Œuvres ouvertes

Rabearivelo enfin

un jour important pour la poésie française et malgache

Aujourd’hui 18 octobre paraît, chez Présence africaine, le premier tome des Oeuvres complètes de Jean-Joseph Rabearivelo (1901-1937), plus grand poète malgache du vingtième siècle. Ses écrits - dont de nombreux inédits - étaient dispersés, et n’avaient jamais fait l’objet d’une édition complète. On y lira notamment les Calepins bleus, journal de Rabearivelo. Il faut saluer les maîtres d’oeuvre : Serge Meitinger, Liliane Ramarosoa
et Claire Riffard. Pour montrer qu’il s’agit bel et bien d’un événement, les éditeurs organisent aujourd’hui une conférence de presse à Tananarive.

On reviendra bientôt sur cette parution importante, en attendant, voici le sommaire et le quatrième de couverture que nous a transmis Serge Meitinger, un grand merci à lui.


Imaginez, en ce début du vingtième siècle où triomphe sans partage la réalité coloniale, un jeune homme de couleur, vivant au cœur d’une île à ce moment soumise à l’une des plus prestigieuses cultures européennes, et qui découvre en lui le don de l’expression littéraire, se l’appropriant véritablement grâce à un amour passionné des Lettres et de la langue française ! Jean-Joseph Rabearivelo, né en 1903, a l’intuition qu’il pourrait devenir le premier « intellectuel » et le « contemporain capital » de sa nation et travaille à ce but avec acharnement. Il est poète, journaliste et critique, romancier et dramaturge, historien de sa tradition, collecteur et traducteur de textes anciens et modernes : rien ne saurait échapper à son emprise créatrice et celle-ci se doit de maintenir, en un judicieux équilibre, l’apport natal et l’essor que peut lui réserver la puissance littéraire acquise grâce au médium étranger qu’il a élu. Car ce qu’il se révèle ainsi capable d’accomplir par la force de son verbe, risque à sa manière d’excéder ses deux sources en même temps et de créer des « interférences », selon la métaphore qu’il met lui-même en avant, néfastes et même dangereuses pour l’intellectuel et pour l’écrivain. C’est pourquoi Rabearivelo est sensible à l’image de « l’artiste » telle qu’elle se trouve promue, au milieu du XIXe siècle, dans les personnages emblématiques que sont, pour lui, Nerval et surtout Baudelaire, marginalisés et même maudits pour des raisons à la fois intimes, morales, esthétiques et sociales. Et, quand notre jeune artiste et intellectuel malgache se fera le témoin de ses propres jours, dans ses Calepins bleus, tenus à partir de 1924 et dont il ne nous restent que les derniers tomes (de 1933 à 1937), enfin publiés en ce volume, il ne cessera d’apprécier ce qui lui arrive, ce qu’il rêve, ses passions, ses intuitions, ses actions et réactions et ses projets à l’aune des mots, des images, des idées déjà mis en avant par ceux qu’il vénère comme ses maîtres et aussi et surtout à l’aune de leur vie vécue. Il y a quelque chose de pathétique et d’exaltant à la fois dans cette constante révérence et dans cette élection sans cesse réitérée d’un modèle intellectuel, esthétique et éthique qui pût sauver et justifier une quête souvent douloureuse, l’élever et anoblir, l’arracher à la contingence pour l’inscrire dans une nécessité – celle du « génie » – apte à transcender la souffrance et même la mort. Mais ce recours patient et entêté, courageux également, ne permit pas de vaincre un sentiment d’« insécurité culturelle » et personnelle déchirant et grandissant puisque la situation de détresse en grande partie engendrée par cette insécurité conduisit ce grand poète, cet intellectuel véritable au suicide au mois de juin 1937.

Le journal, dont voici enfin le livre, a subi, lui aussi, la tentation du suicide et les cinq premiers tomes ont été brûlés de la main de l’auteur. Ce fut une tentation récurrente comme en témoigne cette notation du 1er décembre 1935 :

« Ai encore une fois velléité de brûler tous mes Calepins bleus. En suis dégoûté – tellement c’est
ou trop nu (jusqu’à montrer les os)
ou trop habillé (comme une catin âgée mais ayant toujours besoin de vivre). »

SOMMAIRE

Introduction

Le diariste

Les Calepins bleus, Témoins secrets (1933-1937),

L’épistolier

Lettres de JJR (1920-1937)

Le moraliste

Le bijou rose et noir
D’un belluaire

Dictionnaire des noms de personnes, des noms de lieux et des termes culturels malgaches

Dictionnaire des périodiques français et malgaches de l’époque de JJR

Index nominum

© Laurent Margantin _ 18 octobre 2010

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