Oeuvres Ouvertes

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Une voix venue d’ailleurs

une voix amie recueillie dans des livres

Dans la boîte aux lettres cette semaine, un colis de livres, et pas n’importe lesquels puisqu’en plus de l’importance de leurs auteurs ils ont tous appartenu à Marc Bonneval, professeur et ami disparu en mai dernier.

Parmi ces livres, Une voix venue d’ailleurs de Maurice Blanchot, et soulignées à la page 53, dans « La Bête de Lascaux », ces lignes :

Comme la parole sacrée, ce qui est écrit vient on ne sait d’où, c’est sans auteur, sans origine et, par là, renvoie à quelque chose de plus originel.

Marc a aussi souligné les deux derniers mots de cet autre passage à la page suivante :

Ce qui le (Socrate) frappe le plus, ce qui lui paraît « terrible », c’est, dans l’écriture comme dans la peinture, le silence, silence majestueux, mutisme en lui-même inhumain et qui fait passer dans l’art le frisson des forces sacrées, ces forces qui, par l’horreur et la terreur, ouvrent l’homme à des régions étrangères.

Régions étrangères que m’ouvrent aussi ces livres d’un disparu, par leur diversité, leur étrangeté justement (jamais lu les Ecrits de linguistique générale de Saussure ni La Vie de l’esprit de Hanna Arendt), et par ces notes jusque dans la première page du livre de Blanchot, sous « Anacrouse », le « voir p.42 » de son écriture fine et noble que je reconnais à tant d’années de distance – et elles ne sont rien finalement, ces années, un peu de sable entre les doigts.

Voix disparue de l’ami et du professeur qui me guide donc au-delà de sa mort, par quelques mots tracés dans des livres un peu choisis au hasard, je me laisse guider comme jadis dans ses cours sur Kant ou Epicure (je crois de plus en plus à l’importance de ces voix-là, avant tout enseignantes) :

Pour recourir à un terme qui date de l’antiquité grecque, mais a pris un sens technique (d’ailleurs mal fixé) au cours du XIXè siècle, j’entendrai l’expérience (le contretemps) de Louis-René des Forêts comme une sorte d’anacrouse. L’anacrouse est sans doute chez les Grecs un simple prélude, celui par exemple de la lyre. Dans des exemples du XIXè siècle, elle se complique : dans la première mesure, l’inaugurale, rien ne s’entend ou un ton si faible qu’il semble faire défaut et par là dure sans durée ou plus qu’il ne dure, de sorte qu’après lui ou à partir de lui la note enfin frappée s’élève jusqu’à un éclat parfois prodigieux, éclat ou élan si fort qu’il ne peut que retomber – chute – dans un nouveau silence. Ainsi l’avant et l’après se déplacent et ne se fixent pas dans un lieu déterminé, sans que l’oreille exercée y entende la confusion d’un pêle-mêle.

© Laurent Margantin _ 18 décembre 2010

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