Œuvres ouvertes

Henri Michaux | Icebergs

extrait de La nuit remue

Icebergs, sans garde-fou, sans ceinture, où de vieux cormorans abattus et les âmes des matelots morts récemment viennent s’accouder aux nuits enchanteresses de l’hyperboréal.

Icebergs, Icebergs, cathédrales sans religion de l’hiver éternel, enrobés dans la calotte glaciaire de la planète Terre.
Combien hauts, combien purs sont tes bords enfantés par le froid.

Icebergs, Icebergs, dos du Nord-Atlantique, augustes Bouddhas gelés sur des mers incontemplées. Phares scintillants de la Mort sans issue, le cri éperdu du silence dure des siècles.

Icebergs, Icebergs, Solitaires sans besoin, des pays bouchés, distants, et libres de vermine. Parents des îles, parents des sources, comme je vous vois, comme vous m’êtes familiers...

© Henri Michaux _ 7 décembre 2015

Messages

  • Ce poème, je l’ai eu à l’épreuve orale de français au bac en... 1982 ! Depuis il ne m’a jamais quitté. Où que j’aille, où que je sois, quoi que je fasse, je me le récite. Il me suit partout. C’est, face aux temps trop contemplés d’aujourd’hui, comme un garde-fou... Il me voit, il m’est familier.
    J-M