Œuvres ouvertes

Les aphorismes politiques de Novalis

atteindre une harmonie à partir de systèmes politiques opposés

Le 16 novembre 1797, le roi de Prusse Frédéric II disparut et son fils monta sur le trône. Frédéric-Guillaume III était marié avec la princesse Luise von Mecklenburg-Strelitz qui était très appréciée par la population. Cette image du couple royal fondé sur un véritable lien d´amour conduisit Novalis à écrire Croyance et amour, ou le Roi et la Reine, que le poète fit parvenir à son ami Friedrich Schlegel, joint à quelques poèmes et aux Aphorismes politiques. Ce dernier s´employa à faire paraître l´ensemble dans les Jahrbücher der preußischen Monarchie unter der Regierung von Friedrich Wilhelm III, ensemble dont seuls les Aphorismes ne furent pas publiés, suite au rejet que rencontrèrent à la Cour les fragments de Fleurs et Croyance et amour parus dans les cahiers de juin et juillet 1798.

La tonalité fortement monarchiste du titre avait en effet pu tromper d´abord la vigilance de la censure : dans ces écrits, il ne s´agissait pourtant pas pour Novalis de faire l´éloge de la monarchie prussienne existante, comme on s´y attendait. Dans un fragment de Croyance et amour, celui-ci prend plutôt acte de la Révolution française et du caractère inéluctable des phénomènes révolutionnaires, comparés à des comètes qui bouleversent et rajeunissent le « système spirituel du monde » . Aucune monarchie n´est donc éternelle, et il faut plutôt envisager un système politique qui accorde les deux constitutions, l´une reposant sur le culte de l´Un (le Roi), l´autre sur le culte du multiple (le peuple). Novalis utilise d´ailleurs le terme de constitution dans un sens à la fois politique et biologique, et expose dans ces aphorismes ce qu´on pourrait appeler une « médecine du pouvoir » grâce à laquelle il deviendrait possible de régler les forces en jeu dans la société et dans chacun de ses membres. Cette médecine repose sur l´idée que la stabilité d´un système politique dépend justement de sa capacité à varier et à échanger les forces. Le pouvoir royal finit par s´autodétruire parce qu´il est « comprimé », et le pouvoir de tous conduit à un état de faiblesse du corps social. Le système politique idéal combine par conséquent monarchie et démocratie, afin d´éviter les excès de ces deux systèmes .

© Laurent Margantin _ 20 septembre 2010

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