façon dont il emploie des mots qui ont trait à la matière, terre, fer, béton, gravier, eau, glace, pour décrire des ressentis, notamment les plus pesants ou collants, d’une façon plus que convaincante. Il y a ce « bloc » à travailler, qu’il faut « submerger, enterrer, embourber profond » (133).
Cette fois, la tête est à la fois « cage » et « cave » à « quatre murs d’os » (134)

Et quand il rend compte des « ratés de l’esquive », c’est presque une chronique de sport ; « s’éviter / fatigue » avec ce « coup de boule / sa propre tête / en pleine tête » (135). Étonnant et fort ce mélange de chronique sportive et de sentences paradoxales : « ce qu’on gagne en trichant / c’est payé deux fois plus cher / quand on perd » (135) (On dirait presque une devise des Shadocks)

Et puis un peu d’embellie et ce si beau et émouvant : « être heureux / en coup de vent »

Fragile (Emaz, Kunze, Gansel)

Tout cela est « fragile » dit Antoine Emaz et je repense au « sensibel » de Reiner Kunze et à tout ce que Mireille Gansel a raconté l’autre soir sur sa confrontation à ce mot et à sa double traduction à trente ans de distance, depuis le fragile initial jusqu’au retour au sensible ?

→ l’un et l’autre disent l’importance et la difficulté du mot juste, au bon endroit.

Et petit à petit - « certains câbles portants / sont rouillés à cœur » - le lecture d’Antoine Emaz prend conscience de l’ampleur du désastre initial. Le livre s’alourdit progressivement de cette connaissance et en même temps il s’allège par enregistrement de tout petits progrès.

Antoine Emaz et le vert

un poème très énigmatique à ce sujet (p. 113, « quand on pissera vert/on sera guéri »), mais cela aussi « se laver dans le vert » : que de fois j’ai éprouvé ce bienfait du vert, : se laver, s’infuser du vert à corps ouvert, se transfuser du vert, manger le vert des yeux, en ruminant d’un nouveau type, jamais repu de vert, de tous les verts, de toutes les feuilles et de toutes les herbes, des champs et des bois, des forêts et des eaux, le vert pâle des champs givrés en allant vers l’Est l’hiver, le cuivre verdi des toits de la basilique de Saint Denis, le vert, tous les verts

« On doit se faire pencher / vers vivre » : en une formule tout le livre, qui accomplit ce trajet dans et par l’écriture mais sans trop d’illusions sur ses capacités présentes : « garder un horizon court / la journée / se donner des buts maigres / et les atteindre » : livre de sagesse aussi que ce livre et ces phrases-là.

p. 163, retour sur s’en ″sortir sans sortir,″ entre guillemets, c’était donc bien le fantôme de G. Luca qui passait précédemment dans le livre.

Le temps

Le temps aussi est appréhendé (comme la douleur) comme une matière, souvent de façon très précise : « un temps / comme en gelée » (169). Parfois dans le tissu métaphorique sous-jacent, aux motifs très effacés, comme des interconnexions : ainsi p. 178, entremêlement dans la trame du réseau nerveux, de la toile d’araignée et des techniques de survie, au moins trois champs très différents invoqués, neurologie, entomologie et sciences de la survie et de la catastrophe.

Et la tête encore, cette fois en « araignée de tête »

Écrire accompagne

« Écrire / ne soigne / ni n’avive / accompagne seulement » (184). Oui, si vrai, on le sait depuis l’enfance, depuis les premières séparations, écrire déporte de la douleur, accompagne l’absent dans l’absentement, le représentifie, le représente (introjection dirait les analystes). Écrire fait sas de décompensation : » même seul / on est toujours avec ».

Pour « l’ontologie permanente »

Très ontologique : j(e fais ici allusion à une coquille très drôle, d’un correspondant qui me parle d’un poème trouvé dans « l’ontologie permanente ») : « il faudra s’y faire / jusqu’à la poussière de corps » (196)

Laurent Jarfer, revue Gruppen

« la poésie, celle qui laisse des traces dans les crânes et dans les chairs »

→ cela va si bien avec Antoine Emaz. (Laurent Jarfer, introduction éditoriale, revue Gruppen, n° 0, p. 8

© Florence Trocmé _ 1er juillet 2010

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

  • Lien hypertexte

    (Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d’informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)