Œuvres ouvertes

La Main de sable : soir

Rester assis là au bord du champ était pur bonheur. Il y avait d’autres enfants. Des femmes déterraient puis ramassaient des pommes de terre. L’après-midi s’achevait calmement, au milieu d’une petite troupe de gens familiers, mais qui n’étaient pas des siens. Le soir allait commencer, mais la lumière était encore vive. Le champ était bordé d’arbres ou de haies formant un minuscule monde clos, inaccessible.
Elle arriva en solex, avertissant de l’arrivée des parents. Et elle mit l’enfant sur le (...)

Rester assis là au bord du champ était pur bonheur. Il y avait d’autres enfants. Des femmes déterraient puis ramassaient des pommes de terre. L’après-midi s’achevait calmement, au milieu d’une petite troupe de gens familiers, mais qui n’étaient pas des siens. Le soir allait commencer, mais la lumière était encore vive. Le champ était bordé d’arbres ou de haies formant un minuscule monde clos, inaccessible.

Elle arriva en solex, avertissant de l’arrivée des parents. Et elle mit l’enfant sur le porte-bagages, l’emmenant ainsi sur le chemin qui conduisait au champ, comme s’il s’était absenté très longtemps, des semaines ou des mois. Lui qui n’était parti qu’un après-midi était devenu l’absent, celui qu’on va rechercher au-delà du hameau, au bout du pays. Secrètement, il sut qu’il avait bel et bien disparu, et que celui qu’on ramenait n’était que son fantôme. Alors il agrippa très fortement le corps de la femme, de peur de basculer totalement et de ne jamais revenir, même sous cette forme évanescente.

© Laurent Margantin _ 9 mars 2010