Éditions Œuvres ouvertes

Les gens s’étaient rassemblés. Ensemble ils dessinaient une colonne qui s’étirait pour traverser la ville. Des groupuscules isolés cherchaient l’émeute et trottaient dans les ruelles dessinées selon la rigueur soviétique, à l’écart des drapeaux qui flottaient comme des étendards de tempête. Ici et là, des éclats de béton témoignaient des récents tremblements de terre qui avaient secoué le sol. Bruts et massifs, les gravats avaient été dressés en barricades par des soldats venus directement de l’intérieur afin (...)

« Ils croyaient en la Révolution. Nous ne croyons plus qu’au Désastre. »
Un anonyme, année zéro.
Ils affirmaient que ça ne finirait jamais. Il suffisait de modifier nos règles de gestion et d’intégrer de nouveaux paramètres scientifico-managériaux pour que ce monde change et redevienne vivable. Les termes utilisés devaient être techniques, pédants et abscons pour prétendre à l’efficacité. Ainsi s’emparaient-ils des esprits, qui les rabâchaient sans arrêts. On ne connaissait aucun exorcisme contre (...)

Les flammes montaient dans le ciel gris et la fumée se mêlait aux nuages blancs. Le sergent Mabitemonkouto réchauffait ses mains qu’il tenait au-dessus du feu. Il se disait que perdre ses gants par un climat pareil était fort dommage. L’emprise de l’âge commençait à affecter le fonctionnement de ses neurones. A cinquante et un ans et quelques mois, il était trop jeune. L’âge n’était donc pas une raison satisfaisante pour justifier son étourderie. Il s’entrainait pourtant. Cela faisait trois ans qu’il (...)

Des traits de lumière sortent de mon front et dessinent des histoires. Toutes représentent ce que je suis en train de devenir. Je suis l’homme des pistes barrées. Comment pourrait-il en être autrement, au sein de ce monde où même les rivières ne circulent plus librement ? Où plus aucune vie ne ressemble à un Destin ? Où nos histoires s’empilent les unes à côté des autres sans trouver cohérence ? L’argent est désormais la seule complicité.
Je suis un être multiple tenu tranquille devant ma machine. Ma (...)