Œuvres ouvertes

Il était une fois un jeu de patience

Juin 1922

Il était une fois un jeu de patience, un jeu simple et bon marché, pas beaucoup plus gros qu’une montre et sans fonctions surprenantes. Dans la surface en bois peinte en rouge foncé, quelques fausses pistes de couleur bleue menaient à une petite case. Il fallait d’abord mettre la bille également bleue sur l’une des pistes en inclinant et en agitant le jeu, puis dans la case. Le jeu était fini quand la bille était dans la case, et si l’on voulait recommencer, il fallait sortir la bille de la case en agitant. L’ensemble était recouvert d’un verre épais et bombé, on pouvait mettre le jeu de patience dans sa poche et l’emmener avec soi, l’en tirer et jouer avec n’importe où.
Si la bille n’avait rien à faire, elle allait la plupart du temps de ci de là dans la partie supérieure, les mains dans le dos, évitant les pistes. Elle pensait qu’on l’avait assez tourmentée avec les pistes et qu’elle avait largement le droit de récupérer dans la surface libre quand on ne jouait pas. Elle allait d’un train ample et prétendait qu’elle n’était pas faite pour les pistes étroites. C’était en partie vrai, car les pistes pouvaient effectivement à peine l’attraper, mais c’était également faux, car en vérité elle était très précisément adaptée à la largeur des pistes, même si elle ne devait pas s’y sentir à son aise, car sinon cela n’aurait pas été un jeu de patience.

© Franz Kafka _ 20 décembre 2010
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