Éditions Œuvres ouvertes

Voir Julien Gracq à Saint-Florent-le-Vieil

par Anthony Poiraudeau

La photographie date de début 2001 probablement. Ce doit être l’hiver, février peut-être, mars peut-être. Une journée grise et fraîche emplissant de pluie fine ou d’eau de brume en suspension tout l’air des bords de Loire. Une journée partagée avec quelques amis, balades et déjeuner, et ce jour nous sommes à Saint-Florent-le-Vieil, à mi-distance environ de Nantes et d’Angers, un beau village sur les bords de la Loire, de belles berges sagement ensauvagées dans un paysage nonchalant et diffus, un vieux bourg en ruelles escarpées menant au parvis d’une élégante abbatiale.

Ce jour, nous nous étions fait le plaisir un peu juvénile, et coutumier des touristes, de nous prendre les uns et les autres en photographie devant une maison bourgeoise grise, rue du Grenier à Sel, à quelques pas de la Loire, et déjà à la limite du bourg de Saint-Florent. Cette maison très commune doit sa célébrité dans le monde littéraire français, car elle en dispose d’une, à ceci : c’est la maison natale de Julien Gracq, et celle où il vécut les dernières décennies de sa vie. Quelques jours avant son décès à l’hôpital d’Angers, le 22 décembre 2007, il y résidait encore. C’est là qu’il vivait quand nous sommes passés ce jour à Saint-Florent-le-Vieil, et peut-être était-il derrière ces murs gris alors que nous autres nous photographiions devant eux. Sur l’image, j’ai vingt-deux ans je pense, et la cigarette sans filtre qu’enserrent mes lèvres est surtout là pour singer la posture de grandes figures d’écrivains fumeurs de cigarettes brunes, ne présentant pas d’extrémité ocre autour du filtre, contrairement aux blondes avec filtre - celles vendues en France du moins. Des figures admirées et des postures alors quelque peu enviées, et certainement les unes et les autres considérées comme un même chemin espéré pour la vie à suivre - Albert Camus, André Malraux peut-être, d’autres certainement, et Julien Gracq. Sauf que je n’ai en rien l’allure d’un écrivain de la France des années 1930 ou 1950 - je devais dès lors en avoir conscience et ne guère y accorder d’importance.

Si nous étions ce jour à Saint-Florent-le-Vieil devant cette maison, c’est notamment parce que peu d’auteurs ont une importance aussi considérable que celle de Julien Gracq dans mon rapport à la littérature - à ce jour, ils doivent être, hormis lui, en tout et pour tout deux. Et Gracq occupe la position à jamais particulière d’avoir été pour moi le premier. À dix-neuf ans, c’est en lisant Julien Gracq, d’abord Un Balcon en forêt grâce à un professeur de littérature très estimé (M. Keryhuel, de l’Université de Nantes, hommage lui soit rendu), que j’ai pour la première fois éprouvé ce que la littérature pouvait contenir et distiller d’immense ; et qu’elle pouvait relever d’une importance vitale et existentielle. Que la littérature pouvait être ce territoire de part en part ouvert où ces besoins existentiels et comme vitaux pouvaient trouver une forme, d’innombrables formes. Je découvrais en même temps qu’un roman pouvait être un gigantesque poème en prose, ainsi qu’un inépuisable réservoir de beauté, d’envoûtements et de mystères. À cet âge à peine postérieur à l’adolescence, j’aspirais à ne plus lire pour ma distraction tout en y prenant plaisir ; devant l’œuvre de Julien Gracq, j’y étais. Pour la première fois, sentir qu’on lit car des vérités plus profondes sur le monde vont vous être données, et que sa propre vie prend à mesure de l’épaisseur.
Je commençais avec Julien Gracq une nouvelle vie de lecteur, qui ne manquerait pas d’être régulièrement contrariée, où il devient à la fois douloureux et excitant de toujours constater qu’il est humainement impossible de lire tout ce que l’on voudrait. D’abord, je voulus lire tout Julien Gracq, ce que je n’ai toujours pas fait à ce jour, et lut donc les uns à la suite des autres tous les romans, et La Forme d’une ville, Les Eaux étroites, Liberté grande, d’autres encore. Les deux premiers volumes de Pléiade que je possédai furent le couple regroupant les œuvres complètes de Gracq. Pour en ajouter encore à cette profusion de textes dont devoir se faire camarade, il y a la grande richesse intertextuelle des œuvres de Gracq, qui ouvre d’innombrables voies vers d’autres auteurs, qui en ouvrent eux-mêmes d’innombrables à leur tour. C’est là, en m’engouffrant dans cet infini labyrinthe textuel, que je suis entré dans la littérature.

Au cours des premières années de la décennie 2000, la balade à Saint-Florent-le-Vieil était presque devenue une habitude pour ces quelques amis et moi, il est vrai que nos familles n’en vivent pas très loin. Lors de la première visite ici (non préméditée, un détour devenu obligatoire lorsque nous vîmes le nom de la petite ville sur un panneau indicateur en bord de route), nous avions choisi d’y déjeuner et nous optâmes pour un restaurant avec vue sur la Loire, proche de la maison grise. Aussitôt entré, je fus comme stupéfait, Julien Gracq y était attablé, vieil homme semblant alerte pour l’âge que je lui savais (alors environ quatre-vingt-dix ans), accompagné de quelques personnes de toute évidence venues ici pour s’entretenir avec lui de littérature. On nous attribua une table à quelques mètres. Étourdi, un peu euphorique certainement, je peinais à ne pas fréquemment porter mon regard sur le vieil homme.

Je ne sais pas qui étaient ces gens qui l’accompagnèrent ce midi à table, ils font en tout cas partie d’un assez large ensemble de personnes venues au moins une fois rendre visite à Julien Gracq à Saint-Florent-le-Vieil. Car la visite à Julien Gracq à Saint-Florent-le-Vieil relève aussi d’une certaine forme de coutume, discrète, au sein du milieu littéraire français. Les écrivains, critiques et journalistes étant nombreux parmi ces visiteurs, si l’on considère comme genre littéraire les textes relatant la visite de leur auteur à un écrivain, une subdivision de ce genre est le récit de visite à Julien Gracq à Saint-Florent-le-Vieil. Il n’y a là rien de tapageur, car le tapage est étranger au choix sincère et serein du retrait qui fut toute sa vie celui de Gracq, et ceci rejaillit amplement sur la littérature qui lui est consacrée, mais le nombre relativement important de personnes venues à Saint-Florent rencontrer Gracq et l’ayant relaté fait aussi de cette pratique un topos de la vie littéraire, parmi d’autres bien plus publics que celui-ci et de bien des manières à celui-ci opposés, la rentrée de septembre et les prix de l’automne par exemples. Ceci n’empêche pas de très beaux récits de visite à Julien Gracq à Saint-Florent-le-Vieil d’avoir été écrits.

J’avais lu déjà un certain nombre de ces textes, de ces articles et récits, et j’avais connaissance de cet usage, et d’un de ses passages obligés et figures récurrentes : la correspondance avec Julien Gracq. Il y est dit que Julien Gracq répond aux lettres qu’on lui envoie. L’ayant su, l’idée de lui écrire et, il faut le reconnaître, plus encore l’idée qu’il me réponde me fit très grande envie. Mais lui écrire à quel sujet, pour quoi lui dire ? Sans un tel mobile je m’abstins, encouragé en cela par la réponse de Gracq à une question que, curieusement, lui posèrent à plusieurs reprises des personnes auxquelles il avait accordé des entretiens : la rencontre avec la personne des écrivains ne relève d’aucun intérêt particulier. Selon lui, ce qu’a à dire un écrivain, en tant qu’écrivain, est intégralement contenu dans son œuvre. Ce qu’aurait à délivrer un écrivain en tant qu’homme n’aurait pas plus de spécificité ou d’intérêt que ce que pourrait délivrer de la même manière tout un chacun. Je suis largement d’accord avec lui à ce sujet, ce qui implique qu’il reste une réelle possibilité de rencontrer en la personne d’un écrivain un être humain passionnant. Et à tout le moins, le plus privilégié des témoin d’une œuvre admirée, celle qu’il a écrite. Bien que très en retrait, Julien Gracq lui-même pratiqua un peu la compagnie des écrivains, il fut dans les années 1930 l’ami d’Henri Quéffélec, bien plus tard celui d’Ernst Jünger, et rencontra de nombreuses fois André Breton - sa fréquentation tant amicale que lectrice de Breton fut d’ailleurs d’une grande importance dans son œuvre et sa vie personnelle, quand bien même il conserva toujours des distances avec le surréalisme. Aller à la rencontre de l’individu écrivant par amour de son œuvre écrite relève fort souvent du fétichisme, de l’idolâtrie et d’une certaine forme de narcissisme quelque peu piteuse, car grand est le risque de considérer que l’on est soi-même de meilleure valeur ou d’un intérêt supérieur du fait de sa fréquentation, épistolaire ou physique, d’une figure admirée, qui vous contaminerait en quelque sorte d’un peu de son admirabilité. Cependant il reste les irrépressibles estime et affection que l’amoureux ou l’amoureuse d’une œuvre peut également porter à la personne l’ayant produite. Je ne saurais condamner ceci, et je les connais moi-même sans en ressentir de honte.

Aussi, je finis par écrire à Julien Gracq quelques mois plus tard, fin novembre ou début décembre 2001 - ou bien c’est à Louis Poirier que j’écrivis, je ne sais, puisque Julien Gracq est un pseudonyme. J’entreprenais alors une recherche universitaire sur deux artistes contemporains anglais, Richard Long et Hamish Fulton, dont l’action artistique fondamentale est la marche à pied dans des territoires ruraux ou sauvages, ces marches étant transmises aux spectateurs sous formes de photographies, de cartes et de courts textes. Tout en ayant une grande estime et une réelle admiration pour les œuvres de ces deux artistes, je savais très bien que ce que je cherchais chez eux me venait de Julien Gracq, et venait de ce qui en moi me fut révélé par Julien Gracq. Je cherchais à cerner l’envoûtement de l’étendue, le charme que recèle en lui-même l’espace, et le choc esthétique et existentiel que font tonner en nous certaines perceptions du paysage. Quelques phrases de Julien Gracq étaient l’intégralité du fond de cette recherche, elles formulaient comme on fait exploser une bombe ce que je voulais déplier dans ces paysages arpentés par la marche. Il y a : "Tout grand paysage est une invitation à le posséder par la marche ; le genre d’enthousiasme qu’il communique est une ivresse du parcours. [...] Cette brume ensoleillée comme une gloire est indissolublement à la fois le point de fuite du paysage, l’étape proposée de notre journée, et comme la perspective obscurément prophétisée de notre vie." (Julien Gracq, En lisant en écrivant, Paris : José Corti, 1980, p. 87). Ainsi que : "Au fond, un grand panorama, c’est une projection d’un avenir dans l’espace, et c’est une sorte de chemin de la vie - mais un chemin de la vie que l’on choisirait librement. Parce que dans ce paysage on a le sentiment que l’on peut aller partout, on a une impression de liberté étonnante." (Julien Gracq, "Entretien avec Jean-Louis Tissier" (1978), in Entretiens, Paris : José Corti, 2002, pp. 36-37).

La lettre de l’automne 2001 que j’écrivis à Julien Gracq avait un motif et un sujet précis, je lui exposais mon projet de recherche, le rapport que son œuvre entretenait avec celui-ci, je lui demandais aussi s’il lui trouvait une quelconque pertinence, et en quelque sorte une forme d’assez absurde autorisation morale à l’entreprendre (je n’avais pas besoin d’autorisation légale spécifique dans le cadre universitaire). Je poussai le vice jusqu’à proposer une visite à Saint-Florent-le-Vieil afin que je puisse m’entretenir avec lui de quelques points précis et relatifs à la réalisation de mon mémoire. Parce que ma lettre était déplacée, ou parce qu’elle ne présentait pas d’intérêt pour lui, ou parce qu’elle lui fut envoyée à un mauvais moment, il n’y répondit pas. Je n’allais pas rejoindre ceux qui avaient gagné la possibilité de faire le récit de leur correspondance réciproque avec Julien Gracq. Si j’en ai tiré certainement un peu plus de mépris de moi-même, l’absence de sa réponse ne m’a jamais semblée incorrecte de sa part - ma lettre demeurait souterrainement motivée par le simple désir de le rencontrer pour exciter mon idolâtrie personnelle à son égard, tout ce qu’il n’a pas à recevoir et qui ne m’aurait rien offert d’authentiquement valable. La recherche que je débutais n’était dans cette correspondance qu’un prétexte, son œuvre que je relisais alors était une source intégralement et largement suffisante pour mener mon travail puisque tout y étais, et comment ! Et d’ailleurs, c’est ainsi que je fis.

Après avoir fini ce mémoire universitaire, je me décidai à le faire parvenir à Julien Gracq. Dans cette décision travaillait aussi et toujours, certainement, l’envie de se donner une nouvelle chance de déplacer mon amour pour l’œuvre de Julien Gracq sur le terrain de la relation entre personnes couronnée de réciprocité. Après avoir tout simplement pensé lui faire parvenir par courrier postal, je décidai de me rendre à Saint-Florent-le-Vieil et de sonner à sa porte pour le lui remettre. Et si jamais il n’était pas là, alors je le lui posterai. C’est ce que je fis le 30 décembre 2003. Je me rendis, seul cette fois, jusqu’à Saint-Florent-le-Vieil. C’était une belle après-midi froide et ensoleillée. Une seule paire de volets était ouverte à la maison grise, à gauche de la porte d’entrée sur la façade, à l’étage inférieur. Je partis marcher une demi-heure environ dans les rues en pente du bourg pour me donner du courage, puis je revins et sonnai à la porte du mur de clôture de la propriété. La pression sur le bouton de la sonnette ne déclencha aucun son qui me fut perceptible, j’attendis quelques secondes qui me semblèrent très longues et j’entendis la porte d’entrée de la maison s’ouvrir, quelques mètres à ma droite. L’homme que j’étais venu voir s’avança un peu sur la terrasse surplombant la rue, une casquette de vieil homme sur la tête et une robe de chambre passée par dessus ses vêtements. Il interrogea ma présence d’une question que j’ai oubliée (est-ce "De quoi s’agit-il ?", "Qu’y a-t’il ?", "Que voulez-vous ?", une autre ?), d’un ton assez ferme. Je rassemblai mes esprits pour lui délivrer les quelques phrases que j’avais prévues et qui devaient lui présenter clairement et succinctement les raisons de ma présence ici, le mémoire à lui remettre, le désir de le rencontrer, les excuses de le déranger. Des excuses de le déranger que je souhaiterais aujourd’hui encore lui renouveler s’il vivait encore - j’éprouve toujours une légère honte d’avoir sonné chez lui sans avoir rendez-vous.

Je n’excluais pas du tout qu’il me congédiât lorsqu’il me dit de monter (ma démarche lui laissait-elle vraiment le choix ? Peut-être pas véritablement et c’est finalement ce que je me reproche toujours un peu). J’ouvris la porte devant laquelle j’avais récité l’introduction de moi-même, montai l’escalier jusqu’à la terrasse où il m’attendait. Nous nous serrâmes la main, je ne sais plus ce que je lui dit alors, il me fit entrer. Derrière la porte un couloir et par la première porte à gauche la pièce dont les volets étaient ouverts. Le salon dont j’avais vu quelques photographies dans des ouvrages biographiques et illustrés : un lit au fond que les photos ne montrent pas, les quelques tableaux et dessins aux murs, les quelques meubles et commodes en bois, le fauteuil club brun, la table accueillant des piles de livres près de la fenêtre, la fenêtre elle-même tournée vers la Loire mais depuis laquelle on voit mal le fleuve derrière les arbres, tout ceci sauf le lit tel que vus sur les photos, et à gauche de la fenêtre, dans un coin de la pièce, un assez grand téléviseur noir, de marque Radiola (pourquoi ai-je retenu ce détail ?). Il m’indiqua une chaise sur laquelle je m’assis, près de la table, et il en prit une pour lui-même. Je lui donnai les deux volumes de mon mémoire et lui fournis davantage de détails à son sujet, je ne sais plus lesquels, je lui développai un peu plus aussi le rôle que son œuvre y tenait. Il feuilletait, fit je crois une allusion au land art en disant qu’il le connaissait mal (ou est-ce mon imagination qui modifie mes souvenirs ? Comment puis-je n’avoir pas précisément retenu ceci ?). Je donnai quelques éléments pour indiquer la position particulière que Richard Long et Hamish Fulton, tous deux Anglais, occupent parmi les artistes majoritairement américains du land art. Il remarqua en parcourant le volume iconographique que ma recherche était "très illustrée", et ajouta que c’était normal étant donné le sujet sur lequel elle portait. Nous échangeâmes quelques phrases sur le paysage et la géographie, je ne l’amenai pas sur ce terrain de façon à ce que la conversation puisse n’être pas convenue. Il m’interrogea un peu sur moi, ce que je faisais et voulais faire. Je lui répondit mes ambitions de chercheur, il me conseilla d’également préparer l’agrégation. Il releva que mon nom était vendéen, je lui indiquai d’où je venais, Saint-Hilaire-de-Riez, en sachant qu’il avait dans cette commune une petite propriété avec vue sur la mer. Nous parlâmes donc un peu de Saint-Hilaire-de-Riez, il me précisa où se trouvait son appartement là-bas et ajouta qu’il n’y allait plus. Je lui demandai s’il accepterait de me dédicacer quelques livres, il accepta et je sortis de mon sac La Forme d’une ville, Le Rivage des Syrtes et le volume d’Entretiens. Il prit quelques instants pour dédicacer les trois livres et me raccompagna à la porte d’entrée, nous nous serrâmes la main sur la terrasse, il me remercia pour la visite et s’excusa de ne pas me raccompagner en bas des escaliers jusqu’à la porte du mur de clôture. Nous avons passé une vingtaine de minutes ensemble.

Finalement, je crois être surtout venu pour les mauvaises raisons que j’ai déjà dites, une certaine idolâtrie, un certain fétichisme, un certain narcissisme - je ne voulais probablement pas me l’avouer alors. Même si mon amour de l’œuvre et mes estime et respect de l’homme sont immenses. Je ne me forcerai donc pas à dire que c’était un moment extraordinaire car les conditions dans lesquelles eut lieu cette visite ne permettaient pas que c’en fût un. C’est un souvenir particulier pour moi certainement, mais je ne me défais pas de l’idée que c’était un moment volé, comme il y a des baisers volés, bien qu’il n’ait pas dû lui être désagréable. Pas sûr cependant qu’il lui ait été agréable pour autant.

En sortant de chez Julien Gracq, je longe à nouveau les berges de la Loire avant de prendre vers le sud jusqu’au clocher de Notre-Dame-du-Marillais et du petit bourg qui l’entoure. D’ici on peut suivre à pied l’Èvre sur plusieurs centaines de mètres, un à deux kilomètres peut-être. C’est un minuscule affluent de la Loire - son confluent avec le fleuve un peu plus au nord est inaccessible - dont on peut suivre en barque le cours. Julien Gracq a tiré de la fréquentation de cette rivière un de ses plus beaux livres, Les Eaux étroites. Un livre court intégralement envoûtant, magnétique, je crois même magique. Je suis le cours de l’Èvre tant qu’il est possible pour un piéton de le faire ; puis je reviens sur mes pas, jusqu’à ma voiture que j’avais stationnée sur la petite place à la sortie du pont qui enjambe la Loire, non loin de sa maison grise, du restaurant où nous l’avions vu un midi quelques années auparavant. La nuit tombe, je rentre à Saint-Hilaire-de-Riez dont j’ai plus tôt cet après-midi parlé quelques instants avec lui.

Texte mis initialement en ligne sur le blog futiles et graves.

© Anthony Poiraudeau - 2009 (texte)

© Cédric Pageau - 2001 (image)

Première mise en ligne sur OeO le 24 décembre 2009

© Anthony Poiraudeau _ 28 août 2013

Messages

  • Je n’ai pas les mérites ni le talent de Monsieur Poireaudeau mais en lisant son texte je comprends fort bien l’émotion qu’il a pu ressentir lorsqu’il a aperçu le grand écrivain à sa table de restaurant et je mesure l’appréhension qui a dû être la sienne lorsqu’il "s’est permis" d’aller sonner à sa porte (mais n’était-ce pas cette hardiesse soudaine des timides ?!)

    Un fil conducteur le portait : le mémoire qu’il avait rédigé et voulait lui montrer.

    Je n’avais rien de tel cet après-mdi lorsque je suis allé pour la première fois à Saint-Florent le Vieil, me contentant de regarder ce qui est advenu de sa maison et de chercher sa tombe au cimetière.

    Pendant des années j’ai pensé ainsi venir dans ce village et aller au restaurant pour tenter de l’apercevoir,mais sans vélléité de conversation (il n’était pas des plus communicatif)seulement pour découvrir ce joli coin des bords de Loire et essayer de comprendre ce en quoi le paysage avait fait naître d’idées chez lui ; et puis il est décédé et le rêve s’est arrêté.Il faut toujours tenter de réaliser ses projets : j’ai pu ainsi échanger quelques mots l’an dernier avec l’écrivain Patrick Deville, plus accessible, et ce sont ses mots à lui qui me resteront comme l’imporance de la rencontre .

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