Œuvres ouvertes

La Main de sable : villa

La villa était souterraine. On y accédait par un puits très profond. Comme le monte-charge avait été démonté il y avait longtemps, on vous faisait descendre par une longue échelle en corde, dans l’obscurité. Tous les artistes n’arrivaient pas en bas, certains demandaient à remonter, pris de vertige. Le souffle des galeries m’avait, moi, enivré.
Tout en bas – il fallait une bonne heure pour descendre –, le directeur de la villa vous accueillait par une grossière poignée de main, sans vous dire un mot. Il (...)

La villa était souterraine. On y accédait par un puits très profond. Comme le monte-charge avait été démonté il y avait longtemps, on vous faisait descendre par une longue échelle en corde, dans l’obscurité. Tous les artistes n’arrivaient pas en bas, certains demandaient à remonter, pris de vertige. Le souffle des galeries m’avait, moi, enivré.

Tout en bas – il fallait une bonne heure pour descendre –, le directeur de la villa vous accueillait par une grossière poignée de main, sans vous dire un mot. Il vous conduisait à votre « chambre », une étroite percée dans une des galeries principales où des prisonniers poussaient des wagons vides. Il y avait longtemps que tout le charbon avait été extrait de ces profondeurs. Dans la percée, il n’y avait qu’une table et un lavabo, les toilettes étaient un peu plus loin.

Le calme et la distance dont on bénéficiait là étaient incommensurables. Après mon premier roman qui avait eu quelque succès, j’y écrivis mon Journal du sous-sol, ou comment je suis allé au charbon, qui, aux dires de mon éditeur, trouva un lectorat tout à fait significatif pour ce type d’ouvrage.

© Laurent Margantin _ 7 février 2010