Œuvres ouvertes

Qu’est-ce que le numérique ? Une guerre sans merci contre Beigbeder !

Un des maux de l’époque : Beigbeder en représentant de la littérature de langue française contemporaine

Beigbeder récidive dans l’Express : après Le livre numérique ou le cauchemar de Bradbury (la numérisation revenant à brûler les livres papier), il prononce l’adieu à Gutenberg :

Il me semble que le numérique "égalise" tous les livres alors que le papier sacralise le texte. Lire sur papier suppose qu’on respecte l’auteur comme un être admirable, génial ou talentueux, bref, meilleur que soi ; l’écran en fait un semblable, un pote, un mec normal, presque un blogueur... donc n’importe qui ! En supprimant le papier, on banalise l’écrivain. On aplanit la littérature. Si mon impression est la bonne, alors ce n’est pas seulement Gutenberg, c’est Flaubert qu’on assassine.

Bien sûr tout cela est kolossalement bête - le livre numérique n’est pas la fin du livre papier, mais la réactivation de l’activité littéraire selon d’autres modes qui restent à définir, et qui ne conduiront certainement pas à la fin du papier -, sauf peut-être un point où Beigbeder n’a pas tort (je préfère personnellement le concept de liseuse pour cette même raison) :

...lire des poèmes de Baudelaire sur l’iPad fut confortable pendant un petit moment (vingt minutes environ) mais j’avais du mal à résister à l’envie de cliquer sur des vidéos, de consulter mes messages, d’écouter des chansons... et je ne pouvais rien noter dans les marges.

Néanmoins, l’essor actuel de nouvelles formes d’écriture littéraire sur le net est directement lié au nivellement par le bas auquel la course aux chiffres de vente massifs a conduit dans l’édition. Beigbeder en est le parfait exemple comme le soulignent justement des commentateurs de son premier papier dans l’Express qu’on devrait regretter de voir numérisé un jour, tant il est caricatural et nigaud :

Robert Patrick - 22/06/2010 22:39:51 :

Bradbury, dans son ouvrage Fahrenheit 451, nous montre une société qui cherche à détruire le savoir et la connaissance au travers de l’autodafé. Nous mettons ce même savoir et ces connaissances à disposition de tout le monde sans contrainte d’argent ou de temps, où plus il sera lu, copié et plus il sera disponible. Vous devriez relire Fahrenheit 451 car sans aucun doute vous n’avez rien compris à son message. Vous cherchez à garder pour vous, jalousement, ce ’pouvoir’ d’écrire et de publier vos idées, et de ne les faire partager que sous conditions. Vous chercher à garder pour vous, jalousement, ce ’pouvoir’ d’accéder à la culture et à la connaissance, encore trop souvent accessible aujourd’hui uniquement sous conditions. Nous entendons donner au plus grand nombre la possibilité de s’exprimer librement, sans entraves, et cela sans conditions. Nous entendons mettre à disposition les idées quelqu’elles soient (même les votres) à disposition du plus grand nombre, et cela sans conditions. Nous entendons à ce que le savoir et la connaissance se répandent à travers le monde et qu’ils soient accessible par tous à travers le monde, à nouveau, librement, sans entraves, et sans conditions.

alaouet - 22/06/2010 21:39:03 :

Le parallèle établi par F.Beigbeider entre les livre numérique et le bouquin de R.Bradbury,"Fahrenheit 451", me paraît totalement erroné. Sans la numérisation, de nombreux livres non-réédités parce que non-rentables, seraient amenés à irrémédiablement disparaître. Leur numérisation - le plus souvent effectuée par des passionnés œuvrant de façon totalement désintéressée - permet au contraire de les sauver de l’oubli.

NUMERUS CLAUSUS - 21/06/2010 21:25:44 :

la véritable atteinte au livre "papier" eut lieu quand les éditeurs pratiquèrent en catimini leur propre révolution : promouvoir la médiocrité et la "littérature branchée people" au détriment de la vraie. Où sont les modernes Camus, les Malraux, les Colette, les Giono, les Gide, les Mallarmé, les Giraudoux, les Prévert, les Carco, les Yourcenar, les Beauvoir ? N’y en a t’il plus de nos jours , ou bien les éditeurs les ignorent-ils au profit de leur rentabilité ? Combien de Christine Singer, connue de quelques poignées d’irréductibles admirateurs de la langue française et du style, contre un raz de marée de membres du Gotha, des variétés ou des médias, qui voulaient ajouter la profession d’ "écrivain" sur leur carte de visite (ils sont légion), combien de ces personnages de la foire aux images ( Beigbeder a t-il oublié qu’il vient lui-même de la pub ?) De là il est passé au roman et le voilà maintenant critique de cinéma à la télé et il adapte ses romans pour le cinéma, comme Houellebecq). Quel personnage politique, quelle vedette, quel champion n’y est allé de sa biographie ? Non, les éditeurs ne prennent plus le risque d’éditer des inconnus, ou alors ils les "fabriquent" à grands coups médiatiques comme on lance n’importe quel produit, Tous les commentaires qui précèdent sont exacts : ce n’est pas le support qui fait la qualité d’un livre, ce sont les idées qu’il exprime et son style, il y a bien longtemps que l’autodafé eut lieu, les éditeurs sont tranquilles : prêts à s’adapter à toutes les déferlantes du numérique sans broncher, en hommes d’affaires avisés, ils sauront se convertir en temps voulu. Après tout le livre, n’est-ce pas aussi du marketing ?

© Laurent Margantin _ 1er juillet 2010

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