Œuvres ouvertes

La villa était souterraine. On y accédait par un puits très profond. Comme le monte-charge avait été démonté il y avait longtemps, on vous faisait descendre par une longue échelle en corde, dans l’obscurité. Tous les artistes n’arrivaient pas en bas, certains demandaient à remonter, pris de vertige. Le souffle des galeries m’avait, moi, enivré.
Tout en bas – il fallait une bonne heure pour descendre –, le directeur de la villa vous accueillait par une grossière poignée de main, sans vous dire un mot. Il (...)

Traduction, fragment après fragment, des 114 "Grains de pollen", première oeuvre publiée par Novalis, dans la revue Athenäum en 1798.

La bonne odeur de l’herbe sous l’averse, voilà ce qu’il aimait retrouver à l’angle du muret de pierres, sur le chemin vers la rivière. Du temps avait passé, la maison avait été vendue et il n’avait pas mis les pieds dans ces environs depuis plus d’une dizaine d’années.
Il avait garé la voiture sur l’esplanade devant, et après la marche solitaire était reparti dans la descente, où il avait croisé un autre véhicule. La femme qui conduisait ne l’avait pas reconnu, et il avait fait demi-tour pour la suivre et la (...)

Traduction, fragment après fragment, des 114 "Grains de pollen", première oeuvre publiée par Novalis, dans la revue Athenäum en 1798.

Il avait peut-être été son premier personnage. Habituellement peu bavard quand il s’agissait de sa vie passée, il évoquait parfois en quelques mots telle anecdote sur son enfance, notamment ces soirs où il devait descendre à la cave de l’immeuble, cave sans électricité où, pourtant muni d’une lampe de poche, il préférait avancer dans le noir, ramasser le charbon à toute vitesse, puis remonter en courant les escaliers. Il expliquait cette façon de s’acquitter de sa tâche par la crainte qu’il avait qu’un (...)

Traduction, fragment après fragment, des 114 "Grains de pollen", première oeuvre publiée par Novalis, dans la revue Athenäum en 1798.

"Ne soyez donc pas étonnés que, depuis dix mois que cette oeuvre surprenante a été publiée, il n’y ait pas un seul journaliste qui l’ait ni lue, ni comprise, ni étudiée, qui l’ait annoncée, analysée et louée, qui même y ait fait allusion. Moi qui crois m’y connaître un peu, je l’ai lue pour la troisième fois, ces jours-ci : j’ai trouvé l’oeuvre encore plus belle, et j’ai senti dans mon âme l’espèce de bonheur que cause une bonne action à faire."

Traduction, fragment après fragment, des 114 "Grains de pollen", première oeuvre publiée par Novalis, dans la revue Athenäum en 1798.

Ils se retrouvaient à la gare pour de longues marches. Les deux hommes étaient déjà vieux, mais l’un était plus vaillant que l’autre. Celui des deux qui peinait le plus dans les montées voulait s’arrêter dans une auberge après une heure de marche, tandis que son compagnon aurait pu continuer des heures sans manger ni boire.
Celui-ci était d’ailleurs plus sauvage. Lorsqu’une voiture passait en les éclaboussant, il se mettait à pousser des jurons, se plaignant qu’un jour les hommes ne sauraient plus (...)