Œuvres ouvertes

Quand Redeker trahit Sartre et Beauvoir

et rend service, au nom de Nietzsche, au pouvoir en place...

Remarquable analyse de la tribune de Robert Redeker (parue dans le Monde) intitulée La retraite, agonie d’un mythe français, par Pascale Fautrier sur Mediapart (en accès libre). Rappelons que Redeker appartient au comité de rédaction des Temps Modernes, la revue créée par Jean-Paul Sartre en 1945. Voici un extrait de cette mise au point (sous forme d’analyse de texte) qu’il faut lire en entier : Au secours, Sartre, ils sont devenus fous : réponse à Robert Redeker :

M. Robert Redeker s’étonne de ce que beaucoup "avouent "attendre la retraite"", alors que, comme il l’a redit à midi sur France Inter (journal de 13h) en une formule lumineuse : "un retraité n’a pas d’avenir". Nietzsche est ici convoqué comme de juste pour appuyer le fond de la pensée anticonformiste de son lointain émule : pourquoi cette humanité du XXième siècle qui défile dans les rues exalte-t-elle la retraite comme un "âge d’or de l’existence" alors qu’elle est le "vestibule de la mort" ? Nouvelle habileté dont la cible n’est autre que tous ceux qui croient savoir que Nietzsche est un grand philosophe revigorant et un maître de l’ironie, cette preuve de la "bonne santé" intellectuelle : quoi de plus contraire à la "grande santé" que de considérer la vieillesse, cet âge de la diminution, comme l’apothéose de l’existence ? N’est-ce pas la marque d’une morbidité particulière à l’homme du ressentiment qu’est nécessairement le manifestant ?

On osera objecter à notre éminent spécialiste de la philosophie, que sa conception du vieillard comme mort en sursis, a été jadis courageusement combattue par une autre philosophe, Simone de Beauvoir, dans son ouvrage "La Vieillesse" (Gallimard, 1970, voir les vidéos : http://www.youtube.com/watch?v=XHVTKy1cmuc ; http://www.mediapart.fr/club/edition/l-utopie/video/040908/simone-de-beauvoir-la-vieillesse). Simone de Beauvoir disait plusieurs choses essentielles dans ce livre : 1. que le vieillissement des classes pauvres est un phénomène extrêmement récent, qu’il date du XXème siècle, et qu’il est dû pour une grande part, outre les progrès de l’hygiène et de la médecine, à l’amélioration des conditions d’existence grâce aux luttes sociales. 2. que le vieillissement est extrêmement inégalitaire et reflète les différences de condition économique dans lesquels les individus ont vécu toute leur vie, et dans lesquelles ils vivent après 65 ans. 3. que les intellectuels sont les plus privilégiés des vieillards, dans la mesure où d’une part, leur condition socio-économique est bonne (il faudrait ajouter pour actualiser ce discours : lorsqu’elle est bonne, eu égard à leur prolétarisation actuelle en salariés plus ou moins précaires), et d’autre part parce que leur travail quotidien leur permet de combattre activement la sénilité ; 4. qu’" une société qui réduit les gens à la fin de leur vie à un sort misérable à la fois économiquement psychologiqueent et sous tous les angles, a quelque chose en elle de pourri [...] Cette situation [celle d’avant la retraite à 60 ans à taux plein qui fut, rappelons-le, un acquis de 1981] n’est pas seulement l’effet d’une politique de la vieillesse mais de toute la vie humaine, parce qu’on traite les gens comme étant des instruments, des machines et non pas des hommes [...] si bien qu’il ne suffit pas d’une bonne hygiène une fois qu’ils sont vieux pour pouvoir garder une santé, ils sont déjà ruinés, usés."

Simone de Beauvoir analyse en outre dans ce livre ce qu’elle appelle le "mythe" de la vieillesse comme "sagesse" : elle rappelle que ce mythe a été forgé pour dédouaner les sociétés de la réalité du fait qu’elles ont toujours traité leurs vieillards comme des parias - à l’exception de ceux appartenant aux classes dirigeantes, pour lesquels ce mythe a été forgé. Elle insiste pour dire que l’envers de ce phénomène général d’exclusion est l’existence récurrente d’une gérontocratie puissante dans les classes privilégiés, qui existe toujours dans nos sociétés (il suffit de regarder l’âge de ceux qui ont la parole dans l’espace public, dirigeants, experts, intellectuels de renom : ceux-là, bien sûr, sont tous favorables à la réforme des retraites qui ne les concernent en rien).

© Laurent Margantin _ 22 octobre 2010

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