Œuvres ouvertes

dit Reger

à partir de Thomas Bernhard

Reger a fait sa première apparition dans le livre de Thomas Bernhard, Maîtres anciens.

« Et puis, qui sait, se dit-il en montant dans le train pour Paris, peut-être trouverai-je en France plus à détester qu’en Autriche ? »

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Le 17 janvier 2011 : Merci à Brigitte Célérier de sélectionner des extraits et de présenter ce texte comme suit sur son blog :

« Comment ne pas être écœuré par ce spectacle une fois par an de dizaines, de centaines de lecteurs de poésie place Saint Sulpice à Paris, s’extasiant devant le moindre poète qui expose par là, lisant à voix basse comme à la messe le plus petit poème qu’ils ont déniché, reniflant le moindre poète et quêtant la moindre lecture de poésie, la moindre signature de poète. Ils assomment leurs enfants de leur bavassage sur la poésie, car ils emmènent toujours leurs enfants avec eux pour les initier à la poésie, leur religion à eux. Ils bavassent à leurs oreilles des poèmes ineptes écrits par des lecteurs de poésie tout aussi bavasseurs. Les lecteurs de poésie sont les véritables destructeurs de la poésie, dit Reger. Les lecteurs de poésie bavassent la poésie à mort. Mon Dieu, me dis-je souvent assis sur un banc de la place Saint Sulpice en voyant passer devant moi les troupeaux soumis des enfants emmenés par leurs parents lecteurs de poésie, spécialistes de poésie, quel dommage pour tous ces enfants à qui la poésie va être enlevée par justement ces spécialistes de poésie, à jamais enlevée, dit Reger. »

Il y a aussi le goût français pour l’ordre et la police, les éditeurs-industriels, les chiens et leurs maîtres (ne sais pourquoi j’ai préféré les poètes, parce qu’ils venaient avant ?), la rentrée littéraire et puis, avant les charges contre « la détestation vulgaire », contre la bonne humeur, la nature que l’on ne peut aimer qu’enfant, il y a la colère contre « la crapulerie de l’État » et cet avis sur les dirigeants

« La moindre parole de ces infâmes personnages est une déjection mentale, dit Reger. La moindre déclaration, la moindre idée, la moindre intention de ces individus infects est une déjection mentale. Rien n’est plus infect que les mots qu’ils emploient. Chacun de leurs mots est chargé d’une puanteur innommable. » Ah ce Reger où va-t-il chercher ça ?

Il finit sur les hommes devenus paquets de viande. Comme chez son premier transcripteur, Thomas Bernhard, il fait, avec l’auteur d’oeuvres ouvertes, preuve de lucidité comiquement hargneuse, il surligne, il grommelle, il revendique un poil de mauvaise foi, juste la quantité nécessaire pour être salubre.

(Brigitte Célérier)

© Laurent Margantin _ 15 janvier 2011

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