Oeuvres Ouvertes

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Grand bruit

Ecrit en novembre 1911, publié en octobre 1912 dans la revue "Herderblätter"

Je suis assis dans ma chambre au quartier général du bruit de tout l’appartement. J’entends toutes les portes claquer, à cause de leur bruit seuls les pas de ceux qui marchent de l’une à l’autre me sont épargnés, j’entends même le choc des portes du fourneau qu’on ferme dans la cuisine. Le père enfonce les portes de ma chambre et la traverse dans sa robe de chambre traînant sur le sol, dans le poêle de la chambre à côté on racle les cendres, Valli demande en criant chaque mot à travers l’antichambre si le chapeau du père a bien été brossé, un sifflement qui se veut mon ami fait s’élever le cri d’une voix qui répond. On appuie sur la poignée de la porte de l’appartement et celle-ci fait le bruit d’une gorge enrhumée, la porte continue à s’ouvrir en produisant un son comme celui d’une voix de femme et se ferme enfin sous le coup sourd d’une main d’homme, coup qui paraît être le plus brutal. Le père est parti, à présent commence, dirigé par le chant des deux canaris, un bruit plus léger, plus diffus, plus dénué d’espoir. J’y ai déjà pensé jadis, et j’y repense à cause des canaris : ne devrais-je pas entrouvrir la porte pour ramper comme un serpent dans la chambre d’à côté et, couché sur le sol, prier mes sœurs et leur bonne d’être silencieuses ?

© Franz Kafka _ 5 décembre 2010

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