Œuvres ouvertes

Portrait de Novalis par Friedrich Schlegel

Lettre de janvier 1792 à son frère August

Il faut que je te parle de quelqu’un : Le destin a conduit vers moi un jeune homme dont on peut attendre énormément. – Il m’a beaucoup plu et je suis allé vers lui, car il m’a grand ouvert le sanctuaire de son cœur. Je m’y suis installé et prospecte à présent. – Un tout jeune homme, de bonne éducation, avec un visage très fin et des yeux noirs, d’une expression splendide lorsqu’il parle avec feu de quelque chose de beau – un feu d’une ardeur indescriptible - il dit trois fois plus de choses et parle trois fois plus vite que nous autres – très grande rapidité de son intelligence et de sa sensibilité. Grâce à l’étude de la philosophie, il a acquis une grande facilité à former de belles pensées philosophiques – pour lui compte le Beau, et non le Vrai – ses auteurs préférés sont Platon et Hemsterhuis – une des premières soirées passées ensemble, il m’a présenté ses idées avec une ardeur extrême – le Mal n’existe pas en ce monde – et nous nous approchons à nouveau de l’âge d’or. Jamais je n’avais vu ainsi la jeunesse dans sa pureté. Sa sensibilité a une certaine pudeur qui a son origine dans son âme, et non pas dans le manque d’expérience. Car il a été déjà beaucoup en société (il entre tout de suite en contact avec les gens), un an à Iéna où il a fait la connaissance des meilleurs esprits et des philosophes, en particulier Schiller.

Première mise en ligne le 20 décembre 2010

© Friedrich Schlegel _ 5 août 2015

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