Œuvres ouvertes

Sortie de la littérature
Roger Caillois appartient à cette génération d’intellectuels qui ont voulu rompre avec un certain état de la culture et inventer une nouvelle pratique de l’écriture poétique, d’où sa participation, dès l’âge de dix-neuf ans, aux activités du groupe surréaliste. Aux côtés d’André Breton - qui reconnaîtra assez vite en lui la « boussole mentale » du mouvement -, il s’intéresse aux phénomènes oniriques, à la part d’inconnu qu’ils révèlent en nous et jusque dans notre rapport au monde, en (...)

Je suis une enfant du village et une fille unique. J’ai souvent été seule dans les paysages, seule dans les champs, à garder les vaches. A l’époque, je n’avais pas de mots pour le dire, mais le paysage me paraissait menaçant. Je me disais : il va nous manger. Il nous nourrit, mais j’ai vu aussi comment les gens y mourraient. Nous mangeons le paysage et un jour, c’est lui qui nous dévore. Sous terre, nous devenons des plantes, c’est une sorte de continuité.
Au catéchisme, on nous disait "Dieu est (...)

Les animaux s’étaient désormais attaqués aux grandes villes. Ils étaient ainsi quelques milliers à traverser les centres urbains et à coloniser les jardins publics, les plus visibles étant les sangliers qui retournaient la pelouse de leur groin.
Des habitants des immeubles fabriquaient des panneaux sur lesquels ils dessinaient les bêtes, en demandant qu’on fermât bien les entrées de ces jardins. De moins en moins farouches, ils s’aventuraient en horde au grand jour dans des cours d’immeuble, dans des (...)

Deux livres paraissent presque simultanément, posthumes (Roland Barthes est mort le 26 mars 1980) : les Carnets du voyage en Chine (Christian Bourgois/Imec) et le Journal de deuil (Seuil/Imec, collection Fiction et Cie). Le premier est la transcription de trois carnets utilisés par Roland Barthes durant ce voyage en Chine, accompli du 11 avril au 4 mai 1974. Le second est un ensemble de fiches (330, nous dit-on ), datées, pour la plupart, du 26 octobre 1977 au 15 septembre 1979. Carnets du (...)

Centenaire de la naissance de Malcom Lowry

Ce monde des animaux dits domestiques abandonnés à côté de celui des humains, ou composant une part inconnue mais essentielle de celui-ci, ce monde ne cessait de l’occuper. Ne ressemblait-il pas à l’ univers des enfants pauvres dans un âge reculé et oublié, âge où ceux-ci traînaient dans les rues des villes, mendiant à la sortie des commerces, chassés parfois à coups de bâton ?
Le chaton qui s’ était infiltré dans les bureaux du concessionnaire automobile était maigre et affamé. Il ne miaulait pas cependant, (...)

Etrange personnalité que celle de cet auteur américain culturellement partagé entre le vieux fond amérindien et la spiritualité asiatique : politiquement engagé dans le courant libertaire des années soixante mais fortement attaché à un mode de vie à l’écart de toutes les modes, voyageur impénitent à l’esprit enraciné dans quelques paysages américains, le poète déroule le fil d’une vie et d’une vision stimulantes pour ceux qui cherchent des nouveaux chemins d’écriture et d’existence. Oui, c’est d’abord (...)

Dans le nord du Mali

De 1999 à 2003, j’avais mis de nombreux textes en ligne sur un site qui s’intitulait D’autres espaces. Il s’agissait initialement de quelques-uns de mes écrits d’alors, puis très vite de poèmes, d’essais et de récits d’autres auteurs.
En contact avec les animateurs de la Revue des ressources, j’avais finalement laissé ce site pour les rejoindre, soulagé certainement de n’avoir plus à gérer l’aspect technique qui m’avait pris beaucoup de temps, et l’aventure dura un bon nombre d’années, avec souvent le (...)

La montée jusqu’au virage puis dans le virage le regard vers le bas, les deux silhouettes – et c’ était l’adieu. Pas l’au revoir mais l’ adieu, comme si là, dans ce mouvement brusque de la voiture dans le tournant, juste avant que les silhouettes disparaissent une fois passé le coin formé de haies, une fois passé aux champs qui tranchaient avec la courbe ascendante au milieu du hameau plus bas, comme si dans ce mouvement brusque et même brutal se jouait l’adieu, l’adieu à venir mais répété là, dans la (...)