Œuvres ouvertes

Thomas Bernhard n’est pas mort

un nouveau livre

Voici, après Mes prix littéraires, un deuxième livre posthume de Thomas Bernhard qui surgit en librairie en Allemagne, vingt ans après sa mort. Il s’agit de quatre récits parus dans des journaux que Bernhard voulait rassembler de son vivant, il en avait notamment parlé à son éditeur, Siegfried Unseld, puis, pris par l’écriture d’Anciens maîtres, l’achèvement d’Extinction et sa pièce de théâtre Place des héros, il n’avait pu réaliser ce projet éditorial.

Avec ce livre est confirmée la place de Bernhard comme un de nos grands écrivains contemporains, considérablement plus contemporain que ne le sont nombre d’auteurs vivants. Dans le premier récit qui donne son titre au livre, Goethe schtirbt (soit Goethe meurt, mais mâtiné en allemand de l’accent autrichien, schtirbt au lieu de stirbt), c’est l’une des scènes inaugurales de la littérature allemande qui se trouve ébranlée : sur son lit de mort, le maître de Weimar demande qu’on fasse venir Wittgenstein d’Angleterre, et ses derniers mots n’auraient pas été Mehr Licht !(Plus de lumière !), mais : Mehr nicht ! (Pas plus !), propos qui auraient été « corrigés » par ses proches. Ainsi, c’est encore une figure d’ancien maître à laquelle s’attaque Bernhard, le maître par excellence de la littérature allemande.

Lecture ce matin du deuxième récit intitulé Montaigne : là, pas de distance ironique (Bernhard est plus cruel avec les peintres ou les écrivains qu’avec les philosophes), mais l’affirmation d’une adoration pour les Essais que le personnage du récit dérobe dans la bibliothèque de ses parents pour aller les lire dans l’obscurité d’une tour : « Montaigne a toujours été mon sauveur », peut-on lire, Montaigne figure centrale de cette « grande famille philosophique française » à laquelle Bernhard reconnaît à plusieurs reprises une dette infinie.

© Laurent Margantin _ 11 novembre 2010

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