Œuvres ouvertes

La Main de sable : revenants

La bonne odeur de l’herbe sous l’averse, voilà ce qu’il aimait retrouver à l’angle du muret de pierres, sur le chemin vers la rivière. Du temps avait passé, la maison avait été vendue et il n’avait pas mis les pieds dans ces environs depuis plus d’une dizaine d’années.
Il avait garé la voiture sur l’esplanade devant, et après la marche solitaire était reparti dans la descente, où il avait croisé un autre véhicule. La femme qui conduisait ne l’avait pas reconnu, et il avait fait demi-tour pour la suivre et la (...)

La bonne odeur de l’herbe sous l’averse, voilà ce qu’il aimait retrouver à l’angle du muret de pierres, sur le chemin vers la rivière. Du temps avait passé, la maison avait été vendue et il n’avait pas mis les pieds dans ces environs depuis plus d’une dizaine d’années.

Il avait garé la voiture sur l’esplanade devant, et après la marche solitaire était reparti dans la descente, où il avait croisé un autre véhicule. La femme qui conduisait ne l’avait pas reconnu, et il avait fait demi-tour pour la suivre et la rejoindre. Il retrouva sa voiture garée sur le bas-côté, et elle en train de cueillir du houx en face de l’ancienne ferme de son père. Elle expliqua qu’elle cueillait ce houx à cet endroit précis pour lui en amener, c’est-à-dire pour le lui déposer sur sa tombe à quelques kilomètres de là. Elle dit aussi qu’elle regrettait ce temps où la ferme existait encore et où la famille et les amis s’y retrouvaient, ce temps bel et bien disparu dont ils étaient tous deux les revenants, l’un flairant l’odeur de l’herbe humide, l’autre coupant le houx.

© Laurent Margantin _ 6 février 2010