Œuvres ouvertes

L’Internet littéraire est un vaste atelier d’écriture

à la recherche des fondements de l’écriture numérique au Salon du livre insulaire

On aurait aimé y être, ne serait-ce que parce qu’il y était question d’un thème qui nous anime : Numér’île (autour de l’univers numérique insulaire) se tient à Ouessant, avec notamment François Bon et Thierry Crouzet pour y parler de littérature numérique.

On a pu assister à très longue distance à quelques discussions, et c’est important de pouvoir se retrouver, via internet, autour de questions pour nous (auteurs & lecteurs) essentielles.

Arnaud Maïsetti a justement relevé ce propos de François Bon lors d’un exposé sur Ce qu’internet change au récit du monde :

« on accède désormais au monde avant même que le monde ne se soit constitué comme récit"

Travers de ce type de discussion aujourd’hui : discuter par rapport au monde du livre-papier, et plusieurs intervenants ou participants sont tombés dedans. Il s’agirait de se poser la question du numérique en se demandant comment sauver les librairies, etc. Aussi surgit sans cesse la peur qu’avec le numérique s’achève la sacro-sainte littérature qui sent bon le papier...

Mais c’est aussi surtout d’argent dont il est question : comment vont vivre les auteurs (comme s’ils vivaient bien dans l’ancien système, oui, disons "ancien" déjà), comment le marché va s’organiser autour du livre numérique. On voit bien qu’il s’agit là de protéger la sacro-sainte littérature (qui sent bon le papier... monnaie ?).

Alors posons quelques paramètres propres à l’édition numérique qui sont, selon nous, déjà donnés dans la réalité.

Je laisse la question financière, elle ne m’intéresse personnellement pas (j’opterais même pour la gratuité des textes numériques nouveaux).

M’intéresse davantage de savoir dans quel espace d’écriture et de création nous nous trouvons, nous, aujourd’hui. Cet espace existe déjà, pas besoin de se creuser la tête pendant des heures (tendance Ouessant) pour savoir ce que sera le livre demain. L’excellence numérique dans la création littéraire, il y en a déjà de bons exemples.

La nature de cet espace est la question essentielle. D’un côté, les livres-papier, avec un public de lecteurs-spectateurs-consommateurs. Les écrivains d’un côté, les lecteurs de l’autre. D’où la dérive actuelle vers le show business (les conditions étaient réunies pour cela). De l’autre côté, de plus en plus fortement présent : la création numérique (pas seulement littéraire, mais aussi BD, photographique, etc.), avec des lecteurs-acteurs, des lecteurs qui, peu à peu, envisagent, mettent en route leur propre activité littéraire. Autre univers, qui n’a rien à voir avec celui du papier où on tourne des pages dans une espèce d’idolâtrie à l’égard de l’Auteur (et quand on voit certaines andouilles se complaire dans ce rôle, on a un peu mal pour les lecteurs).

Ce qu’on appelle la littérature numérique, c’est ça, un partage de la littérature selon d’autres modes, pas dans ce rapport de soumission du lecteur à l’auteur, mais dans une forme de lecture-écriture où s’élaborent de nouvelles formes littéraires. On écrit parce qu’on a lu, parce qu’on lit . On lit parce qu’on cherche à écrire, parce qu’on écrit. Ce qui est au fond propre à la littérature non dévoyée dans la "société du spectacle", nous le retrouvons en numérique, dans une série d’échanges qui lui sont propres, et plus dans cette comédie littéraire où chaque titre qui sort sent le roman à plein nez, vous savez, le roman de l’individu qui a percé les secrets de l’Ecriture, de l’individu qui a "réussi". Contre ça, contre cette récupération de la littérature par les managers de la réussite sociale, le numérique peut être, est déjà un formidable espace d’expérimentations littéraires d’où émergent jour après jour de véritables oeuvres.

© Laurent Margantin _ 22 août 2010

Messages

  • Tout à fait d’accord, je rajouterais même que les textes, romans découpés en paragraphes, etc., pourraient parfaitement être gratuits dans cette nouvelle ère de l’écrit numérique. Ce serait même une bonne solution pour contourner le piratage. Ce qui va rémunérer les nouveaux auteurs ? me demanderez-vous. Tout simplement la pub insérée sur les sites permettant le téléchargement des oeuvres !

    Voir en ligne : http://quepenser.com/

  • D’accord avec vous : un ensemble de possibilités nouvelles inédites dans l’internet littéraire. Je ne suis pas sûre qu’il faille associer aussi directement internet et désacralisation de l’auteur. Elle reste toujours prioritairement un choix de l’auteur lui-même à l’égard de son oeuvre. Un auteur ne l’est pas en majuscule parce qu’il est dans le circuit traditionnel du texte papier. Et inversement. Pour le coup on tombe dans l’association du papier à la légitimité littéraire. Et celle d’internet à un espace libéré du joug. Quant à la distinction entre titres plus assurés et expérimentation, elle se reproduit dans l’espace numérique aussi. Je veux dire par là que l’espace internet n’est pas à penser comme un eden editorial malgré ses largeurs. Et qu’il est parfois difficile de ne pas l’utopiser dans les échanges avec les praticiens du lieu sans passer pour outsiders. Or il y a fracture numérique autant qu’il y a émergence numérique. Donc besoin plus que jamais de conjonctions, d’explicitation des modèles en contact.

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