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Oeuvres Ouvertes : Günter Brus, peintre, écrivain, actionniste

Oeuvres Ouvertes

depuis 2000

Günter Brus, peintre, écrivain, actionniste

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Pictura jacta est ! est un ensemble d’aphorismes "sur l’art, la littérature, la musique et plus généralement sur la place de la culture dans nos sociétés", comme il est indiqué en quatrième de couverture du livre paru aux éditions Absalon.

Günter Brus a été l’un fondateur de l’Actionnisme viennois dans les années 60. J’avais aimé les petits textes d’Amor et Furor, traduits par Catherine Henry, comme "Un étrange pays" :

Quand on eut répondu à la question du sens de la vie, trois philosophes arrivèrent au pays. Le premier vint avec l’intention d’y perdre sa raison, le deuxième de comparer la sienne avec celle des habitants ici présents, et le troisième de la mettre en stand by en attendant de savoir avec certitude ce qu’allaient donner les expériences de ses confrères. Tandis que le premier aspirait à un poste haut placé et l’occupait effectivement peu après, le deuxième perdit sa raison - et le troisième se creusa la tête sur le sens de la vie de ses confrères.

Voici comment les éditions Absalon présentent cet artiste-peintre et écrivain :

Günter Brus est né en 1938 à Ardning en Autriche et vit à Graz. Mondialement connu pour son rôle dans l’Actionnisme Viennois de 1964 à 1971, Günter Brus est un artiste aux multiples facettes qui n’hésite pas à passer d’un moyen d’expression à un autre, une fois explorées les possibilités du premier. Parvenu dans ses actions jusqu’à ses propres limites physiques et psychiques – sa dernière action « Zerreißprobe », « Test de résistance », a failli lui coûter la vie –, Günter Brus revient au dessin et à la peinture à partir de 1971 en créant un genre nouveau, les « Bild-Dichtungen » ou « images-poèmes », dans lequel il s’emploie à repousser, là encore, les limites de l’imaginaire. Les quelque 60 000 dessins qu’il compte depuis lors à son actif ont ainsi été montrés dans le monde entier, que ce soit à Barcelone ou Amsterdam, Berlin ou Vienne, Paris ou New York, Venise, Londres ou Munich, sans oublier la Documenta. L’État autrichien, qui en 1968 l’avait condamné à la prison à la suite de l’action jugée scandaleuse « Kunst und Revolution », lui a rendu hommage en 1996 en lui décernant le « Grosser Österreichischer Staatspreis ». Puis, en 2004, c’est le Prix Kokoschka, la plus haute distinction artistique autrichienne, qui est venu consacrer son oeuvre. Plus récemment, c’est le projet d’un musée exclusivement dévolu à celui que la presse autrichienne désignait en 1968 comme « l’Autrichien le plus haï » qui vient d’être entériné par la Neue Galerie de Graz. Lieu d’exposition permanente, mais aussi de manifestations ponctuelles devant mettre en regard les différents aspects de l’oeuvre pour une part, institution à vocation scientifique pour une autre, le « Bruseum » devrait ouvrir ses portes fin 2011.

A découvrir également Vienne et moi, autobiographie de Günter Brus.

Voici un choix d’aphorismes qui donnent une idée du style iconoclaste de Günter Brus.

L’actionnisme est une forme désespérée du métier de comédien.

Les actions viennoises étaient des dopants – les performances des soporifiques.

J’ai toujours aspiré à la simplicité de l’animal, mais j’ai toujours échoué sur la grève de la duplicité humaine.

C’est facile de peindre avec ses tripes. Après tout, il y a une toile en-dessous.

Les mauvaises oeuvres font souffrir tous les artistes. Comme elles sont toutes mauvaises, ils souffrent surtout des leurs.

En réalité, ce sont les concepteurs de billets de banque et de timbres qui sont les artistes les plus célèbres au monde.

La plupart des artistes sont tels qu’ils veulent être. Rares sont ceux qui sont tels qu’ils sont.

La musicalité de Thomas Bernhard : une escalope aux clavaires bien emportées.

Valie Export : femme montant un escalier.

OEuvre de la main et de l’intelligence, l’art est souvent un chemin de croix. Collectionner, dit-on, est une passion.

Les collectionneurs et les dessinateurs jouent un rôle interchangeable. Mais souvent, on n’acquiert contre du papier monnaie que de faux Monet sur papier.

Un artiste n’atteint pleinement la notoriété qu’à partir du moment où ce qu’il a mis au rebut a de la valeur.

Inconvénient indéniable de l’art à succès : autrefois les artistes couraient d’oeuvre en oeuvre, aujourd’hui de rendez-vous en rendez-vous.

Toute oeuvre d’art, quel que soit son titre, en porte un autre : « Je suis à vendre ».

Nous vivons dans un monde fait de ruissellements d’images et de sons, dans une sculpture qui n’a plus toute sa tête.

L’image-poème est une tentative visant à soumettre un double talent à un processus de fusion. Résultat : une sorte d’émulsion.

Je crois qu’à l’avenir mon art donnera davantage matière à lire qu’à voir. Les collectionneurs de mes travaux se rendront compte que leurs acquisitions ont plus à voir avec la réflexion qu’avec le dessein de faire impression.

Le kitsch, c’est l’artiste qui aménage son appartement dans son style.

Il n’est pas très simple d’écrire une littérature pour tous. Il faut pour cela penser de façon aussi plate qu’un journal quotidien et aussi étroite que sa tranche.

Il paraît que 10% des livres achetés sont aussi lus. Le reste sert manifestement de matériau d’isolation contre le bruit des voisins.

Brûler des livres voudra peut-être bientôt dire foutre le feu à Internet.

Avec son podium en coquillage, Botticelli a inventé le mannequinat.

Turner peignait des partitions de Debussy.

L’art sain est malade.

L’art flamand est schizophrène. La saleté de Rembrandt ou de Brouwer d’un côté, la propreté de Mondrian ou de Vermeer de l’autre.

Maintenant que la tapisserie est passée de mode, on a de nouveau besoin d’une peinture bariolée.

Les musées sont souvent de grands appartements pour architectes.

Voici ce que j’appelle la vraie culture bourgeoise, voici ce que je nomme la vraie compréhension bourgeoise de l’art : toussoter avec expressivité pendant les récitatifs et fermer les paupières au moment des airs.

Edgar Varèse : poteau de torture pour timbales et tympans.

Gustav Mahler fut annoncé à Paris sous le nom de Gustav Malheur.

Meyerbeer faisait entrer des éléphants sur scène. Plus tard, John Cage leur a bouché la trompe.

Karl Kraus, pas spécialement doué niveau musique, aurait tout de même dit : « Un fil de glace a donné Steve Reich. »

Beaucoup d’oeuvres d’art ressemblent à des assassins. On les enferme au musée à perpétuité.

L’esthétique globale du monde renvoie de nouveau le peintre au statut de peintre en bâtiment.

La peinture est un vers luisant passé au rouleau compresseur.

Mondrian = Plan d’occupation des sols.

Franz Marc a inventé la vache Milka.

« On ne peut pas distinguer le haut du bas », disent les braves gens. Mon conseil : faites le poirier !

Philosophie et poésie. On peut réfuter Heidegger, Aristote, Schopenhauer et consorts. La Saison en enfer de Rimbaud, jamais.

Un nouveau livre s’écrit toujours après une nuit d’amour passée avec la langue.

Pour les politiques, l’art est toujours un motif d’arrière-plan.

En parlant de moi comme d’un maître de l’ « underground représentatif », on s’est fixé un but définitif et irrévocable. Et en fait ce n’est pas si mal de rester éternellement ce type louche et énigmatique qu’on ne sait jamais exactement où classer.

Les imitations se transforment en fétiches, ces fétiches sont à leur tour mis inconsidérément sur le même pied que les plus hautes productions de l’esprit humain, et cette équivalence se transforme enfin en une philosophie que l’on peut abjurer à tout moment, dès que sonne l’heure suivante.
Or, l’heure suivante sonne désormais toutes les minutes, si ce n’est toutes les secondes.

En Amérique, une voiture est une sculpture ; en Europe, il faut d’abord qu’elle soit sérieusement accidentée.

Un art qui ne manque jamais de style a quelque chose d’une ligne politique.

Schiele sans poils pubiens, c’est comme un fer à repasser sans fil électrique.

Première mise en ligne le 5 septembre 2010

© Laurent Margantin _ 13 juillet 2015

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