Œuvres ouvertes

Je donnai l’ordre d’aller chercher mon cheval à l’écurie

février 1921

Je donnai l’ordre d’aller chercher mon cheval à l’écurie. Le valet ne me comprit pas. J’allai moi-même à l’écurie, sellai mon cheval et le montai. J’entendis une trompette sonner au loin et demandai ce que cela signifiait. Il l’ignorait et n’avait rien entendu. Alors que j’allais franchir la grande porte, il me retint en me demandant : « Où vas-tu ainsi sur ton cheval, maître ? » « Je ne sais pas », dis-je, « je veux juste partir d’ici, juste partir d’ici. Ne cesser de partir d’ici, c’est seulement comme cela que je pourrai atteindre mon but. » « Tu connais donc ton but ? », me demanda-t-il. « Oui », répondis-je, « je viens de le dire, partir d’ici, tel est mon but. » « Tu n’as pas de provisions avec toi », dit-il. « Je n’en ai pas besoin, le voyage est si long que je devrai mourir de faim si je ne trouve rien en chemin. Il n’y a pas de provisions qui puissent me sauver. Par bonheur, c’est un voyage vraiment immense. »

© Franz Kafka _ 31 décembre 2010

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