Œuvres ouvertes

Wilhelm Genazino dans un monde sans littérature

encore un auteur essentiel qui ne trouvera que quelques centaines de lecteurs

En l’espace de quelques mois, j’ai découvert trois auteurs allemands qui, à côtés des grands aînés (Grass et Handke, qui est d’ailleurs autrichien), me paraissent illustrer la vitalité de la littérature contemporaine outre-Rhin : Ingo Schulze, Marcel Beyer, et tout récemment Wilhelm Genazino, dont je viens de lire Le bonheur par des temps éloignés du bonheur.

Je mettrai bientôt en ligne un compte-rendu de ce livre, mais j’ai eu envie que ce soit dans le cadre d’une nouvelle rubrique, spécialement consacrée à cette littérature allemande en train de se faire, et que quelques éditeurs en France - pas très nombreux - ont le courage de rendre accessible.

Né en 1943, Wilhelm Genazino est un écrivain reconnu en Allemagne (il a notamment obtenu le prestigieux prix Georg Büchner en 2004). Et pourtant, parmi ses dizaines de livres déjà parus, Le bonheur par des temps éloignés du bonheur n’est que le cinquième traduit en français, alors que Genazino a déjà 67 ans... Raison de plus pour saluer une nouvelle fois la maison d’édition Christian Bourgois (voir la page consacrée à Genazino, même si on ne peut y lire aucun texte de l’auteur).

Comment sortir de l’impasse actuelle ? Tant d’écrivains étrangers essentiels - je pense à Kofler en Autriche - injustement ignorés parce qu’ils ne sont traduits que de manière fragmentaire et par des éditeurs certes courageux mais souvent confidentiels. Je pense au rôle de passeur de la littérature latino-américaine joué par Roger Caillois chez Gallimard avec sa collection la Croix du Sud, des dizaines d’auteurs qui, grâce à l’engagement fort d’un éditeur reconnu, trouvèrent un lectorat significatif en France et en Europe.

Qu’un auteur comme Genazino ne trouve qu’au mieux quelques centaines de lecteurs en français est tout simplement honteux. Qu’il n’existe pas un programme d’aide pour qu’une dizaine voire une vingtaine d’auteurs essentiels en langue allemande aujourd’hui soient correctement traduits et édités est affligeant, quand on pense qu’il s’agit du pays voisin.

On pourra toujours se consoler en allant, grâce à Internet, directement à la source, écouter Wilhelm Genazino lire un extrait de son récit, et évoquer ses personnages perdus dans un monde de consommation où l’absurde est quotidien, un symbole parmi beaucoup d’autres étant ces vendeurs de supermarché portant des tee-shirts sur lesquels on peut lire : "Nous aimons les produits alimentaires". Et si, au fond, on ne voulait pas que cette parole qui questionne et remet en question soit diffusée dignement ?

© Laurent Margantin _ 3 novembre 2010

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