Oeuvres Ouvertes

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Le malheur du célibataire

première version dans le journal, 14 novembre 1911

Rester célibataire paraît si cruel : vieux, alors qu’on veut passer une soirée en compagnie d’autres hommes, prier qu’on vous accueille tout en conservant difficilement sa dignité ; être malade et voir de son lit pendant des semaines la chambre vide ; prendre toujours congé devant la porte de la maison ; ne jamais remonter les escaliers aux côtés de sa femme ; n’avoir dans sa chambre que des portes latérales conduisant à des appartements voisins ; apporter son dîner dans une main jusqu’à chez soi ; devoir admirer les enfants des autres et ne pouvoir constamment répéter : « Je n’en ai pas » ; s’imaginer à quoi ressemblent et ce que font un ou deux célibataires de vos souvenirs de jeunesse.
Ainsi faudra-t-il vivre, sauf qu’en plus, demain et puis les jours suivants, il faudra soi-même être là avec un corps et une tête bien réelle, et donc aussi avec un front pour se le frapper de la main.

Première mise en ligne le 13 novembre 2010

© Franz Kafka _ 1er mars 2015

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