Éditions Œuvres ouvertes

La randonnée en montagne

Mars 1910

« Je ne sais pas, criai-je sans qu’un son s’échappe de ma bouche, je ne sais vraiment pas. Si personne ne vient, eh bien personne ne vient. Je n’ai rien fait de mal à personne, personne ne m’a fait de mal, mais personne ne veut m’aider. Absolument personne. Mais les choses ne sont pas tout à fait comme ça. Juste que personne ne m’aide –, sinon ce serait joli, absolument personne. J’aimerais beaucoup – et en effet pourquoi pas ? – faire une randonnée en compagnie d’absolument personne. Naturellement en montagne, où sinon ? Comment ces Personnes se presseraient l’une contre l’autre, tous ces bras tendus et pendus de travers, tous ces pieds séparés par des pas minuscules ! Evidemment, elles seraient toutes en costume. Nous allons de-ci, de-là, le vent passe par les brèches que nous et nos membres laissons ouvertes. Les gorges se libèrent en montagne ! C’est un miracle que nous ne chantions pas. »

Première mise en ligne le 23 novembre 2010

© Franz Kafka _ 1er mars 2015

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