Œuvres ouvertes

Retour à Kafka

traduire, écrire

Kafka pour moi, ça a été longtemps Le Procès, Le Château et La Métamorphose lus au temps du lycée en français. Puis, quelques années plus tard, lecture du Disparu (der Verschollene), ou Amerika, cette fois-ci en allemand. J’avais bien sûr été marqué par les premières lectures en français, mais en lisant dans le texte original j’avais bel et bien découvert un nouvel auteur : j’admirais la netteté du style, une certaine simplicité (à côté du contemporain Walser, Kafka est simple à lire), et puis surtout cette tonalité étrange, souvent ironique, très loin donc de la noirceur à laquelle on associe l’œuvre en France, réception marquée par les études si fortes de Blanchot, mais qui passent souvent à côté de cette anecdote qu’il ne faut jamais oublier : lisant ses textes à ses amis, Kafka riait, comme il riait en lisant Walser.

Je ressentais depuis quelques temps le besoin de revenir au texte de Kafka, tel qu’il est abordé d’ailleurs par François Bon : le Journal, ramené en mai 2008 d’un voyage en Allemagne ; les « morceaux », toutes ces histoires que Max Brod a découpées du Journal, leur donnant un titre – édition des versions originales dans l’ordre chronologique ramenée de Tübingen l’été 2009. Glissement vers cette part toujours inachevée de l’œuvre, qui donne à lire les récits les plus connus selon une autre perspective. Sans doute me fallait-il passer par Walser, découvert ces dernières années, et dernièrement par Kleist, dont Kafka est si proche quand il s’agit de passer du plus anecdotique, du plus « réaliste » à une dimension onirique ou fantastique qui ne se sépare jamais de l’observation la plus quotidienne.

Traduire n’est pas autre chose qu’écrire au fond : on met les mots de sa langue (les mots qu’on a faits siens) sur des émotions ressenties, ici en lisant le texte d’un autre dans une langue étrangère, là en captant des flux qui sont aussi un langage inconnu et dont on décèle les rythmes et les couleurs. Traduire est donc (ou devrait toujours être) un exercice d’écriture : on y avance aussi dans sa langue, on écrit à partir du texte de l’autre ce qui n’est finalement qu’à soi, et on progresse, du moins j’espère, vers de nouvelles formes d’écriture. Reste que, pour avoir tenté moi-même l’écriture de courts récits, les fragments de Kafka me paraissent singulièrement proches.

A découvrir donc, ici, ces quelques essais de traduction de textes pour certains déjà traduits par Marthe Robert dans l’édition de la Pléiade (que je n’ai pas avec moi ici), au rythme d’un ou deux par jour, rythme que j’aimerais bien tenir quelques semaines.

Des liens :

Traduction des courts récits sur Oeuvres ouvertes

François Bon / "Abandonne" et autres ultra-courts et Chez Kafka il n’y a que du bord

Laurent Margantin / Kafka, transparence et opacité

Courts récits de Kafka en allemand

Edition critique allemande de Kafka

© Laurent Margantin _ 18 février 2011

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