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Oeuvres Ouvertes : Lettre de refus pour libraire, par Nicolas Ancion

Oeuvres Ouvertes

depuis 2000

Lettre de refus pour libraire, par Nicolas Ancion

Vases communicants de juin entre Nicolas Ancion et le Roi des éditeurs

Le roi des éditeurs ayant proposé à l’un ses éminents followers sur Twitter, Nicolas Ancion, de participer aux Vases communicants de juin, j’ai proposé à ce dernier d’accueillir sa contribution sur Oeuvres ouvertes. Je remercie vivement Nicolas d’avoir accepté de prendre part à cette joute verbale dont est très friand le roi des éditeurs, quitte à trucider son adversaire si celui-ci, par malheur, lui est supérieur.

A lire chez Nicolas Ancion Cinq histoire du Roi des éditeurs (8ème semaine), merci à lui pour l’accueil princier...

 

Nicolas Ancion | Lettre de refus pour libraire


La rentrée littéraire se prépare dès le printemps, c’est bien connu. Les journalistes et critiques en vue ont reçu leurs exemplaires des romans de la rentrée, les jurés des prix sont déjà courtisés depuis plusieurs semaines. Et, dès l’été, les livres vont débarquer sur les tables des libraires, sans que ceux-ci aient vraiment le choix. La plupart des titres leurs sont envoyés d’office. Une pratique étrange qui permet aux grandes maisons et à leur distributeur de remplacer le libraire pour la commande des livres. En échange de ce « service », les libraires touchent une remise plus importante sur les livres qu’ils achètent ou se voient octroyer des facilités de paiement.

L’office est un outil magique pour les éditeurs. Il leur permet de choisir eux-mêmes quels livres arriveront en librairie. Ainsi, les derniers livres totalement inintéressants sur les ministres en campagne, les biographies de stars de la télé et les romans soi-disant écrits par des actrices débarquent de force dans presque toutes les librairies. Cette avalanche de livres non choisis contraint les libraires à leur consacrer un peu de leur précieux temps, ne fut-ce que pour déballer les caisses. Ce temps, ils ne l’auront plus, ensuite, pour ouvrir le premier roman d’un inconnu ou le dernier recueil d’un poète qu’ils apprécient pourtant. Encore moins pour regarder les catalogues des petits éditeurs qui ne figurent pas du tout dans l’office des gros.

Les libraires se plaignent souvent de cette situation mais personne ne les aide à résister face à cette malheureuse pratique.

C’est pour cette raison que j’ai pris mal plus belle plume, directement arrachée sur mon oie blanche favorite, pour rédiger un modèle de lettre de refus à adresser aux éditeurs par les libraires.

Ma lettre est simple et passe-partout, un peu anonyme, certes, mais les éditeurs ont depuis belle lurette appris à abuser de cette plume de bois qui évite de trop en dire...

Madame, Monsieur,

J’ai bien reçu les ouvrages de votre rentrée littéraire et je vous en remercie.

Le comité de lecture de notre librairie s’est penché sur vos différents titres et, malgré les qualités indéniables de fabrication (noter ici quelques arguments flatteurs pour l’éditeur), nous sommes au regret de vous informer que vos livres ne correspondent pas à la ligne éditoriale que défend notre magasin. Ils ne pourront donc trouver place sur nos rayonnages.

Ceci n’est en aucun cas un jugement de valeur sur votre travail d’éditeur mais la simple expression d’un choix propre et forcément partial. Nous resterons bien entendu attentifs à vos futures publications.

Étant donné le nombre de titres que nous recevons à la librairie, nous ne sommes pas en mesure de renvoyer tous les livres à leur éditeur. Votre caisse de livres a reçu le numéro XXXX. Elle sera conservée en réserve pendant trois semaines à dater de l’envoi de cette lettre. Durant cette période, il vous est loisible de venir la récupérer sur place. Passé ce délai, ces livres seront détruits ou donnés à de bonnes œuvres.

Nous vous prions d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de nos salutations respectueuses.

Ce modèle est libre de droits, bien entendu, à vous de l’adapter à vos besoins comme il vous chante et de le faire circuler.

Et comme un exemple vaut toujours mieux qu’un long discours, vous trouverez ci-dessous un exemple concret de lettre de refus de libraire personnalisée.

PDF - 49.8 ko

Illustration : Sardon, série "Tampons pour éditeurs"

Première mise en ligne le 3 juin 2010

© Nicolas Ancion _ 19 août 2011

Messages

  • Juste un détail concernant l’office. Une fois arrivé en librairie, l’ouvrage est déjà payé par le libraire. Donc proposer de le détruire, c’est sympa, mais l’éditeur s’en fout, il a touché son chèque, et le libraire n’a plus qu’à compter ses pertes.

    • Merci pour cette précieuse info. Cette lettre, à mes yeux, était un simple canular, sous forme de renvoi en boomerang, de la lettre-type de refus de manuscrit. Je me rends compte qu’en évoquant l’office, je soulève un coin du voile pas très frais, qui recouvre le monde de l’édition. L’office est surtout l’outil qui permet de surproduire sans risque pour les éditeurs. Les libraires paient, les auteurs sont sous-payés, mais la rotation des stocks permet aux éditeurs de vivre. Et aux gros distributeurs de prospérer.

      Voir en ligne : L’office déjà payé

    • Vous parlez pour la France là ? En Belgique, il y a dépot et si les livres ne sont pas vendus ils sont retournés. cela s’appelle les invendus. Ceux que les éditeurs peu scrupuleux essayent de déduire des droits d’auteur de l’auteur. ce n’est que lorsque l’éditeur commande des livres "sec" et qu’il ne les vend pas, que ceux-ci lui restent sur les bras. Voilà pourquoi plus aucun magasin ne prend une seconde fournée de livres quand il a vendu les premiers exemplaires. Mais en France ils font sans doute autrement.

    • Bonjour Chantal,
      Le dépôt de livres existe en Belgique comme en France mais ce n’est pas la méthode de travail habituelle des distributeurs. Le dépôt est réservé aux auteurs du coin, qui ont publié eux-mêmes leurs ouvrages, ou aux petits éditeurs sans distributeur.
      Le fonctionnement normal de la distribution, en Belgique comme en France, est que le libraire achète les livres qu’il reçoit en magasin (il les paie 60 ou 90 jours plus tard, selon le contrat qui le lie avec le distributeur) et qu’il bénéficie d’un "droit de retour" qui lui permettra de se faire rembourser s’il renvoie les livres avant une certaine échéance. D’où l’intérêt de l’office, qui permet au distributeur de choisir à la place du libraire les titres qu’il va devoir payer, dans un premier temps... Même s’il les renvoie ensuite. Il suffira alors d’en proposer plus à l’office, six mois plus tard, pour ne pas devoir rembourser le libraire. C’est ainsi que la machine s’emballe.
      Quant à la "provision pour retours" que les éditeurs retiennent contractuellement sur les droits d’auteurs, elle peut être supprimée lors de la signature du contrat, à la demande de l’auteur, mais les éditeurs n’aiment pas ça ;-)

  • Bonjour,
    Ce que vous comprenez c’est que les gros éditeurs font de la trésorerie et que les libraires sont dans une sorte de servitude - dont les antécédents sont peut-être à étudier - absurde.
    Ces libraires que l’on accuse souvent de ne pas aider au numérique sont en fait un peu perdus, morceau de banquise à la dérive. L’info vient d’une amie exerçant en tant que "présence culturelle" de quartier, depuis des années active lors de salons, de manifestations littéraires locales, etc - ceci en vivant le royal mépris des acteurs dits de la Culture et qu’une FNAC va probablement bientôt écraser encore…

    Serge Meunier - outsider volontaire du monde l’édition qui vaut celui de la phynance

  • Votre billet est en contradiction avec la pratique des lecteurs-clients qui veulent tout tout de suite.
    Avec 25 000 titres papier référencés - et 60 000 en numérique,
    - il paraitrait que Bibliosurf n’a pas atteint la taille
    critique !
    On dit une chose et on fait une autre !

    Voir en ligne : Bibliosurf.com

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