Œuvres ouvertes

"Je me réfugie une fois de plus dans le cerveau"

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Pour chacun de mes livres, je suis partagé entre la passion et la haine pour le sujet que j’ai choisi. Lorsque le deuxième sentiment l’a finalement emporté, je prends chaque fois la résolution de ne plus jamais me mêler des choses de l’esprit et de m’adonner, au contraire, à des tâches purement matérielles, d’essayer de retrouver la sérénité, par exemple, en fendant du bois ou en badigeonnant un mur. Mon rêve serait que le mur ne s’arrête jamais afin que ma sérénité soit, elle aussi, éternelle. Mais au bout d’un laps de temps plus ou moins long, je me remets à me haïr pour mon improductivité et, en désespoir de cause, je me réfugie une fois de plus dans le cerveau.

Extrait de : Sur les traces de la vérité, traduction de Daniel Mirsky.

© Thomas Bernhard _ 17 décembre 2013